Portrait : Christophe, le prêtre surfeur de Saint-Sulpice de Royan

La paroisse de Saint-Sulpice de Royan est très fière de son curé. D'abord parce qu'il est jeune, parce qu'il fait du surf et qu'il apporte un souffle nouveau dans l'église catholique en France.

Dès qu'il le peut, Christophe troque son aube de prêtre pour une combinaison de surf.
Dès qu'il le peut, Christophe troque son aube de prêtre pour une combinaison de surf. © P. Simon-France Télévisions

"Ne faire qu'un avec la vague" : aux origines du surf en Polynésie, seuls les puissants affirmaient leur pouvoir en défiant les éléments. Leur Dieu n'était pas catholique mais déjà cette recherche d'harmonie avec les déferlantes de l'océan était intimement liée à une certaine quête de spiritualité. Comme tous les pratiquants (de surf), Christophe de la Chanonie, lui aussi, se sent en communion avec la nature dès qu'il enfile sa combinaison sur la plage de Vert Bois sur l'île d'Oléron. "C’est beau par toutes les saisons et par tous les temps", dit-il en balayant l'horizon d'un regard apaisé, "j’aime bien l’odeur des pins, des arbres, le sable, l’air et puis on a du champ, il n’y a pas d’obstacles c’est magnifique".

A la faveur d'un soleil faussement printanier en ce bienveillant mois de mars, il est venu avec quelques amis retrouver quelques sensations sur l'eau. Les premiers "take off" sont encore un peu mal assurés mais le plaisir est là, visiblement. "Là c’est le début ! Mise en route, une petite vague au bord, il faut réussir à se placer, c’est le challenge", nous avoue le prêtre surfeur, "Dieu, c’est comme les vagues ; si t’en loupes une, il y en a d’autres derrière. Il ne te lâche pas comme ça !". 

Premières vagues de l'année pour Christophe sur l'île d'Oléron.
Premières vagues de l'année pour Christophe sur l'île d'Oléron. © P. Simon - France Télévisions

"Moi, ça me fait du bien."

On l'aura compris, Christophe n'est pas un curé comme les autres. Mais à dire vrai, forcément, sur les vagues oléronaises, rien ne le distingue de ses coréligionnaires de surfeurs. "Moi, je ne suis pas croyant mais ma mère qui est très croyante connaissait Christophe. C’est son curé. Il est venu déjeuner une fois à la maison, on a parlé surf et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé à surfer ensemble", nous explique Michel qui partage avec l'homme d'église un penchant pour une chevelure longue et bouclée. 

"C’est l’essence du surf ! On est en communion avec la nature. Alors surfer avec un prêtre, c’est un petit bonus", rigole Laurent, commerçant Saint-Sulpicien, "j’ai mon magasin juste en face de l’église. Un jour, je lui ai livré de l’électro-ménager et on a fait connaissance. Je savais qu’il était surfeur donc naturellement je lui en ai parlé. Au début, ça fait un peu drôle. On ne savait pas trop comment l’appeler mais finalement ça se passe bien. Ça met un petit coup de jeune à la paroisse".

C’est important d’avoir une vie équilibré et le sport fait partie du mien. Je suis arrivé ici vers l’âge de 33 ans et le fait d’habiter près de la mer, c’était extraordinaire pour moi. Etre dehors dans les éléments, apprendre à vaincre sa peur dans les éléments, ça m’intéresse. On essaye de se donner à fond dans notre vie de prêtre, mais en même temps on ne va pas faire que ça toute la journée. On a besoin de marcher, de se dépenser, de rencontrer des personnes d’autres milieux. Moi, ça me fait du bien. Ça me permet de rencontrer des gens le surf aussi. Notamment à travers les préparations de mariages ; on voit que chez les jeunes, la pratique se développe énormément. Et ça m’a permis d’avoir des amis tout simplement. Il y a des personnes, tu ne les vois pas très souvent, mais on s’appelle, on échange les bulletins météo, on va à l’eau, on se donne des nouvelles, on est le derrière dans le sable avec une bouteille et un casse-croûte et on est content.

