Déconfinement : toutes les écoles du Limousin ne rouvriront pas le 11 mai

Concilier la reprise de l'école et le respect des mesures sanitaires s'apparente à un vrai casse-tête pour de nombreuses mairies. Plusieurs municipalités du Limousin font le choix d'une rentrée progressive, ou décalée.

© A.Abalo/FTV
Emmanuel Macron l'a confirmé ce mardi 5 mai lors d'une intervention en direct d'une école de Poissy dans les Yvelines : il n'y aura pas de contraintes imposées aux mairies qui estiment ne pas être prêtes pour rouvrir leurs écoles dès le 11 mai.

Le Président de la République ouvre la porte à une certaine souplesse pour décaler la date de reprise, "à condition que cela se fasse en concertation avec les enseignants et en informant les parents d'élèves".
 

Rentrée le 25 mai à Malemort


A Malemort, 4e commune de la Corrèze où sont scolarisés 736 élèves, le maire l'a d'ores et déjà annoncé : il ne rouvrira pas les écoles avant le 25 mai.

J'ai proposé la date que j'estime être la plus réaliste pour une reprise dans de bonnes conditions sanitaires. - Jean-Paul Avril, maire de Malemort

Il lui semble impossible de préparer une rentrée qui respecte le protocole sanitaire défini par le gouvernement en quelques jours. D'autant qu'il ne connait pas, à ce stade, le nombre d'enseignants et de personnels municipaux qui seront effectivement disponibles.

Ce règlement vertical, jacobin, c'est bien gentil mais c'est inapplicable. Si jamais il y a des contaminations, je suis responsable. Donc je prends mes responsabilités.

Jean-Marie Avril affirme réagir en tant qu’ancien médecin-réanimateur (aujourd’hui à la retraite) et préfère prendre des précautions face à une situation sanitaire incertaine. Il n'exclut pas, toutefois, de faire évoluer la date de rentrée en classe si les conditions de préparation de la reprise deviennent plus favorables.

   

Des communes en pleine réflexion


En Limousin, pas de fronde massive contre la reprise de l’école, comme c’est par exemple le cas en Ile-de-France où plus de 300 maires ont officiellement demandé à Emmanuel Macron de reporter la rentrée, ou encore en Dordogne où 23 communes du Grand Périgueux ont annoncé qu’elles ne rouvriront pas les écoles.

Mais dans nos trois départements, beaucoup de maires sont en train de tergiverser, peser le pour et le contre, tentent d’organiser l’impossible et n’excluent pas de prendre, eux aussi, une décision radicale.

Pour l’instant, il y a beaucoup de réflexion. Certains maires de Haute-Vienne ont émis de sérieuses hypothèses de ne pas rouvrir les écoles. Mais il n’y a pas encore de décisions officielles. – Fabrice Prémaud, secrétaire SNUIPP – FSU (87)

Idem en Corrèze, où une toute petite poignée de maires hésitent également à reporter la rentrée en septembre. "Mais ils sont encore en pleine réflexion, tempère le Directeur académique des services de l'Education nationale en Corrèze, Dominique Malroux. Ce n'est pas une position définitive". 

En Creuse, selon le même syndicat d’enseignants, plusieurs communes auraient déjà renoncé à effectuer cette rentrée dans la précipitation.
La Courtine, La Saunière, Saint Yrieix-les-Bois, ou encore St Dizier-Masbaraud envisagent de décaler cette reprise. Certaines communes comme St-Hilaire le Château, Pontarion, Thauron ou Champagnat parlent de rouvrir les écoles seulement le 2 juin. A Gentioux, le conseil municipal a pris un arrêté actant la fermeture de l'école jusqu'à installation du nouveau conseil municipal.

Le SNUIPP-FSU (23) a demandé ce mardi à l'inspection d'académie de reporter la rentrée partout où les conditions sanitaires ne sont pas réunies et validées par ses services.

En Corrèze, les représentants syndicaux ont également réclamé ce jour, à l'issue d'un CHSCT, le report de la rentrée au 18 mai dans tout le département.
Une nouvelle circulaire pourrait finalement prévoir un 2e jour de pré-rentrée pour les enseignants, et donc une reprise effective pour les enfants à partir du jeudi 14 mai.
Ce mercredi 6 mai lors d'une conférence de presse, le directeur académique des services de l'Education nationale en Corrèze a écarté toute idée d'un report généralisé de la rentrée au 18 mai pour toute la Corrèze. "En revanche, pour les écoles qui le souhaitent, la pré-rentrée des enseignants pourra s'effectuer le 12 au lieu du 11 mai, pour un retour en classe alors des élèves le 14 au lieu du 12".
 

