Creuse : la ferme des 1000 veaux va-t-elle survivre ?

Après 5 ans d’existence, la ferme des 1000 veaux n’est toujours pas rentable. Chaque année, elle perd de l’argent. Aujourd’hui, sous contrôle judiciaire, sa survie n’est qu’une question de mois.

Crée il y a cinq ans, la ferme des 1000 veaux perd 100 000 euros chaque année.
Crée il y a cinq ans, la ferme des 1000 veaux perd 100 000 euros chaque année. © Tania Gomes

Sur le plateau de Millevaches, à Saint-Martial-le-Vieux, en Creuse, sise "la ferme des 1000 veaux". Un centre d’engraissement bovin d'une capacité de 1000 bêtes, porté par 45 exploitations agricoles de Creuse et de Corrèze. Le projet dont le coût s’élève à 1,8 millions d’euros, subventionné par l’Etat et les collectivités locales, a vu le jour à l’été 2016. L’ambition de cette structure : relocaliser l’engraissement des veaux en France pour arrêter de les envoyer en Italie. Un projet nécessaire selon les éleveurs pour s’adapter aux nouvelles conditions du marché européen.

Sauf que depuis 5 ans, la ferme n’en finit pas de perdre de l’argent. A la tête de la SAS Alliance Millevaches, Claude Bauvy, s’acharne chaque jour pour négocier les prix et traquer la dépense. C’est une question de survie.

On perd 100 000 euros par an, on a 500 000 euros de dettes.

Claude Bauvy, président de la SAS Alliance Millevaches.

Aujourd’hui, 658 animaux sont présents sur le site. Les veaux arrivent des 45 exploitations voisines, à l’âge de huit mois et après avoir vécu auprès de leur mère en pâturage. A Saint-Martial-le-Vieux, les bêtes suivent un régime alimentaire intensif pour doubler leurs poids en six ou huit mois. Le but, passer d’environ 350 kilos à 700 kg à leur sortie. Sur le papier, la volonté d’engraisser sur place des veaux nés ici plutôt qu’en Italie a du sens mais sur le terrain, la rentabilité n’a jamais été là.

Sous contrôle judiciaire

Depuis 5 mois, la structure est placée sous contrôle d’un administrateur judiciaire et le propriétaire des murs, Haute Corrèze Communauté, va racheter les abreuvoirs, les barrières, les pompes, pour espérer garantir la continuité. "[Cela] nous permettrait demain, si l’éventualité arrivait que la SAS ne reprenne pas son activité, de pouvoir louer le site à toutes autres structures" explique Pierre Chevalier, président de Haute-Corrèze Communauté.

L’ex-président de la fédération bovine tente de les aider coûte que coûte car la ferme enchaîne les coups durs. Son unique client a mis un terme à son contrat au mois de juin. Pierre Chevalier active son carnet d’adresse pour tenter de trouver un nouveau partenaire à la structure. La Celmar, coopérative d’éleveurs pourrait être le prochain.

"Y avait urgence aujourd’hui dans les négociations que nous conduisons. Nous avons déjà sécurisé une reprise. D’autres candidats, avec des potentiels financiers très importants, sont sur les rangs donc nous n’avons aucune inquiétude pour l’avenir des partenariats avec la ferme de Saint-Martial.

Pierre Chevalier, président de Haute-Corrèze Communauté

Le groupe d’agriculteurs veut y croire, le propriétaire des lieux est optimiste. Reste les opposants au projet, qui ne s’étonnent pas de la situation de cette ferme qu’ils considèrent toujours comme inadaptée aux conditions du plateau.

Monter un projet d’engraissement sur le plateau de Millevaches là où il faut importer tout un tas de produits (de la paille…) pour nourrir ces animaux… nous savions dès le départ que c’était un projet voué à l’échec.

Joël Sarlat, membre de la Confédération Paysanne.

Claude Bauvy, le président de la SAS Alliance Millevaches se veut confiant. Les 300 000 euros de la communauté de communes vont permettre d’alléger la dette.  

"Je pense qu’on va se relever mais ça va être dur. On fait un business plan dans l’urgence pour réussir à sortir la tête de l’eau".

Il faut attendre quelques mois pour savoir si cet atelier d’engraissage arrivera à survivre ou non.

Que va devenir la ferme des 1000 veaux ?

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
agriculture économie environnement