Pas de recul pour les achats de pesticides en Charente-Maritime, plus grosse consommatrice de glyphosate en France

Comme chaque année, l'association SOS Rivières et Environnement vient de publier les dernières données disponibles en matières d'achats de pesticides en Charente-Maritime. Le département reste très haut dans le classement national, et conserve son titre de premier consommateur de glyphosate.

Avec 1 858 tonnes achetées en 2021, la Charente-Maritime se situe à la cinquième place au classement des départements les plus consommateurs de substances pesticides en France. Une grosse partie de ces achats (1 174 tonnes) représente les produits les plus toxiques, ceux qui sont soumis à la redevance pour pollution diffuse (RPD). Dans cette catégorie, le département est septième à l'échelle nationale, ce qui représente un petit progrès puisqu'il était en quatrième position l'année précédente.

Le total des substances pesticides a tout de même augmenté d'1 % en un an.

Tous les ans, ces données (dont la diffusion survient plus d'un an après les achats) sont collectées sur la Base Nationale des Ventes Distributeurs, et compilées par Chantal et Jean-Marie Boury, un couple de retraités installé en Charente-Maritime, avec un objectif : sensibiliser le grand public à la présence des produits phytosanitaires dans leur environnement.

Classement des premiers départements (en tonne) des achats de substances pesticides en 2021

Glyphosate et prosulfocarbe, en haut du panier

En 2021 encore, la Charente-Maritime est la première cliente française de glyphosate, cet herbicide controversé classé "cancérogène probable" par l'Organisation Mondiale de la Santé. Alors que le produit est régulièrement menacé d'interdiction dans l'agriculture par le gouvernement français, les agriculteurs du département en ont acheté 252 tonnes. Ce chiffre est toutefois en net recul, de 27 % par rapport à 2020.

Le prosulfocarbe aussi reste un très gros achat de la filière : 109 tonnes ont été utilisées, notamment dans la plaine d'Aunis. En juillet 2021, en plein centre-bourg de Montroy dans l'agglomération rochelaise, un capteur avait enregistré une concentration de cette molécule dans l'air inédite en France, à plus de 100 mètres des premiers champs cultivés et traités.

C'est l'observatoire ATMO qui a réalisé cette mesure à Montroy. En 2019, la plaine d'Aunis a été référencée comme un site d'intérêt en raison d'une présence déjà élevée de pesticides, et des captations y sont effectuées tous les ans pour contrôler l'évolution de la qualité de l'air. Pour Florie Francony, ingénieure d'étude chez ATMO Nouvelle Aquitaine, les achats de glyphosate et de prosulfocarbe en 2021 ne sont pas étonnants : "de moins en moins d'herbicides sont autorisés," explique-t-elle, "le prosulfocarbe est très utilisé."

Un problème insoluble ?

En Charente-Maritime, la forte présence des ces produits phytosanitaires s'expliquent notamment par l'importante surface cultivée sur son territoire : le département compte 440 000 hectares de sols agricoles dont seulement 19 800 hectares consacrés au bio. Les cultures pratiquées dans le département, notamment la vigne et les céréales, sont très gourmandes en substances pesticides.

Pour Cédric Tranquard, président de la Chambre d'Agriculture de Charente-Maritime, "il faudrait ramener le tonnage de produits phytosanitaires à l'hectare cultivé, là, on est beaucoup mieux." Il souligne que la consommation de ces produits baisse, même si elle reste haute, mais met en garde sur l'importance de préserver l'activité agricole : "on n'acceptera pas d'interdiction sans solutions alternatives, à production équivalente et à revenu équivalent."

Pour trouver ces solutions, une médiation est en cours entre les agriculteurs, les riverains et l'association Avenir Santé Environnement.

De son côté, Jean-Marie Boury, continue son traitement de données : "j'espère une prise de conscience généralisée, que les gens orientent leurs décisions d'achats vers des produits respectant mieux l'environnement," confie-t-il. "Les agriculteurs ne sont pas les seuls coupables, il y a aussi les consommateurs et les pouvoirs publics, car les pesticides sont un choix de société."