En Creuse, l'enfer d'une migrante congolaise tombée dans la prostitution

Une Congolaise de 39 ans, ayant fui la misère de son pays en 2016, est tombée dans un réseau de prostitution en région parisienne puis en Creuse. Des associations l'ont aidée à en sortir mais la préfecture souhaite désormais l'expulser comme une vingtaine d'autres migrants.

 

Yolande a connu l'enfer et aimerait travailler en Creuse.
Yolande a connu l'enfer et aimerait travailler en Creuse. © FTV
C'est une histoire douloureuse que raconte Yolande Makanda. Cette habitante de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC) travaillait comme infirmière, mais son salaire ne lui permettait pas d'élever ses enfants. Elle rencontre alors un Européen qui lui promet un bon salaire en France, bien loin de la misère de la RDC, géant de l'Afrique miné par la corruption et les conflits. 

Yolande arrive en région parisienne en 2016 et sa vie bascule"Cet Européen m'a forcé à me prostituer mais je ne pensais pas que c'était un proxénète. J'ai été obligée de faire ça sinon ma famille allait subir des persécutions" déclare-t-elle.
 
En Creuse, l'enfer d'une migrante congolaise tombée dans la prostitution


Séquestrée, violentée, après quatre mois d'enfer, Yolande réussi à s'enfuir, et trouve refuge en Creuse en 2016. Mais sans titre de séjour ni ressource, elle doit se prostituer pour survivre.

Des associations l'aident alors à monter un dossier de sortie de prostitution, un statut protégé. En effet, l'article L316-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'"une autorisation provisoire de séjour d'une durée minimale de six mois peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger victime des infractions prévues aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal qui, ayant cessé l'activité de prostitution, est engagé dans le parcours de sortie de la prostitution et d'insertion sociale et professionnelle mentionné à l'article L. 121-9 du code de l'action sociale et des familles."

Mais en février dernier, la préfecture de la Creuse conteste ce point. Yolande vient donc de recevoir une obligation de quitter le territoire (OQTF), comme une vingtaine de migrants pour d'autres situations selon des associations.

Maître Blandine Marty, avocate au barreau de Limoges spécialisée dans le droit des étrangers pense que l'expulsion n'aura pas lieu mais s'inquiète du sort de ces migrants : "On constate que ces personnes auxquelles on notifie les mesures d'expulsion ne sont pas expulsées, mais on les maintient volontairement dans une situation d'extrême précarité alors que toutes ces personnes ne demandent qu'à travailler".

L'espoir de revoir ses enfants


En effet, Yolande a repris goût à la vie. Elle est aujourd'hui très bien intégrée en Creuse, très appréciée et impliquée dans le milieu associatif. Elle a l'opportunité de faire une formation pour ouvrir une table d'hôte. Retourner au Congo, pour elle, c'est retomber dans le collimateur du réseau de prostitution, un réseau probablement responsable de la disparition de ses enfants.
 

Les proxénètes ne laissent pas leurs proies. Je suis toujours exposée et je ne sais pas où se trouve ma famille et mes enfants.

Yolande, 39 ans.


Lundi 5 octobre, un comité de soutien s'est mis en place pour soutenir Yolande (comitedesoutienyolande@gmail.com), qui va tenter la démarche de la dernière chance : un recours au tribunal administratif de Limoges.



 
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