Télétravail : quand le confinement des profs tourne au tsunami numérique

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Écrit par Pascal Foucaud
Catherine Bertrand Lara et Alfred Knapp, professeurs à l'Université de La Rochelle
Catherine Bertrand Lara et Alfred Knapp, professeurs à l'Université de La Rochelle © Bertrand Lara - Knapp

Remède de fortune en période de guerre, le télétravail a fait une entrée fracassante dans nos vies. De nombreux secteurs d’activité y ont eu recours. Une expérience hors normes pour les collégiens, lycéens, étudiants et … leurs professeurs. Deux universitaires de La Rochelle témoignent.

« J’ai vécu un véritable tsunami numérique ! » Installée derrière son écran d’ordinateur depuis le début du confinement, Catherine Bertrand Lara, professeure d’espagnole à l’Université de La Rochelle, gardera un souvenir cuisant  de son expérience de télétravail forcé.
« J’ai eu l’impression d’être noyée sous les mails après avoir basculé au tout numérique du jour au lendemain » confie cette enseignante en poste depuis une quinzaine d’années. Jusqu’à l’arrivée du Coronavirus, l’utilisation de l’ordinateur ne représentait que 20% de son activité, il est passé à temps plein, le 17 mars dernier.
En charge de 250 étudiants ce semestre, cette professeure ne manquait pas d’occupation et ce avant même de devoir rester enfermé à la maison. C’était sans compter sur les 80 étudiants supplémentaires dont elle a hérité dans le sillage de l’arrêt maladie d’une collègue !
« Ça a été très difficile durant les quatre premières semaines » confie t-elle « Je recevais en moyenne une cinquantaine de mails toutes les deux heures. »
Au delà du stress généré par « l’avalanche » de courrier électronique, la professeure d’espagnole a surtout du retoquer l’ensemble de ses cours afin de les adapter au support numérique.   
« Tout était prêt pour boucler l’année et je me suis soudain retrouvée comme en début de carrière, à devoir tout reprendre » raconte t-elle.
L’amphi et les salles de cours se sont transformés en classes virtuelles.

Confinement en pyjama et douche à 15h00

Pas simple, d’autant qu’un quart des étudiants devait encore être évalué à l’oral. Résultat : leurs épreuves ont notamment pris la forme de vidéos qu’ils ont postés sur la plateforme de travail de l’université. Idem pour les compositions et l’ensemble des travaux écrits.
Là encore, il a fallu s’adapter : « Comment évaluer le travail réalisé par des étudiants installés de l’autre côté d’un écran en sachant qu’ils disposent de tous les outils sur internet et qu’ils ont leur cours sous la main ? »
Autant de questions auxquelles Catherine Bertrand Lara et l’ensemble de ses collègues ont su trouver la solution.
Il n’empêche, la masse de travail est colossale pour l’enseignante qui naturellement, visionne, corrige et répond individuellement aux questions de ses étudiants.
Plus le temps de souffler, le quotidien se transforme en marathon.
« J’y étais de 6h00 du matin à minuit ! » lâche cette maman d’une lycéenne et d’un étudiant  « j’ai passé une bonne partie de cette période de confinement en pyjama à prendre ma douche à 15h00 parce qu’une chose en emmenait une autre !»
Un sacerdoce partagé par Alfred Knapp. Ce maître de conférence enseigne l’allemand à l’université de La Rochelle, il est aussi le directeur du CIEL, le Centre Interpol de l’Enseignement des Langues. Comme l’ensemble de ses collègues il a du lui aussi s’adapter à la crise sanitaire.
C’est donc presque tout naturellement qu’en plus d’assumer sa charge auprès d’une  centaine d’étudiants, il a créé de nombreux tutos informatiques. De précieux sésames en cette période de confinement alors que le numérique est devenu, en quelques semaines, le seul lien tangible avec l’extérieur.
« Tout le monde n’a pas le même niveau de maîtrise de ces outils» explique-t-il. «Cela nous a beaucoup aidé » confirme d’ailleurs sa collègue Catherine Bertrand Lara.
« Les sollicitations sont permanentes » explique Alfred Knapp je reçois des mails pratiquement toute la journée, je passe à peu près 8 à 9h derrière l’écran »

Des étudiants plus autonomes et une meilleure qualité de travail

Lui aussi utilise les petits films tournés au téléphone ou avec l’ordinateur pour évaluer ses élèves. « Je regarde des séries de vidéos d’étudiants pendant que d’autres regardent des séries sur Netflix » ironise ce ressortissant autrichien en poste à La Rochelle depuis 20 ans. Selon lui, cette crise sanitaire aura malgré tout eu du bon.
« Elle nous aura permis de nous familiariser avec l’utilisation des outils numériques et surtout de développer des contenus, c’est très positif. »
Autre bonne nouvelle, le travail de bon nombre d’étudiants s’est bonifié.
« Ils sont devenus plus autonomes, j’ai été scotché par la qualité de préparation de leur travail » souligne l’enseignant. « C’était parfois bien supérieur à ce qu’ils produisent en présenciel (étudiants face à leur professeur), alors que cela représente un double effort, car il leur faut non seulement travailler sur le devoir mais ensuite le présenter devant la caméra. »
« C’était un vrai bonheur de découvrir les vidéos de mes étudiants, et surtout de les revoir » confirme la professeure d’espagnol.  « C’était rigolo de rentrer dans leur intimité de les voir dans leur chambre. Et je confirme, le travail fournit est de bonne qualité. Pour ma part j’ai trouvé que l’utilisation des vidéos et des systèmes de visioconférence a permis de renouer avec une certaine forme d’humanité et pour l’enseignement des langues c’est essentiel » souligne Catherine Bertrand Lara.
C’est aussi le sentiment d’Alfred Knapp, à 66 ans l’enseignant est plus que jamais sûre d’une chose : « enseigner devant les élèves c’est mieux ! » et la professeure d’espagnol de conclure : « il me tarde de retrouver mes étudiants en salle ».
Il faudra encore attendre, car pour le moment aucune information à ce sujet n’a été divulguée.
En tous cas cette période de confinement aura permis aux deux enseignants et à leurs étudiants de pouvoir mesurer l'intérêt,  les limites et les écueils du télétravail. Pour d'autres, elle aura tout simplement, mis un terme définitif à un fantasme. 

 

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