Coronavirus : comment concilier sport de haut niveau et confinement

Un selfie de Mathieu Bosredon qui tente de garder la forme et le moral malgré le confinement. / © Mathieu Bosredon - France 3 limousin
Un selfie de Mathieu Bosredon qui tente de garder la forme et le moral malgré le confinement. / © Mathieu Bosredon - France 3 limousin

Leur corps, c'est leur outil de travail. Souvent aussi une sorte de "machine de guerre" réglée au milimètre et programmée pour des échéances précises. Comment se maintenir en forme malgré le confinement, c'est toute la problématique des sportifs de haut niveau, en Corrèze et ailleurs.

Par Pierre Gauthier

Ils devaient disputer un match décisif dans la course au maintien en Top 14, ce samedi 21 mars à Paris face au Stade Français. Une rencontre bien évidemment reportée sine die en raison de la crise du coronavirus. Depuis vendredi dernier, les rugbymen du CAB sont également privés d'entraînement collectif et même d'accès aux installations du Stadium. 

Il faut donc s'entretenir individuellement à la maison, et ce n'est pas toujours simple, comme l'explique Thomas Laranjeira, joint par téléphone, confinement oblige. Pour l'arrière corrézien, meilleur réalisateur du Top 14 et auteur jusque là d'une très belle saison, "c'est une situation très étrange, à prendre au sérieux, et qui va bien au-delà du sportif."


"Nous avons chacun un programme à suivre, établi par les préparateurs physiques du club, à base de courses et de musculation. Je suis allé courir hier (lundi), et ce matin, en essayant de me tenir à distance des autres joggers."

Le buteur briviste a aussi ressorti son banc de musculation normalement réservé à l'intersaison, et a réussi à récupérer un peu de matériel auprès du club. Objectif, "rester le plus professionnel possible, se maintenir en forme et être prêt à repartir quand il le faudra."

Philosophe, Thomas Laranjeira conclut en rappelant qu'il faut impérativement "respecter les consignes" et rester "solidaires", des valeurs très rugby en somme.


Le gros problème ? L'absence d'échéances


Pour Rémy Monteil, ancien kiné du CAB, le seul point positif du confinement est de ménager une nouvelle plage de récupération pour les joueurs au beau milieu des cadences folles du championnat.

Il distingue ensuite deux catégories de joueurs, ceux qui ont du matériel de musculation et un accès facile à l'extérieur, et ceux qui sont confinés dans un petit appartement. "Ils ne peuvent travailler vraiment qu'avec le poids du corps pour limiter les pertes, mais c'est compliqué pour eux de faire du cardio. Ils doivent enchaîner des mouvements de type crossfit, mais pas de quoi remplacer le rythme de la compétition, ni même celui de l'entraînement."

"Si tout développement semble compliqué dans ces conditions, il faut limiter la désadaptation. Comme à l'intersaison, le message aux joueurs pourraît être : soyez prêts à vous préparer !" Car en l'absence de dates précises de reprises des matches, impossible de planifier la montée en puissance physique du groupe.

Le corps devra aussi se ré-habituer aux chocs et chutes inhérents à un match de rugby, il faudrait donc "au moins quinze jours de préparation" avant d'imaginer rejouer en compétition, un délai qu'il va falloir réussir à imposer aux décideurs quand la reprise des championnats deviendra envisageable, sous peine d'augmenter considérablement le risque de blessures sérieuses.
 

"Ca aide à ne pas devenir fou !"

Mathieu Bosredon dans son cuissard de l'équipe de France. / © Mathieu Bosredon - France 3 Limousin
Mathieu Bosredon dans son cuissard de l'équipe de France. / © Mathieu Bosredon - France 3 Limousin


Autre sport, mais problèmes similaires pour Mathieu Bosredon, multiple champion de France de handbike. Confiné depuis déjà 5 jours car sa femme est diabétique, il s'accorde tout de même une sortie quotidienne "d'1h30 à 2h, sans s'éloigner mais en effectuant des boucles." Le Bataillon de Joinville auquel le Briviste appartient lui a confirmé qu'il pouvait contineur à sortir sur son handbike, seul, bien sûr, en saluant les gens "de loin, au risque de passer pour un malpoli !" (rires).

Le reste du travail s'effectue sur un home trainer, à la maison, avec un capteur de puissance tout de même. Un brin monotone, mais "je n'ai pas le choix, et ça aide à ne pas devenir fou ! Nous les sportifs, on peut vite s'agacer si on ne se dépense pas, et on devient pénible pour notre entourage..."

Candidat à une médaille aux Jeux Paralympiques, Mathieu Bosredon devait disputer des épreuves qualificatives début juin, mais le virus a tout chamboulé. Désormais, son objectif est de "rester en forme", tout simplement, en croisant les doigts pour la suite.

Pour les sportifs corréziens de haut niveau, et les autres, tout dépendra de la durée du confinement. Plus celui-ci sera long, plus les "dégâts" occasionnés seront importants. Mais comme pour tout un chacun, priorité à la santé, bien sûr.


 

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