ÉMISSION DE DÉBAT. Changement climatique et montée des eaux sur le littoral : sommes-nous prêts pour la prochaine tempête ?

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Plus de 10 ans après le passage meurtrier de la tempête Xynthia sur la façade atlantique et alors le réchauffement climatique est dans presque toutes les conversations, France 3 ouvre le débat : qu'avons-nous appris des catastrophes climatiques récentes et sommes-nous prêts pour affronter les prochaines ?

Février 2010. Une tempête sans précédent touche la France et particulièrement la Vendée, tout comme la Charente-Maritime. Son nom : Xynthia. Elle laissera derrière elle 47 morts et des milliers de sinistrés. 

►Le documentaire "Tempête Xynthia, l'avertissement", revient sur ce drame, ses causes, ses conséquences. La réalisatrice, Camille Robert, apporte des réponses qui ont de quoi inquiéter face aux nouveaux risques de submersion et d’érosion. Le niveau de la mer monte, et nous regardons ailleurs. 

Pour compléter ce documentaire, France 3 Nouvelle-Aquitaine et France 3 Pays-de-la-Loire s'associent pour vous proposer un débat autour des enseignements que nous tirons de ces catastrophes naturelles et comment se protéger, notamment des risques de submersion. 

DEBADOC : Xynthia, l’avertissement climatique

Un débat sur le thème des catastrophes naturelles et sur les réponses à apporter, enregistré dans la baie de l'Aiguillon, lieu sévèrement touché par la catastrophe.

Pour en parler, Sandrine Valéro et Virginie Charbonneau reçoivent plusieurs invités et spécialistes :

  • Jean-François Fountaine, Maire de La Rochelle 
  • Eric Chaumillon, géologue marin 
  • Nicolas Camphuis, codirecteur du CEPRI 
  • François Anil, victime et témoin de la catastrophe

L'exposition aux risques

François Anil est de ceux qui ont vécu la tempête Xynthia à la Faute-sur-Mer. Il connaissait les risques, il faisait même partie de ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui des lanceurs d'alerte.

On n'aime pas entendre ce qu'on ne veut pas entendre. Donc, quand on essayait d'expliquer, on était pris pour des emmerdeurs ou des opposants politiques

François Anil, victime de la tempête Xynthia

France 3

François Anil habite toujours sa maison de la Faute-sur-Mer. "Notre maison ne faisait pas partie des offres de rachat de l'État. On aurait pu partir et vendre. Mais il n'y a rien qui m'agace plus que cette notion de risque. Le risque, c'est de vivre. Si on ne veut pas de risque, il ne faut pas vivre."

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François Anil, habitant de la Faute-sur-Mer. ©France Télévisions

Le risque, c'est de voir surtout des populations de plus en plus exposées aux aléas climatiques.  

Pour Nicolas-Gérard Camphuis, codirecteur du CEPRI, Centre européen de prévention du risque d'inondation, le constat est simple : "Le risque est humain. Je n'habite pas le littoral. J'habite Orléans. Dans une zone exposée aux inondations, il y avait 2 500 personnes, il y a aujourd'hui 70 000. Le risque vient de l'exposition des gens et de l'activité économique". 

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Nicolas Camphuis, co-directeur du CEPRI ©France Télévisions

Quelles protections ?

Mais que faire pour se protéger ? Évacuer, reconstruire plus loin comme le prévoit la ville de Lacanau ? Ou bien réorganiser l’urbanisme ? C’est ce second choix qu’a fait La Rochelle. Son maire, Jean-François Fountaine, a créé des "couloirs" pour que l’eau puisse circuler et barricadé la ville avec des défenses amovibles, le tout pour un budget déjà engagé de 25 millions d’euros.  

Jean-François Fountaine, n'était pas encore le maire de La Rochelle à l'époque de Xynthia. Une décennie plus tard, il sait qu'il faut tirer les leçons de ces catastrophes naturelles et en particulier sur le risque de submersion. "Il y a des règles de non-constructibilité, des documents d'urbanisme. Aujourd'hui, il faut définir certaines zones dans lesquelles l'eau pourrait entrer, sacrifier ces zones en quelque sorte. Et puis il y a d'autres endroits qu'il faut protéger. On ne va pas demander aux habitants de quitter la ville."

Pour Jean-François Fountaine, il faut travailler sur le terrain, dire non à certaines constructions ou aménagements. "Regardez l'Ile de Ré. Il y avait trois îles avant. La mer a repris ses droits, et elle va sans doute continuer."

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Jean-François Fountaine, maire de La Rochelle. ©France Télévisions

Si Xynthia a longtemps été considérée comme une tempête isolée, les craintes d’une possible répétition de phénomènes extrêmes apparaissent en même temps que la prise en compte du réchauffement climatique.

La catastrophe provoquée par Xynthia résulte d’un ensemble de facteur : des vents à 130 km/h couplés à une pleine et un coefficient de marée de 102. Les conditions sont alors réunies et durant la nuit, l’eau s’infiltre dans les maisons, notamment dans la "cuvette" de la Faute-sur-Mer.

Au drame humain se superpose le marasme économique : 470 000 sinistres déclarés dans 28 départements, 1,5 milliard de dégâts. Et surtout la destruction d’une centaine de maisons pour un coût estimé à 300 millions d’euros.

Or, des épisodes de submersion, il y en a déjà eu. 46 en 500 ans sur cette côte plus précisément, selon Eric Chaumillon, géologue marin.  Ce qui change la donne, ce sont les constructions d’habitation, cette maison au bord de mer qui fait rêver jeunes et moins jeunes. Car jusqu’en 1850, on évite de vivre en bord de mer. La "colonisation" de la côte commence véritable dans la seconde moitié du XXe siècle.

Les pieds dans l'eau ?

L’immeuble du Signal, à Soulac-sur-Mer, et sa destruction récente, rappelle tragiquement la vulnérabilité des côtes et la montée douce, mais certaine du niveau de la mer. À l’Aiguillon sur Mer, en Vendée, face à la Faute-sur-Mer, la terre est 3 mètres au-dessous du niveau des plus hautes mers. Des terres rognées par le travail des hommes.

Eric Chaumillon est assez clair : "On a fait beaucoup de bêtises sur notre littoral. On a un lourd héritage. Soulac, Lacanau, Biscarosse, préfigurent ce qui va se passer. Ce qui se passe sur le littoral, c'est ce qui se passe au niveau planétaire. Aujourd'hui, il faut des règles strictes. En raison du réchauffement climatique, c'est inexorable, le niveau de la mer va monter encore. Ça ne viendrait à l'idée de personne de construire un chalet dans un couloir d'avalanches."