L'employeur de Pierre, jeune intérimaire de 27 ans, mort enseveli dans un silo, à Cognac, condamné pour homicide involontaire

Le 30 novembre 2021, Pierre Bertheau est mort sur son lieu de travail. Lors d'une opération de nettoyage dans un silo à maïs, il a été enseveli. Les secours avaient dû vider le silo de son contenu avant de retrouver le jeune saintais plusieurs heures après l'accident. Son employeur est reconnu coupable. Il écope de plus de 20 000 € d'amendes.

En se présentant hier au tribunal correctionnel d'Angoulême, la famille de Pierre Bertheau attendait beaucoup. Décédé à l'âge de 27 ans, alors qu'il procédait à une opération de nettoyage dans un silo à maïs, Pierre, qui allait terminer son contrat d'intérimaire, devait quitter l'entreprise quelques jours plus tard. Il a perdu la vie, enseveli sous plusieurs tonnes de maïs.

La sécurité au coeur des débats

Hier au tribunal, durant plus de trois heures, l'accident qui a coûté la vie au jeune saintais a été passé à la loupe. Avec la volonté de comprendre pourquoi Pierre avait péri dans ce silo à maïs. La justice a tranché et condamné la personne morale "Grenier du Roy" à 20 000 € d'amende pour homicide involontaire, 1 000 € pour des manquements à la sécurité. Les membres de la famille, qui s'étaient constitués partie civile, toucheront 375 € de dommages et intérêts.

L'entreprise est condamnée pour homicide involontaire, c'était un petit peu notre objectif.

Maître Jean-Christophe Courbis

Avocat de la famille de la victime

Un jugement au goût d'inachevé pour la famille

Présente lors de l'audience, Renée, la mère de Pierre ainsi que ses frères et sœurs attendaient une condamnation. Le tribunal a rendu cette décision et reconnu le statut de victime à Pierre. Un soulagement : "L'entreprise est condamnée pour homicide involontaire, c'était un petit peu notre objectif, c'est ce que nous étions venus chercher de sorte qu’il n'y ait plus jamais de Pierre" confiait hier soir, Maître Jean-Christophe Courbis, avocat de la famille de la victime.

Il n'y a pas eu un mot d'excuse à l'égard de la famille. Et ça, c'est profondément cruel.

Jean-Christophe Courbis

Avocat de la famille de la victime

Mais, en plus d'une condamnation, un mot d'excuse ou de réconfort du gérant de l'entreprise "Grenier du Roy", présent en sa qualité de représentant légal de la société, était espéré par les proches de Pierre. Il n'en a rien été. De quoi énerver l'avocat de la famille : "Il n'y a pas eu un mot d'excuse à l'égard de la famille. Et ça, c'est profondément cruel et je le regrette parce qu'ils l'attendaient et ils ne l'auront toujours pas aujourd'hui".

La défense plaidait la relaxe

Du côté de la défense, cette décision tombe comme un couperet. Durant sa plaidoirie, l'avocat a tenté de démontrer que l'accident de Pierre n'était pas lié à des négligences de l'employeur. Il a en partie été entendu, les circonstances aggravantes n'étant pas retenues. Alors que la procureure de la république réclamait 35 000 € d'amende pour homicide involontaire et six amendes de 1 000 € pour des manquements sécurité. Cette somme a quasiment été réduite par deux par le juge : "D'un pur point de vue technique, ce n'est pas nécessairement une décision cohérente, même si, le tribunal a bien compris qu'il y avait des particularités dans le dossier qui l'ont amené à réduire considérablement le montant des amendes demandées par la procureure de la république" confiait Maître Coicaud, l'avocat de la défense.

On va voir comment on se positionne, mais il y a encore des incohérences.

Maître Michel Coicaud

Avocat de la défense

Un appel de la défense envisagé

La défense a désormais dix jours pour faire appel. Une possibilité fortement envisagée à l'issue de l'audience : "On va analyser la décision. On va voir comment on se positionne, mais il y a encore des incohérences, notamment au niveau de la formation, d'un rapport de cause à effet entre les manquements relevés et la déclaration de culpabilité sur l'homicide involontaire". Le tribunal n'a pas retenu la violation manifestement délibérée d'une obligation particulière de prudence : "C'est normal. Après, on a une déclaration de culpabilité qui me paraît difficile".

Une nouvelle épreuve pour la maman de Pierre

Arrivée à proximité du tribunal très tôt dans l'après-midi, Renée Bertheau, la maman de la victime, reste digne malgré la profonde douleur d'avoir perdu un enfant : "Je n'ai aucune haine, aucune rancœur. J'ai seulement envie que ça bouge, que ça ne continue pas comme ça. Un mort tous les jours, ce n'est pas possible. Pour Pierre, c’est fini, mais, au moins, si ça pouvait faire bouger les lignes".

Renée Bertheau a appris l'accident de son fils par téléphone en novembre 2021. Elle n'a pas pu dire adieu à Pierre après son décès. Un drame insoutenable pour la famille. Avec son époux, elle a préféré déménager de la maison familiale située à Saintes.

Pierre, un passionné de voyages et de lecture

Photo de son fils en main, Renée Bertheau décrit un jeune homme épanouit, passionné par la découverte du monde : "C'était un garçon réservé, discret qui aimait partir à l'aventure avec son sac à dos. Il aimait voir les autres cultures, les autres pays... Ce qu'il aimait, les grands auteurs, les grands hommes, ceux qui avaient fait bouger des choses comme Martin Luther King et Gandhi".

Cet emploi en intérim, Pierre s'en servait pour financer ses prochains voyages. Il avait projeté de retourner sur les bancs de l'école avec une idée bien précise en tête : "Il s'était inscrit dans une école de comptable pour pouvoir faire du télétravail. Il voulait découvrir le monde et donc pouvoir exercer aux quatre coins de la planète. Il était capable de rester dehors toute la nuit à regarder les étoiles".

Une association au soutien de la famille

Aux côtés de la famille de Pierre Bertheau, plusieurs membres de l'association "Stop à la mort au travail". Chaque année, ils sont en moyenne plus de 600 à décéder des suites d'un accident du travail. Pour Fabienne Bérard, co-présidente de l'Association, il faut sévir pour diminuer les drames."Nous dénonçons des sanctions pas assez dissuasives auprès des entreprises fautives, responsables, négligentes en matière de sécurité".

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