Paroles de confinés. "C'est comme si l'île de Ré était toujours en hiver"

Anne-Laure Hingant tient un commerce alimentaire à La Flotte-en-Ré (Charente-Maritime). Le confinement a privé l'île de ses estivants habituels. Optimiste de nature, elle se dit inquiète pour la suite de la saison. 

Anne-Laure Hingant, en route pour le travail comme chaque matin.
Anne-Laure Hingant, en route pour le travail comme chaque matin. © Photo fournie par la famille
"Les deux premières semaines du confinement, j'avais la boule au ventre de partir travailler. On ne savait pas grand chose sur le virus. C'était un peu la panique, on n'avait pas de masques, ni de gel. Mais aujourd'hui on a tout ce qu'il faut, on a mis en place des mesures de protection, on a trouvé nos marques. Ça a un peu rassuré les clients mais le stress est toujours là, et j'ai eu du mal au début."

"Je me demandais comment j'allais faire avec les rendus de monnaie, d'ailleurs j'ai mis un petit écriteau pour leur demander de payer plutôt en carte. J'ai aussi dû faire un peu la police dans le magasin parce qu'il y avait beaucoup de gens qui venaient faire les courses en famille ou qui venaient pour trois fois rien. Une fois j'ai même du faire la remarque à un monsieur car il était venu huit fois pour prendre un produit à chaque fois. J'ai souvent été obligée de rappeler : un caddie, un client."
Masque de rigueur pour Anne-Laure Hingant, commerçante à La Flotte-en-Ré.
Masque de rigueur pour Anne-Laure Hingant, commerçante à La Flotte-en-Ré. © Anne-Laure Hingant
"Maintenant, j'ai ma routine, quand j'arrive, je mets mon masque, je me lave les mains au gel hydro alcoolique, je nettoie les caisses, dès que les gens touchent l'appareil de carte bleue pour faire leur code, je sors mes lingettes. J'ai beaucoup moins peur. J'ai trouvé mes marques et je dirais que mon quotidien n'a pas vraiment changé par rapport à avant. Mon magasin est ouvert 7 jours sur 7. Je pars le matin à 7h, je rentre après 19h. Je n'ai pas cessé de travailler donc je ne ressens pas vraiment l'oppression de la privation de liberté que les clients ressentent."

Moins de tensions 

"Aux premiers jours du confinement, les habitants de l'île, les locaux, pensaient rester ensemble, mais quand les premiers week-ends, des gens de l'île de France sont arrivés, ils ont eu peur. Beaucoup se sont demandés pourquoi ils ne restaient pas chez eux. Et moi aussi je me suis demandé comment allons-nous faire si il y a beaucoup de malades ? On n'a pas trop de médecins sur l'île, même si il y en a bien sûr. Depuis, l'hôpital a rouvert donc cette appréhension existe moins."

"Maintenant ça se passe très bien sur l'île. J'ai lu des trucs dans les journaux mais moi je ne sens pas cette tension entre les Rétais et les gens qui sont venus du continent se confiner sur l'île. Ou plutôt je ne la sens plus parce que les premiers jours, c'était différent. Tout le monde était à la plage, personne ne suivait trop le confinement, ça m'agaçait." "Maintenant, il y a des règles, les hélicos de la gendarmerie tournent tout le temps, la police fait beaucoup de rondes, il y a beaucoup moins de soucis. Globalement, les gens sont plus respectueux du confinement."

Une île au ralenti

Il n'y a pas de vie, pas d'estivants, le glacier est fermé
- Anne-Laure Hingant, commerçante à La Flotte

"C'est comme si l'île de Ré était toujours en hiver, alors que les beaux jours sont là. Les restaurants, les hôtels, les gites et les magasins de souvenirs, rien n'est ouvert. On se pose tous des questions sur ce que va devenir la saison, elle aurait du commencer il y a deux semaines avec les vacances des Parisiens."

"Je ne me plains pas trop parce que mon magasin est ouvert, mais on ne fait pas le chiffre (d'affaires) qu'on devrait faire. Les touristes de Pâques ne sont pas là et on sent que les gens font vraiment attention à ce qu'ils achètent. Alors, oui on travaille, on a un petit peu de trésorerie mais là on essaie surtout de ne pas trop perdre d'argent."
Image rare à cette période du bourg de La Flotte-en-Ré, désert.
Image rare à cette période du bourg de La Flotte-en-Ré, désert. © Anne-Laure Hingant

Des remerciements 

"95 % des gens sont très contents qu'on soit ouvert et nous remercient d'être là 7 jours sur 7. C'est très touchant parce que je ne m'y attendais pas au début. J'ai vu de très beaux reportages sur les caissières, et c'est très vrai qu'elles sont importantes. Mais c'est vrai aussi qu'on parle moins de nous les petits commerces alimentaires même si j'ai l'impression que notre image a changé. Les gens se sont aperçus qu'on était un petit peu indispensable, surtout nous qui sommes un magasin de proximité. Certains de nos clients ont réalisé qu'on pouvait leur apporter autant que les grandes surfaces et ça c'est bien. J'espère qu'ils s'en souviendront."

"On verra ce qui se passera après le 11 mai, mais je suis optimiste. Je me dis que peut-être cet été, les Français prendront leurs vacances en France ou resteront en famille et donc viendront sur l'île de Ré, je l'espère sincèrement surtout pour les hôteliers de l'île qui souffrent énormément. J'espère surtout qu'on retrouvera tous vite un semblant de vie, comme aller à la plage ou même tout simplement aller manger une douzaine d'huitres à la cabane."

Entretien réalisé le 21 avril. Les propos ont été relus, mis en forme et édités pour plus de clarté.
La Flotte sur l'île de Ré, au petit matin.
La Flotte sur l'île de Ré, au petit matin. © Anne-Laure Hingant

 
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