Le club d'Allassac fait appel de la sanction de la commission de discipline suite à l'affaire de l'agression d'arbitre

Publié le Mis à jour le
Écrit par Nassuf Djailani
L'arbitre Vincent Caron et l'un de ses arbitres assistants rencontrés sur le terrain pour évoquer l'agression dont il a été victime vient d'obtenir gain de cause, l'interdiction de stade pour l'auteur de l'agression.
L'arbitre Vincent Caron et l'un de ses arbitres assistants rencontrés sur le terrain pour évoquer l'agression dont il a été victime vient d'obtenir gain de cause, l'interdiction de stade pour l'auteur de l'agression. © France Télévisions

Le joueur qui a agressé un arbitre lors d’une rencontre Allassac / Saint-Germain Les Vergnes en novembre dernier vient d’être exclu pour 9 ans de toute activité sportive. Le dirigeant du club d’Allassac écope lui de 6 mois d’exclusion, avec une pénalité de 5 points pour le club. Ils font appel.

L’affaire avait ému toute la communauté sportive corrézienne. Quand début novembre dernier un jeune joueur d’un club d’Allassac s’en était pris à l’arbitre au cours d’une rencontre avec l’équipe de Saint-Germain les Vergnes. Interrogé à l’époque des faits, Saïd Ennjimi, président de la Ligue de Football de Nouvelle-Aquitaine et ancien arbitre international avait rappelé les règles en matière de violence sur les stades : "Le principe, quand les faits sont avérés, c'est la possible radiation à vie. 10 ans, 15 ans de radiation, ce sont des peines que l'on connait, mais au sein de notre ligue on souhaite vraiment bannir ce genre d'agissements. Il y a la présomption d'innocence, la commission de discipline doit faire son travail. Si jamais elle établit clairement que le fautif n'a absolument aucune excuse, voilà la position de la ligue".

Les deux présidents de club avaient d’ailleurs condamné toutes formes de violence et avaient appelé au calme.

Procédures

La commission de discipline du district de la Corrèze vient d’infliger 9 ans de suspension de stade au joueur agresseur. Le dirigeant écope lui de 6 mois d’interdiction d’exercer toute fonction sportive au sein de son club. Allassac prend 5 points de pénalités. Mais le président du club, Christian Pouch estime que son équipe subit une véritable injustice. Raison pour laquelle Allassac a mandaté Me Gaillard, du barreau de Brive pour qu'il fasse appel de la décision de la commission de discipline. Il explique qu’il y a deux raisons principales à sa démarche : « une procédure irrégulière, et une sanction excessive en regard des faits démontrés » signale Me Gaillard. 

Les faits

A l’examen du dossier, Me Gaillard, tient à rappeler quelques irrégularités car il estime que son client est lésé dans la décision de la commission. « Il y a un pénalty qui est tiré ce jour-là, le gardien repousse le ballon, à ce moment-là un joueur est signalé hors-jeu par l’arbitre assistant, malgré cela, un second joueur reprend la balle et marque contre Allassac. A partir de là tout s’emballe, le joueur agresseur se trouve à côté de l’arbitre qui siffle la fin du match, ne tenant pas compte du signalement de son arbitre assistant. Le joueur interpelle l’arbitre qui sort un carton rouge, le joueur lève une main pour repousser le carton avec une main ouverte, ce qu’il n’aurait pas dû faire, et il l’a sans doute touché le visage. L’arbitre se prend la tête à deux mains et s’effondre », détaille l’avocat.

Pour Me Gaillard, « la violence n’a pas sa place sur les stades et surtout pas à l’égard des arbitres, mais ce jour-là, l’arbitre victime en aurait fait des tonnes pour se faire plaindre. L’arbitre a d’ailleurs exprimé le vœux de ne plus arbitrer en match amateur de ce niveau pour n’arbitrer qu’au niveau au-dessus ». Pour l’avocat, « cette agression était donc bienvenue pour lui permettre de hâter le pas dans sa promotion dans l’arbitrage ». Il ajoute même qu’il s’agit « d’un arbitre qui aime la lumière et pour qui tous les arguments sont bons pour progresser dans sa carrière ». Même s’il ne va pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’une agression imaginaire. Vincent Caron, l’arbitre agressé a eu 11 jours d’ITT suite à l’agression.

