Le Théâtre d'ardoise de l'île d'Oléron fait peau neuve

Après une longue bataille homérique et surtout juridique, le théâtre en plein air de Jean-Marc Chailloleau à Dolus d'Oléron fait table rase du passé. Désormais, ce sont des structures démontables qui accueilleront les spectateurs cet été dans ce site unique en France.

C'est en 2009 que l'ostréiculteur Jean-Marc Chailloleau avait transformé ses claires et marais en théâtre éphémère.
C'est en 2009 que l'ostréiculteur Jean-Marc Chailloleau avait transformé ses claires et marais en théâtre éphémère. © O. Riou - France Télévisions

"O l’a toujours été mal, O s’a toujours arrangé" ; jamais ce vieux dicton oléronnais n'aura été aussi pertinent du côté des Allards à Dolus. Pour ce week-end de premier mai, Jean-Marc Chailloleau, le maître des lieux, n'a pas chômé. Alors certes, lui et les quarante bénévoles de l'association ont dû avoir un petit pincement au coeur de voir leurs jolies cabanes naguère enguirlandées mises à terre. Mais il en allait de la survie de ce site "ostréiculturel" qui, depuis plus de dix ans, enchante les nuits estivales de l'île.

Une renaissance "normalisée"

"La plus grave atteinte à l'environnement qu'ait connu l'île d'Oléron" ; ainsi débutait les amabilités entre l'ostréiculteur-poète et la Société de Protection des Paysages Oléronnais (SPPIO) qui, en 2011, portait plainte et exigeait la démolition des "infrastructures" dans ce site classé. S'en est suivi un marathon juridique qui a, finalement, débouché sur l'annulation des Estivases 2020 et sur un protocole d'accord en fin d'année dernière.

"Nous sommes autorisés à installer sur le site, des cabanons démontables, voire transportables, pour une période de 3 mois du 15 juin au 15 septembre chaque année" pouvait-on alors lire sur le site de l'association qui lançait un appel aux dons. Adieu donc cabanes de guingois et guirlandes muticolores qui, à la nuit tombée, nappaient ce paysage de marais d'une atmosphère féérique le temps d'un concert ou d'un spectacle. Place à une renaissance "normalisée"... à coups de pelleteuse.

"C'est un lieu qui est magique"

"C’est un peu triste de voir tout ce travail mis par terre tellement facilement", déplore Jean-Marc Chaloilleau, "mais je sais que c’est pour mieux rebondir. Ce site était contesté depuis dix ans et avec l’unanimité de tous les élus d’Oléron, tout le monde est d’accord pour que ça perdure et que cela devienne vraiment le centre culturel de l’île d’Oléron en plein air".

L'ensemble des élus de la Communauté de commune insulaire a donc voté un soutien financier de 73.900 euros pour construire une vingtaine de modules démontables qui remplaceront les anciennes buvettes, billetterie et autres points de restauration. Cela n'aura sûrement pas le charme un peu punk des anciennes installations mais on peut faire confiance à la bande du Théâtre d'ardoise pour réenchanter les lieux. "C’est un lieu qui est magique", explique Michel Parent, président de la communauté de communes, "avoir un espace culturel de cette qualité-là dans un milieu ostréicole, c’est unique et on voulait accompagner Jean-Marc pour que la pérennité du Théâtre d’ardoise soit une réalité. Pour lui, c’était très difficile. Pour la communauté de communes, c’était un enjeu important et quand il a souhaité qu’on le soutienne, les huit maires ont approuvés".

Les anciennes cabanes n'ont pas résisté longtemps aux assauts de la pelleteuse.
Les anciennes cabanes n'ont pas résisté longtemps aux assauts de la pelleteuse. © O. Riou - France Télévisions

Une formule plus légère pour cet été

Reste que l'été ne s'annonce pas aussi festif qu'on aurait pu l'espérer à Dolus. Cette pandémie qui n'en finit pas a contraint les organisateurs à réduire la voilure, reporter des concerts et se montrer prudents pour cette reprise. Si des soirées cinéma sont déjà programmées, ainsi que deux concerts, les réglementations sont encore floues concernant les normes sanitaires à respecter. 

"On a des incertitudes liées à la jauge, le nombre de personnes qu’on pourra accueillir", détaille Jean-Marc Chailloleau, "il y a des spectacles que l’on ne pourra pas amortir si on ne peut pas remplir le théâtre. On a normalement 570 places et si on nous impose une demi-jauge, on ne pourra pas payer les cachets des techniciens et des artistes. La programmation est faite depuis janvier, mais on travaille sur une formule plus légère. On a annulé les concerts « debout » comme les Ogres de Barback que l’on a remis à l’année prochaine".

Car l'année prochaine, c'est sûr, le Théâtre d'ardoise renaîtra complètement de ses cendres, tel un phoenix ostréicole. En attendant, il vous faudra patienter jusqu'au 15 juillet prochain pour retrouver cet amphithéâtre naturel et son ambiance inimitable. Sans oublier les moustiques.

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