Confinement et coronavirus : retour au calme au centre de détention d'Uzerche après la mutinerie du 22 mars

15 jours après la grosse mutinerie du 22 mars 2020, la situation est sous contrôle dans la prison d'Uzerche en Corrèze. Même si l'ombre du coronavirus suscite toujours des inquiétudes, tant chez les surveillants que parmi les détenus.

Le centre de détention d'Uzerche n'a pas connu de nouvelle flambée de violence depuis la mutinerie des 22 et 23 mars.
Le centre de détention d'Uzerche n'a pas connu de nouvelle flambée de violence depuis la mutinerie des 22 et 23 mars. © Pierre Gauthier - France Télévisions
178. C'est le nombre de détenus restants au centre de détention d'Uzerche, d'une capacité initiale de quelque 600 places. Deux des bâtiments principaux ayant été ravagés lors de la mutinerie, 330 détenus ont été transférés vers d'autres établissements de la région. Une vingtaine a également été libérée récemment, ceux à qui il ne restait que quelques mois à purger, pour limiter les risques sanitaires.

2/3 de détenus en moins, le travail des surveillants est forcément un peu moins compliqué. Ils sont encore 75 sur le site, et malgré leur crainte, la direction assure ne pas avoir en l'état de projet de réaffectation du personnel. Seules les arrivées prévues sont reportées. 

Première mission des surveillants post-mutinerie, rassembler toutes les affaires des détenus transférés dans l'urgence. Ces derniers, privés de leurs affaires, commençaient à "mettre la pression dans les autres prisons",  selon Dimitry Frère, délégué syndical UFAP-UNSA. "Il y avait tellement de choses à récupérer qu'on s'est retrouvés en rupture de cartons ! On a été dépannés par une entreprise locale."

Autre "boulot très ingrat", vider les frigos de toutes les denrées périssables, justement perdues suite aux ruptures d'alimentation électrique des réfrigérateurs et à la chaleur ambiante. "On a tout mis à la benne, ça nous a pris presque deux semaines", poursuit le surveillant, en poste à Uzerche depuis 2009. Et il y a encore du travail, notamment pour sauver ce qui peur resservir, comme les draps, oreillers ou couvertures.

Par ailleurs, les premières entreprises sont venues faire des devis. Une première étape sur les longs travaux à prévoir dans les espaces détruits lors de scènes de violence "jamais vues à Uzerche". Le climat est désormais apaisé au centre de détention, "aucune fiche incident ne nous est remontée", selon la direction inter-régionale des services pénitentiaires à Bordeaux, "l'ambiance est la même que dans les autres établissements de la région."
   

Pas assez de masques ?

Autrement dit, l'inquiétude est bien présente parmi la population carcérale, même moins nombreuse, qui se sent impuissante face au risque de contamination au Covid-19. Côté surveillants aussi, ça grogne. En cause, un nombre de masques disponibles jugé insuffisant. "On a suffisamment de gel hydro-alcoolique, mais en revanche on nous demande de porter notre masque toute la journée, de 7h30 à 18h, voire même de le réutiliser si possible le lendemain !", s'offusque Dimitry Frère. Des masques pourtant livrés régulièrement par boîtes de 100. Pas de quoi apparemment rassurer complètement, même si la direction assure avoir "sensibilisé tout le monde, et disposer d'unités sanitaires pour faire respecter les consignes."

Autres conséquences du coronavirus, les avocats ne peuvent plus rendre visite normalement à leurs clients. "On rédige comme une plaidoirie des observations écrites. Ce n'est pas confortable, mais c'est mieux que de ne pas avoir d'avocat du tout", selon Nadège Pouget-Bousquet, bâtonnière du barreau de Tulle. "De toute façon, on est surtout en stand by avec la grande majorité des affaires reportées sine die."

Les aumôniers sont également privés de visites depuis l'annonce du confinement. "On pourrait communiquer par écrit, mais tous les courriers sont lus par l'administration, donc on évite", explique Robert Ynam, aumônier protestant, qui se rend habituellement une fois par semaine à Uzerche.

Pour compenser la suspension des parloirs, source de grande frustration, chaque détenu a reçu 40 € sur son compte téléphone, soit 11 heures de communication vers un fixe en France (5 heures vers un mobile). Un service de répondeur pour les familles a été mis en place, et la télévision est désormais gratuite dans les cellules. Enfin, les détenus en situation de précarité, ceux qui disposent de moins de 100 € sur leur pécule, reçoivent une aide majorée de 40 € par mois pour cantiner. Un système de cantine qui ne souffre d'ailleurs d'aucune rupture de stock.
 
Les transferts de détenus, autre source d'inquiétude en pleine pandémie de coronavirus.
Les transferts de détenus, autre source d'inquiétude en pleine pandémie de coronavirus. © Pierre Gauthier - France Télévisions
 

Enquête en cours


Sur le volet judiciaire, l'enquête sur la mutinerie se poursuit. Elle est menée par la Section de Recherches de la Gendarmerie de Limoges. "Les investigations sont en cours, elles sont complexifiées par le confinement", explique Agnès Aubouin, procureur de Tulle. Aucune comparution immédiate n'a donc eu lieu. De sources syndicales, sept meneurs présumés seraient actuellement à l'isolement dans un quartier spécifique du centre de détention. 

Contrairement à certaines rumeurs, les munitions utilisées par les forces de l'ordre lors de la mutinerie étaient bien toutes non-létales, selon les premiers éléments recueillis par les enquêteurs. Par ailleurs, une femme de détenu a posté sur les réseaux sociaux des messages concernants la grève de la faim entamée par son mari. Elle dénonce des violences à son encontre, la direction dément formellement. "On ne tape pas sur les détenus, au contraire, nous sommes responsables de sa santé. Cette grève de la faim est un acte isolé d'un détenu qui voudrait absolument rester dans un des bâtiments détruits", selon la direction. 

Encore une conséquence finalement d'une mutinerie qui laissera bien des traces à Uzerche.

 
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