Argumentaire

« Pourquoi cette affaire marche de travers, s’interroge Me Gaillard. J’ai consulté le dossier mardi soir, la commission s’est réunie le jeudi. J’ai constaté que dans le dossier il manquait des pièces : certificat médical, arrêt de travail, et photos des lésions puisque l’arbitre dit avoir été gravement blessé. Nous sommes le mardi. Je me rends à la convocation le jeudi au district à Brive, et l’audition commence, et tout de suite je m’étonne de la gravité des faits puisqu’il n’y a dans le dossier ni arrêt de travail, ni certificat médical descriptif ni photos des lésions. A ce moment-là le président ouvre le dossier, et me montre le certificat médical et les arrêts de travail mais refuse de me confier la photographie de l’arbitre montrant qu’il avait été blessé. Je sors les photos faites par le journal La Montagne le lendemain de l’agression ainsi que les vidéos de France 3 réalisées 48 ou 72 h après les faits et là le président me dit qu’il ne veut pas voir ces documents que je produis ! » explose Me Gaillard. « Quand je manifeste mon étonnement, le président de la commission de discipline me dit ne pas vouloir me donner les photos, quand j’en produit il me répond qu’il ne veut pas les voir. En 35 ans de pratique du droit, je n’ai jamais vu cela » s’étrangle l’avocat d’Allassac. « Sachant que l’arbitre disait avoir reçu des coups à l’œil et à la pommette. Franchement, quand on se prend une droite, normalement on a une trace le lendemain. Les photos prises de l’arbitre le lendemain des faits par la presse, montrent qu’il a un visage de bébé ». 

Donc, cette affaire est-elle une tempête dans un verre d’eau ? « Encore une fois, personne n’a le droit de toucher à l’arbitre sur un stade, le débat n’est pas la dessus », coupe l’avocat sans manière. « Devant la commission, j’ai également demandé à ce que l’on puisse lire les témoignages des témoins oculaires, refus du président en disant qu’il ne prend en considération que le témoignage de l’arbitre agressé et des arbitres assistants. Les bras m’en tombent » regrette l’avocat du club d’Allassac.

« Des arbitres assistants qui d’ailleurs ne disent pas la même chose : l’un dit qu’il a vu partir une main, l’autre qu’il a vu un maillot agrippé. L’arbitre agressé quand à lui raconte avoir eu le maillot agrippé et avoir reçu un coup de poing. »

Me Gaillard ne nie pas qu’il y a eu violence mais il estime que « d’entrée de jeu, le dossier est monté exclusivement à charge. Les irrégularités sont tellement nombreuses, qu’on en finit pas ».

Sanctions 

Pourquoi le dirigeant du club d’Allassac s’est pris 6 mois de suspensions de stade ? « Sur le dirigeant c’est encore plus invraisemblable, s’exaspère Me Gaillard. L’arbitre rapporte qu’il ne sait pas qui l’a insulté, mais qu’après coup ; on lui aurait dit que c’était Monsieur X, à savoir le dirigeant d’Allassac. Pire ! En sortant de la commission de discipline, le président du club d’Allassac Christian Pouch, attire mon attention sur la présence d’une personne membre du comité de discipline qu’il avait reconnu. Tenez-vous bien, il me raconte que l’une des membres de la commission de discipline qui venait de le sanctionner était membre de l’association club d’Allassac, et qu’elle avait quitté le club 6 mois avant l’agression dans de très mauvais termes. Et cette personne siège maintenant à la commission de discipline chargée de juger le cas de son ancien club. Ce n’est pas normal » enrage l’avocat.

Appel 

 

Pour Me Gaillard, le district aurait dû « sanctionner intelligemment le joueur agresseur, d’ailleurs, j’avais demandé une peine d’exclusion de deux ans par exemple, mais avec mise à l’épreuve, étant entendu que la commission aurait pu obliger le joueur à aller faire un stage d’arbitrage pour se rendre compte de ce que c’est ».

Cette sanction du district, regrette l’avocat du club d’Allassac « est contre-productive à tout niveau, parce qu’elle va dégouter les bénévoles d’aller encadrer des matchs, les joueurs d’aller dans les clubs amateurs et les arbitres d’aller arbitrer. Je peux espérer que la commission d’appel aura plus de discernement, d’impartialité et de hauteur de vue dans cette affaire. Le joueur s’est excusé, parce qu’encore une fois, on ne touche pas à l’arbitre, on ne règle pas ses comptes sur le terrain, tout le monde est d’accord la dessus, y compris le joueur qui regrette ». 

Pour le président du club d’Allassac, la faute d’un seul joueur jette le trouble sur toute l’organisation de son association. Les sponsors, les partenaires et même les parents d’élèves commencent à se poser des questions. Assez pour l’inquiéter car Allassac a une école de foot.

Devant la commission, le club a pris 5 points de pénalités « au motif que les supporters se seraient mal comportés » regrette Me Gaillard. Il rappelle qu’au « niveau amateur, les clubs n’ont aucune responsabilité de police sur les supporters, à fortiori lorsque le club joue à l’extérieur ». La rencontre a eu lieu à Saint Germain les Vergnes et non à Allassac. 

Comment la commission peut-elle donc sanctionner le club d’Allassac, « alors que le match s’est joué à Saint Germain sans qu’on sache précisément quel trouble réel il y a eu » ? Autant de question que Me Gaillard compte poser en appel devant la commission de discipline du district de Brive.

La date de l’audience d’appel n’est pas encore connue.

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