Cet article date de plus de 5 ans

Mort de Benoît Violier : un chef aux racines charentaises

La nouvelle du suicide du chef cuisinier, Benoît Violier, a profondément bouleversé ses proches. Récemment sacré meilleur chef au monde par le classement gastronomique "La Liste", il avait débuté sa carrière en Charente-Maritime.
Le chef triple étoilé a été retrouvé mort dans son domicile en Suisse. Il "se serait suicidé à l'aide d'une arme à feu", d'après la police suisse.
Le chef triple étoilé a été retrouvé mort dans son domicile en Suisse. Il "se serait suicidé à l'aide d'une arme à feu", d'après la police suisse. © Maxppp
Le chef Benoît Violier, qui "se serait suicidé à l'aide d'une arme à feu" dimanche d'après la police suisse, laisse à ses proches le souvenir d'un "cuisinier passionné","amoureux de la nature et de la chasse", à la fois "humble" et "extrêmement brillant".

Il tenait avec sa femme Brigitte le Restaurant l'Hôtel de Ville à Crissier, près de Lausanne. Une table élue meilleure du monde par le classement gastronomique "La Liste".

LA LISTE vient de dévoiler son classement des 1 000 chefs et restaurants gastronomiques d’exception à travers le monde....

Posté par Le restaurant de l'Hôtel de ville de Crissier - Benoît Violier sur vendredi 18 décembre 2015

 

Né à Saintes en 1971, le chef grandit dans une famille de sept enfants à Montils, près de Jonzac (17). Il découvre la cuisine derrière les fourneaux de sa grand mère, une petite dame coiffée de la traditionnelle quichenotte. Dès le début, "il pensait cuisine, il vivait cuisine", racontait il y a peu sa mère, Monique Violier, au maire du village, Jean-Paul Geay.

L'élu avait mis l'enfant du pays à l'honneur lors de ses voeux du 22 janvier dernier. "Sa mère était radieuse, si fière que l'on rende son hommage à son fils", se souvient-il encore envahi par l'émotion.

La chasse, une passion familiale

"Nous sommes tous frappés par ce malheur", ajoute Jean-Paul Geay, la gorge nouée. Une photo lui revient en flash. Benoît Violier se tient aux côtés de son père, Fernand, décédé en avril dernier. Tous deux ont revêtu leur tenue de chasse, un sport et un art pour lequel ils partagent une même passion.

Le chef cuisinier a même publié plusieurs livres consacrés au gibier et à la chasseLa Cuisine du gibier à plume d'Europe​, une incroyable somme de 1000 pages publiée en novembre 2015, intéresserait tant les cuisiniers, les chasseurs que les ornithologues.

La cuisine du gibier à plume d'Europe, livre de 1088 pages illustrées. Cet opus fasait suite à "La cuisine du gibier à poil d'Europe" paru en 2008.
La cuisine du gibier à plume d'Europe, livre de 1088 pages illustrées. Cet opus fasait suite à "La cuisine du gibier à poil d'Europe" paru en 2008. © Editions Favre

Benoît Violier, qui certes entendait "dépasser l'étiquette traditionnelle" comme il l'avait confié à nos confrères du Figaro, s'était inscrit à contre-pied de la tendance dite "scandinave", postmoléculaire, où les cuisiniers ont tout de petits chimistes.

Une star profondément "attachée à son village"

A travers ses écrits (en particulier son blog) se lit son amour de la tradition et du terroir. Et parmi ses recettes, quelques discrètes références à son pays natal. Le lièvre brun de Berlu façon poitevine renvoie par exemple à un lieu-dit près de Pérignac. "Cela ne parle à personne, sauf bien sûr à nous qui sommes du coin", sourit Jean-Paul Geay, ravi d'être dans la confidence.

Le chef restait "profondément attaché à son village", estime-t-il. "Il avait presque terminé de rénover la maison de sa grand-mère, où il comptait passer ses vacances".

Un bourreau de travail dès le plus jeune âge

Benoît Violier "s'est fait tout seul", insiste le maire de Montils. Avant que Joël Robuchon ne lui mette le pied à l'étriller et ne lui présente son futur maître, Philippe Rochat, le fils de petit exploitant céréalier était entré à l'âge de 16 ans au Centre de formation de Saint-Germain-de-Lusignan (17).

Bouleversé et dévasté par le décès soudain et tragique de Benoit Violier, un grand Cuisinier talentueux et un Homme...

Posté par Joel Robuchon - page officielle- sur lundi 1 février 2016


Le futur chef triple étoilé suit alors un double apprentissage de cuisinier avec Alain Rullier, puis de pâtissier - confiseur - chocolatier auprès de Didier Stéphan.

"C'était une machine de guerre de l'apprentissage", raconte Didier Stéphan. "Parmi mes élèves, cinq sont devenus meilleurs ouvriers de France", comme Benoît Violier - décoré de cette distinction en 2000 -, "mais il est l'un de ceux dont je suis le plus fier".

Humble malgré le succès

"Il était curieux de tout, passionné par la cuisine. C'était un cheval de course, il avait une telle avance sur les autres que c'était une vraie souffrance pour les autres", se remémore son professeur de pâtisserie, un sourire dans la voix. 

Alain Rullier, son professeur de cuisine, continue de citer Benoît Violier en exemple dans ses cours : "cela fait 36 ans que j'enseigne et il reste le meilleur de mes apprentis. Il passait son temps en cuisine. Malgré ses succès, il est resté toujours très simple, à l'écoute".

Tous deux devaient bientôt rencontrer leur ancien élève qui les avaient invité à venir fêter son sacre à "l'Hôtel de Ville" de Crissier, son fameux restaurant en Suisse.

24 heures plus tard, le mystère reste entier

"Benoît Violier avait dit dans plusieurs interviews qu'il avait perdu ses deux pères en 2015, son véritable père en avril et son mentor, Philippe Rochat qui l'avait fait venir en 1996", rappelle le quotidien suisse le Temps. Il laisse derrière lui sa femme, Brigitte qui tenait avec lui le restaurant de "l'Hôtel de Ville", et un fils.

Des fleurs déposées devant les portes du restaurant de l'Hôtel de Ville, à Crissier, en l'hommage de Benoît Violier.
Des fleurs déposées devant les portes du restaurant de l'Hôtel de Ville, à Crissier, en l'hommage de Benoît Violier. © Maxppp

Si les supputations vont bon train, pour l'heure, rien ne permet d'expliquer le suicide de Benoît Violier au sommet de sa gloire. Une instruction pénale a été ouverte afin d’établir les circonstances exactes de sa mort.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
disparition faits divers cuisine gastronomie chasse témoignage sorties et loisirs