Le confinement profite à la faune sauvage en Limousin : mythe ou réalité ?

Peut-être avez vous vu ces photos de canards sur les trottoirs parisiens, d'un chevreuil dans le centre ville de blois, un autre dans les rues de Nogent-le-Rotrou... Elles étonnent voire émerveillent les citadins... Mais ici en Limousin, qu'en pensent les experts ? 

© Objectif Loutre - Stéphane Raimond

"La nature reprend ses droits", "les animaux à la reconquête des villes"... Des titres qui fleurissent en ce moment dans la presse nationale et qui pourraient faire rêver les amoureux de faune sauvage, des photos de canards colverts en centre ville ou de chevreuils gambadant sur les trottoirs qui finalement ne surprennent que quelques citadins qui jusqu’alors semblaient n’avoir jamais ouvert les yeux ou tendu l’oreille… 
 

Juste une impression...

Jean-Michel Teulière de Limousin Nature Environnement nous rafraîchit la mémoire : 

Les gens s’étonnent de voir un chevreuil en centre ville alors que tous les ans les journaux relatent ce genre de faits, ce n’est en rien lié au confinement. Au printemps les chevreuils se régalent de l'écorce et des bourgeons de bourdaine, lorsqu’ils en abusent la bourdaine fermente et dégage un alcaloïde aux effets psychotropes, le chevreuil est comme ivre, perd ses repères et il n’est alors pas rare d’en trouver dans des endroits insolites.

Chevreuil photographié tout près d'une habitation haut-viennoise le 10.04.2020
Chevreuil photographié tout près d'une habitation haut-viennoise le 10.04.2020 © Sébastien Passelergue

Le naturaliste de nous rappeler que la faune sauvage s’est depuis longtemps installée en ville. 

En ce moment les animaux sont plus facilement visibles car ils sont moins perturbés, moins de promeneurs, donc ils ne passent pas leur journée à fuir, mais de nombreuses espèces sont commensales des hommes même en ville depuis bien longtemps.

Convaincu que le retour de la nature en ville est un mythe, Jean-Michel Teulière compare le phénomène à celui qui a succédé à la tempête de l’hiver 1999.

Les gens disaient alors : “on n'entend plus un seul oiseau, la nature est comme abasourdie, sous le choc”. Alors qu’en fait, tout simplement, en cette saison, tempête ou pas, les oiseaux ne chantent pas.

Dans nos jardins, prenons le temps de (re)découvrir la faune du Limousin. Ici une huppe fasciée, photographiée tout près d'une maison en haute-vienne. En occitan limousin on l'appelle la pépue.
Dans nos jardins, prenons le temps de (re)découvrir la faune du Limousin. Ici une huppe fasciée, photographiée tout près d'une maison en haute-vienne. En occitan limousin on l'appelle la pépue. © Sébastien Passelergue


Marc Giraud est lui aussi naturaliste, vous l’entendez souvent à la radio, sur des médias nationaux, amoureux du Limousin, il possède une maison en Haute-Vienne. Ce territoire il le connait par coeur, il lui a même consacré un de ses nombreux livres, La Nature en Bord de Chemin (delachaux et Niestlé). Pour lui non plus pas de miracle, ce “retour de la nature” n’est qu’une impression :

Les animaux étaient déjà là, mais les citadins ne les entendaient pas et ne les voyaient pas. Enfin le confinement ouvre les yeux et les oreilles des gens dans les villes et c’est bien.

C’est un phénomène de vases communicants, avant les animaux étaient sous pression et ils se cachaient maintenant ils ne subissent pas la pression des hommes et s’autorisent à sortir à découvert.


 

L'interview de Marc Giraud


La période favorise-t-elle tout de même certaines espèces ?

Pour les batraciens, les hérissons, les oiseaux qui en cette période de l’année paient généralement un très lourd tribut à la circulation routière oui c’est certain c’est positif. Explique Jean-Michel Teulière.

Tous les ans des milliers d'amphibiens se font écraser sur les routes lors de leur migration printanière.
Tous les ans des milliers d'amphibiens se font écraser sur les routes lors de leur migration printanière. © Sébastien Passelergue


Un court répit pour certaines espèces dites "nuisibles", ajoute Stéphane Raimond, photographe animalier (Objectif Loutres), installé sur le plateau de Millevaches

Pas de déterrage des blaireaux ou des renardeaux en ce moment ça c’est un plus. Moins de travaux forestiers, c’est positif aussi pour les oiseaux. 
 

Pour réaliser ses clichés, Stéphane Raimond reste à l’affût de nombreuses heures.
Pour réaliser ses clichés, Stéphane Raimond reste à l’affût de nombreuses heures. © Marine Guigne / France 3 Limousin


Les gens vont peut être apprendre à écouter et regarder la vie autour d’eux, revenir à de vraies et belles valeurs. Espère quant à lui Marc Giraud.

Oui… Mais voilà… 

Marc Giraud craint que le retour de bâton soit extrêmement douloureux : 

Le risque c’est que les animaux prennent leurs aises, cela peut poser un problème de confiance, de naïveté des animaux qui lorsque les humains ne seront plus confinés seront beaucoup plus vulnérables.

Finalement cela pourrait bien desservir la faune sauvage

Une théorie qu’appuie Stéphane Raimond :

Les animaux risquent de s’habituer à cette absence de danger, et après le confinement ils seront bien moins méfiants et beaucoup plus faciles à chasser. Les accidents avec les voitures risquent aussi d’être plus nombreux car ils s’habituent à l'absence de circulation.

Cette confiance pourrait même être catastrophique pour la faune sauvage selon Stéphane Raimond :

En ce moment les animaux sont tranquilles, on leur fiche la paix, ils sortent de leurs cachettes en plein jour mais d’un seul coup tout va leur tomber dessus. J’ai peur qu’au final ce soit encore pire pour la faune sauvage.

Une crainte partagée par Marc Giraud vice président de  l’Association pour la protection des animaux sauvages

L’ASPAS a lancé une pétition pour interdire la chasse pendant le confinement, nous avons obtenu quelques victoires mais il existe encore sur l'attestation gouvernementale une possibilité de dérogation pour des battues, ils appellent cela des missions d'intérêt général et ce n’est absolument pas acceptable. Et puis il y a aussi beaucoup de braconnage en ce moment.
 

Un renard chasse au moins 5 000 campagnols par an, c'est un allié de l'agriculteur, selon Stéphane Raimond.
Un renard chasse au moins 5 000 campagnols par an, c'est un allié de l'agriculteur, selon Stéphane Raimond. © Objectif Loutre - Stéphane Raimond


Les chasseurs préparent déjà le déconfinement, il suffit de suivre la fédération nationale sur les réseaux sociaux pour le voir. Ils risquent de se servir de cette impression de recrudescence des animaux pour demander à en chasser encore plus par la suite… Alors que malheureusement il ne s’agit que d’une impression. Ajoute Stéphane Raimond.

Pendant le confinement apprenons à écouter et observer la nature de notre jardin, depuis notre balcon... Et puis après, nous partirons à sa découverte à plus grande échelle... 

 
La nature est belle en Limousin, profitez...
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