De la bonne volonté


Selon la Rectrice de l’Académie de Limoges, Anne Laude, une très grande majorité des communes du Limousin est partie prenante d’une rentrée dans les temps, et dans de bonnes conditions.

Ce qui apparait sur le terrain, c’est beaucoup de bonne volonté et de bienveillance de la part de tous les acteurs pour pouvoir accueillir à nouveau les élèves et permettre une rentrée progressive. Le lien social fait partie de l’éducation, et on voit que tout le monde se mobilise pour trouver des solutions.


A Tulle, en Corrèze, Bernard Combes est finalement revenu sur sa décision de ne pas rouvrir les écoles. Le maire a toutefois fixé la limite à 10 élèves par classe, dans tous les établissements de la commune. De ce fait, seuls 260 enfants sur les 980 scolarisés pourront être accueillis en simultané.

A Brive, le maire de la ville fait savoir ce mercredi 6 mai qu'elle est "techniquement prête à accueillir les élèves à compter du 12 mai", avec maintien de la cantine scolaire et de la garderie. Mais "l'Education nationale ayant indiqué que les équipes pédagogiques souhaitait poursuivre la journée de préparation sur le 12 mai, les écoles ouvriront seulement le 14 mai".
 
 
© Piabay

 

Une rentrée progressive


Dans plusieurs communes, le choix d’une rentrée progressive a été fait. C’est le cas de Guéret où aucun élève ne rentrera dès le 12 mai. Les enfants de grande section de maternelle, CP et CME reprendront les 14 et 15 mai, et les autres niveaux la semaine suivante, à l’exception des élèves de petite section de maternelle pour qui les gestes barrières seraient trop compliqués à faire appliquer.

Michel Vergnier, le maire de Guéret, avait publiquement fait connaître son opposition à une reprise de l’école avant le mois de septembre. Face aux décisions gouvernementales, il joue le jeu mais pose des conditions.

Nous avons posé des conditions d’accueil strictes auxquelles je ne dérogerai pas  : 8 élèves par classe en maternelle, 10 en élémentaire. Et je veux qu’un protocole d’accord soit signé avec la Préfecture et l’inspection d’Académie.

Il estime qu’ainsi un tiers seulement des élèves guérétois pourront être accueillis.

A Limoges aussi, la rentrée sera progressive : le 12 mai pour les CP, CE1 et CM2, le 18 mai pour les GS, CE2 et CM1, et le 25 mai pour les PS et MS.

Idem à pour la ville d'Ussel, avec retour tout d'abord à l'école des grandes sections, CP et CM2.

Une adaptation obligatoire


Pour les mairies qui ont fait le choix de rouvrir leurs écoles dès le 11 mai, c’est un tout nouveau système qu’il faut mettre en place : réorganisation des locaux pour respecter les 4 m2 par élève, désinfection des classes et des sanitaires plusieurs fois par jour, adaptation des activités pour éviter le partage du matériel et la proximité…

A Nexon, en Haute-Vienne, c’est la cantine qui pose problème. Car comme dans dix autres communes du département, le restaurant scolaire est situé dans le collège et dépend donc du département. Collège qui ne rouvre que le 18 mai. Pour la première semaine d’école, il a donc fallu mettre en place, en collaboration avec le département, un système de pique-nique et de repas froids.

Les horaires ont aussi dû être adaptés. La garderie terminera à 18h au lieu de 18h45, "car il faut compter deux heures de désinfection des locaux", nous explique le maire Fabrice Gerville-Réache.
Par ailleurs, dans cette commune où la semaine de quatre jours et demi a été conservée, il n’y aura pas école le mercredi pour permettre aux enseignants de préparer le travail à distance.

Autre exemple d’adaptation dans la petite commune de Rilhac-Xaintrie en Corrèze.
Dans cet environnement rural, l’école ne compte que deux classes, 23 élèves au total de la petite section de maternelle au CM2.
Les deux institutrices ont revu totalement l’organisation pour proposer un système adapté dès le 12 mai.
Les deux classes seront mélangées. Une enseignante s'occupera des 6 à 10 élèves qui envisagent de revenir à l'école, pendant que la directrice, enceinte, gèrera le travail à distance pour les autres enfants. Elle proposera également, l'après-midi, une heure de visioconférence avec les enfants à l'école pour faire du yoga, de la méditation des jeux, ou parler de la situation, des gestes barrières.

Bref, autant de situations, d'organisations sur mesure, à partir du 11 mai... ou plus tard.

 
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