La Rochelle : annulation du Grand Pavois, "un lourd préjudice" pour la filière nautique

Les professionnels s'y attendaient un peu mais l'annonce officielle hier de l'annulation du salon nautique à flot de La Rochelle est tombée comme un couperet qui oblige les acteurs de la filière à repenser leur stratégie commerciale et de communication.
Salon nautique Grand Pavois à La Rochelle 2019
Salon nautique Grand Pavois à La Rochelle 2019 © France Télévisions
"C'est énorme" ; hier soir devant nos caméras, Alain Pochon avait bien du mal à contenir ses larmes en confirmant la décision d'annuler purement et simplement l'édition 2020 du Grand Pavois. "J'ai connu des tempêtes, j'ai connu plein de choses", poursuivait le président du salon, "mais là pour moi, c'est horrible". Le Grand Pavois Organisation avait encore un peu d'espoir la semaine dernière en proposant à la Préfecture un dispositif sanitaire qui lui aurait permis d'acceuillir bien plus que les 5000 visiteurs règlementairement tolérés dans le cadre de la crise sanitaire. Peine perdue. Après Cannes, c'est donc au tour de La Rochelle de baisser pavillon. Un coup dur pour les chantiers et les concessionnaires du secteur.

Les entreprises vont devoir se tourner vers d'autres opérations de communication pour tenter de pallier l'absence de ce rendez-vous commercial. Je sais qu'il y a des initiatives privées, des essais privés organisés par les marques et les concessions mais effectivement c'est un lourd préjudice

Christophe Vieux, Directeur de Grand Pavois Organisation

Écoutez Christophe Vieux, invité du 12/13 jeudi 27 août :Ainsi, à Aigrefeuille d'Aunis, toutes les équipes du chantier Fountaine-Pageot et Dufour à Périgny travaillent d'ores et déjà à préparer ce que l'on nomme en bon anglais, des "Demo Days", des journées de rendez-vous et de rencontres entre commerciaux, concessionnaires et éventuels acquéreurs et ce, aux mêmes dates que le Grand Pavois. Avec un résultat net de onze millions d'euros pour l'exercice 2018-2019, le groupe pouvait envisager 2020 avec pas mal de sérénité, mais la COVID-19 a, doux euphémisme, quelque peu grippé la machine du numéro deux européen de la voile. Et même si les carnets de commande étaient bien remplis, même si la mise à l'arrêt de la production a exigé de la clientèle une patience bienveillante, il a fallu être réactif et repenser sa stratégie de communication.
 

On a développé des marinas virtuelles pendant le confinement ; les gens peuvent aller sur le site et ils ont la possibilité de visiter tous les bateaux. Ça nous demande d'inventer des nouveaux modes de communication et de démonstration, avec, à l'avenir sans doute, davantage d'événements locaux comme ces "Demo Days".

Hélène de Fontainieu, directrice de communication du groupe Fountaine-Pageot

Même analyse pour les responsables du chantier Amel, alors que les quatre salons auxquels ils devaient participer, Annapolis, Cannes, Newport aux Etats-Unis et donc La Rochelle ont été annulés. Là aussi, si la crise sanitaire a marqué un coup d'arrêt pour ce constructeur de monocoque de luxe, la charge prévisionnelle de travail assure une visibilité pour les deux prochaines années et, même pendant le confinement, de nouvelles commandes ont été actées. Reste que le principal intérêt d'un salon à flot comme le Grand Pavois, c'est bien le contact humain et l'expérience de la mer.
 

Pour parer aux annulations de salon, on va bien sûr amplifier notre communication sur le web et les réseaux sociaux, nous sommes aussi très sollicités par des sociétés qui proposent des salons virtuels, mais la navigation en mer, c'est du ressenti, c'est des émotions et ça, l'ordinateur, même si on fait des vidéos, ce n'est pas pareil.

Stéphanie Rullier, directrice de communication du chantier Amel

La filière accuse le coup donc, même si du côté des revendeurs et des concessionnaires, cette année sans Grand Pavois est véritablement une catastrophe. West Yacht Broker est, sans aucun doute, la plus belle vitrine de bateau à moteur de La Rochelle et c'est peu dire que son dirigeant Jean-Philippe Pocquet est plutôt dépité, tout en gardant son sens de l'humour.

Pour un réseau comme Jeanneau-Bénéteau, un acteur majeur des industries nautiques au plan international, ces salons, c'est 60 % des ventes, donc 60 % de vente qu'il va falloir aller chercher ailleurs, mais c'est difficile de fêter Noël sans le Père Noël ou Pâques sans les cloches !

Jean-Philippe Pocquet, directeur de West Yacht Broker

Bref, c'est donc l'incertitude qui règne dans l'ensemble du secteur. La Fédération des Industries Nautiques doit présenter la semaine prochaine les indicateurs économiques du dernier exercice, avant COVID et, sans surprise, ils sont plutôt bons. Le problème, c'est demain.
 

La filière avait mis 10 ans à se remettre de la crise de 2009. Aujourd'hui, on a une industrie qui se porte plutôt pas mal avec plus d'entreprises, plus d'emplois, un taux à l''export de 76 %. Mais là, c'est le vide et on ne sait pas ce qu'il va se passer maintenant. L'annulation de ces salons, ça nous laisse très interrogatifs pour la suite

Fabien Métayer, Directeur général de la Fédération des Industries Nautiques



Pour rappel, la filière nautique en Nouvelle-Aquitaine, c'est plus de 1.600 entreprises et un chiffre d'affaires de près d'un milliard d'euros, soit 20 % du chiffre d'affaire national.
 
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