Coronavirus : dans la Creuse, les médecins dans les zones rurales sont (presque) prêts

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Le territoire Limousin est pour le moment, relativement préservé du Covid-19.  Pour autant, les médecins généralistes savent qu'ils sont en première ligne, en particulier en milieu rural, où ils doivent faire face aux questions et inquiétudes de la population.

Par Nicolas Chigot

Nous sommes au début des mesures de confinement. Le but : limiter la propagation du covid-19. Pour l’heure, que ce soit en Creuse, en Corrèze ou en Haute-Vienne, l’assaut tant redouté n’a pas encore eu lieu. Dans les gros bourgs creusois, à Dun-le-Palestel ou à Ahun, les médecins généralistes ne font pas encore face à une horde de patients inquiets. " L’activité est intense mais quasi-normale" confie le docteur  Jean-Paul Lamiraud, praticien à Ahun qui est aussi le président de l’ordre en Creuse. "Pour le moment, nous n’avons pas de remontée de terrain qui fasse mention d’une forte affluence". "Les gens sont quand même raisonnables, depuis lundi c’est calme", appuie la secrétaire médicale d'un généraliste de Dun qui a cependant dû écourter ses vacances qui n’ont duré qu’un petit week-end.

"Aujourd’hui, les médecins attendent que ça vienne et ont adapté leur organisation. Ce qui nous manque c’est de savoir en temps réel ce qui se passe et s’il y a des nouveaux cas ou non. J’imagine que ces informations tomberont petit à petit », affirme le docteur Jean-Paul Lamiraud.

Ce qui nous inquiète plus c’est l’afflux de Parisiens qui viennent passer la période de confinement dans leur famille ou dans leur résidence secondaire en Creuse. Ça augmente le risque localement

Des masques ! 

Autre motif d’inquiétude communément partagé par les médecins ruraux : le manque de matériel. "Nous avons eu des maques, à peu près 50, mais ça ne peut tenir que 10 jours" confie le docteur Claude Landos, médecin à la maison de santé de la Celle-Dunoise. "Pareil pour les gels, nous avons pas mal dépanné mais maintenant nous n’en avons plus et les fournisseurs indiquent qu’il n’y en aura plus avant fin avril. J’ai aussi essayé d’acheter une blouse pour ne pas ramener de microbes à la maison mais là aussi c’est la rupture de stock".

Inquiétude aussi dans les maisons de retraite. Le docteur Romain Py est le médecin coordinateur des maisons de retraite d’Ambazac et Nantiat, respectivement 140 et 80 résidents. "Si les premiers cas se manifestent, on aura un vrai problème avec les masques et les gels hydroalcooliques. Avec le stock que nous avons, nous ne pourrons pas tenir longtemps. On espère que l’Etat va bien faire le nécessaire. Pour rappel, le taux de mortalité des plus de 80 ans est d’environ 15%, alors dans nos établissements où la moyenne d’âge est de 90 ans, on s’inquiète."

Ici, pour le moment, on maîtrise


Pour l’instant, à la maison de santé de la Celle-Dunoise, l’organisation est plutôt bien huilée. Les inquiets sont rassurés par téléphone, aucun n’a présenté de symptôme vraiment douteux. Les patients qui viennent habituellement tous les trois mois pour faire renouveler leur ordonnance ont été priés de rester chez eux. Les médecins prennent de leurs nouvelles et font l’ordonnance qui est à retirer au cabinet où qu’ils apportent chez les patients concernés. "Cela dégage du temps pour pouvoir s’occuper des malades. Les rendez-vous sont ainsi espacés pour qu’il n’y ait pas plus d’une personne en même temps dans la salle d’attente", explique le médecin. "Je suis bien content d’être en milieu rural et je n’envie pas mes collègues des villes qui peuvent avoir à faire face à un afflux et à des personnes agressives. Ici, pour le moment on maîtrise", conclut le médecin qui est par ailleurs maire de la commune.


Le plateau de Millveaches est aussi mobilisé

En hyper-ruralité sur le plateau de Millevaches, la communauté médiale est aussi mobilisée. Le réseau Mille soins qui regroupe une quinzaine de praticiens, pharmaciens, kinés etc… s’apprête à faire face dans cette zone sensible éloignée des hôpitaux. Marsi soir, 17 mars 2020,  les membres du réseau se sont réunis pour mettre en œuvre une stratégie. "On va voir comment on s’organise en mode Covid",  résume Antoine Prioux, pharmacien.

On a l’avantage du terrain très éloigné des foyers de contagion et ses désavantages : une population vieillissante, fragile, avec des malades chroniques isolés.

Il va falloir mettre en œuvre une stratégie unique. "Nous réfléchissons déjà à un outil papier à destination des patients pour résumer les symptômes, les comportements à adopter et les numéros à joindre. Nous allons aussi répartir les rôles et exposer le personnel de santé plutôt jeune et donc moins vulnérable". L’idée est aussi de jouer avec les atouts du plateau limousin : la solidarité et la culture du système D.

Les réserves de gel, de masques sont gérées de la manière la plus économe possible. Cette crise sera peut-être aussi l’occasion de montrer que le réseau bâti sur le plateau et basé sur la coopération et la pluralité des compétences est un bon modèle pour affronter ce genre de situation.


 

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