Christophe de la Chanonie, prêtre de Saint-Sulpice de Royan

Avant Saint-Sulpice de Royan, Christophe officiait à Surgères et à Saintes.
Avant Saint-Sulpice de Royan, Christophe officiait à Surgères et à Saintes. © P. Simon - France Télévisions

"Il faut avoir un peu de folie aussi."

Le dimanche, dans l'église de Saint-Sulpice, c'est forcément un tout autre homme que vous croiserez à l'heure de l'office. Mais même dans ses habits sacerdotaux, il dénote dans le paysage catholique français et ses paroissiens ne s'y trompent pas. "Sa particularité, c’est qu’il est jeune. Ce qui n’est pas le cas de la majorité des prêtres aujourd’hui", nous confirme Jacques à la sortie de la messe, "les catholiques sont enfermés dans une image vieillissante et là, c’est vrai qu’il décape un peu l’image du prêtre traditionnelle. Ses messes sont très riches, ses homélies sont travaillées. D’ailleurs on les passe après sur internet pour ceux qui n’ont pas assisté à la messe. Et c’est vrai qu’il a une vision de la foi catholique un peu dépoussiérée. Il arrive à mettre en corrélation la vie de tous les jours avec l’évangile, avec la bible et on peut vivre l’évangile au jour le jour en fonction de ce qu’il nous en explique".

Prêtre, surfeur, mais aussi musicien.
Prêtre, surfeur, mais aussi musicien. © P. Simon - France Télévisions

A l'origine, le jeune prêtre cinquantenaire avait fait des études de droit et avait même travailler pendant un temps comme conseiller d'orientation à l'ANPE. Sa vocation, il ne l'explique pas vraiment, si ce n'est qu'elle s'est imposée comme une évidence. Passionné de musique, il a été chargé par l'évêque de La Rochelle-Saintes de réfléchir à une mission d'évangélisation auprès des jeunes par le biais de sa guitare, quand les conditions sanitaires se seront améliorées. "Pour l’instant, c’est très bien parce que ça me permet d’écrire et de composer. Il me tarde de pouvoir rencontrer des gens dans le cadre de petites scènes ou de petites salles". Musique, surf, moto, Christophe vit sa foi sans rejeter les plaisirs de la vie quotidienne.

C’est arrivé un peu comme un nuage qui traverse le ciel. Tu ne fais pas trop attention et puis le ciel se charge de nuages. Tu ne peux plus faire autrement. C’est là, mais tu voudrais que ça ne soit pas là parce que n’est pas forcément ce qu’on avait imaginé. A l’ANPE, j’étais chargé d’orienter des gens, j’étais conseiller d’orientation, donc il fallait qu’à moi-même je m’applique ça. Je ne pouvais pas me mentir à moi-même. Je voyais que c’était là, prêtre diocésain. Pourquoi, j’en savais trop rien. Il m’a fallu du temps pour l’accepter parce que c’est une bataille quand même. Il a aussi fallu que je sois conseillé parce que ça bouleverse pas mal. Et on a besoin de prendre du temps aussi pour faire des choix. Le choix quand tu rentres dans ta formation, il n’est pas définitif. Des gens sont là pour t’aider et, au bout d’un an, si ça ne va pas, tu peux faire autre chose. Mais plus j’allais dans ma formation et plus je me sentais à ma place et en paix. Après on se rend compte que cette réponse-là, il faut la redonner chaque jour ! Ca s’entretient. D’où l’importance de rencontrer des gens, d’avoir une vie sociale, d’être ouvert sur les autres et de faire des trucs un peu déjantés de temps en temps. Il faut avoir un peu de folie aussi. Ça fait partie de notre bien-être.

Christophe de la Chanonie, prêtre de Saint-Sulpice de Royan

"Le surf, ça donne du relief aux choses et aux personnes", nous dit Christophe avant de retourner à l'eau. Si vous avez raté la messe dimanche dernier, vous pourrez sûrement le croiser dans les semaines à venir sur les plages d'Oléron ou sur la côte sauvage. Avec sa bénédiction, vous pourrez, vous aussi, goûter aux plaisirs de l'océan.

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