Déconfinement: le gouvernement abat ses premières cartes

Le gouvernement a commencé jeudi soir d'abattre ses cartes en vue du déconfinement
de la France en présentant la liste des départements en rouge, orange et vert selon
l'état de l'épidémie et des services de réanimation. La Nouvelle-Aquitaine est en vert sauf la Dordogne.


               Sans surprise, l'ensemble de l'Ile-de-France et le quart nord-est du pays, les
deux principales zones touchées, figurent intégralement en "rouge" - ainsi que
la Haute Corse, le Cher, le Lot et Mayotte - sur une carte qui sera remise quotidiennement à jour jusqu'au 7 mai, avant le début du déconfinement prévu le 11, a précisé le ministre de la Santé Olivier Véran.
               Le coronavirus a fait depuis le 1er mars 24.376 morts, dont 289 au cours des dernières 24 heures. Le directeur général de la Santé, le Pr Jérôme Salomon, a cependant
souligné que les services de réanimation comptent désormais 4.019 patients ( -188
en 24 heures) contre près de 7.200 le 9 avril.
               La France est donc schématiquement départagée en trois parts à peu près équivalentes, entre rouge, vert et orange. Le 7 mai, ne resteront que deux catégories -vert et rouge- qui détermineront le niveau de relâchement des restrictions décrétées le
17 mars.
               Dans les départements en vert, une moindre présence du virus permettra d'organiser un déconfinement plus large.
               Ceux en orange (une catégorie provisoire) ne présentent qu'un seul des deux critères - la circulation active du virus ou les capacités en réanimation.
               Lors de la présentation de sa stratégie de déconfinement mardi,  le Premier ministre n'avait évoqué que deux catégories - rouge ou vert - qui détermineront le degré
d'un retour progressif aux activités, et avait évoqué un total de trois critères
pour les départager.
               Il s'agit de "données à date, ce soir 30 avril" a insisté le ministre, faisant valoir que la carte du jour "ne change rien aux règles du confinement" en vigueur.

"Tenons bon" 

"Tant d'efforts faits depuis 46 jours. Ne les rendons pas vains. Tenons bon",
a lancé le président Emmanuel Macron sur Twitter.
               "Nous faisons confiance aux Français, ils nous ont montré qu'on avait raison",
a également insisté Olivier Véran sur TF1, affirmant que "le facteur de reproduction
du virus en France a été plus bas que partout ailleurs en Europe" grâce aux efforts
de la population.
               La carte présentée jeudi devrait évoluer dans au moins une région dans les prochains jours : dans la soirée, l'Agence régionale de Santé de Corse a fait état d'un doute concernant le placement de la Haute-Corse en rouge, en raison d'un problème au niveau de la comptabilisation des cas de Covid-19 à Bastia. "Une fiabilisation et une correction des données interviendront au plus vite", a promis l'ARS.
               Ces cartes visent à donner un peu de visibilité aux Français au moment d'amorcer progressivement une relance des activités.
               Le Premier ministre a entamé les consultations avec le patronat et les syndicats.
L'enjeu est immense: remettre les Français au travail sans déclencher une deuxième
flambée de l'épidémie, redoutée dans les hôpitaux.
               Mais la récession liée à la pandémie de Covid-19 se confirme chaque jour. Les
seules deux premières semaines de confinement, en mars, ont provoqué une contraction
de 5,8% du PIB au premier trimestre, selon l'Insee.
               Il s'agit de la baisse la plus forte dans l'historique des évaluations trimestrielles
du PIB débutées en 1949, bien pire que les reculs du premier trimestre de 2009
(-1,6%) lié à la crise financière de 2008, ou du deuxième trimestre de 1968 (-5,3%),
marqué par les mouvements sociaux de mai.
               Autre indicateur au rouge foncé: les dépenses de consommation des ménages ont chuté de 17,9% en mars par rapport à février, soit la plus forte baisse mensuelle
enregistrée depuis 40 ans que cet indicateur est mesuré.
               Pour Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, "il faut qu'un maximum de Français reprennent le travail", alors que le chômage a connu une envolée historique en
mars (+7,1%).
               Dans ce contexte, le secrétaire général de Force ouvrière Yves Veyrier a réclamé que le dispositif du chômage partiel soit prolongé, alors que le gouvernement prévoit de réduire la voilure à partir de juin.

Quid de la Dordogne

En Nouvelle-Aquitaine, tous les départements sont au vert sauf la Dordogne. Alors que jeudi matin le préfet annonçait le placement en vert du département, celui-ci était donc finalement classé orange par le gouvernement sur la carte émise en fin de journée. Frédéric Périssat a donc fait rapidement paraître un communiqué dans la soirée rectifiant le tir . "L'un de ces critères fait apparaître le département de la Dordogne en couleur orange sur la base du niveau de circulation du virus dans la population", explique-t-il. "Ce taux est bâti sur le nombre de consultations, sur sept jours glissants, en service d'urgences hospitalières pour suspicion de COVID, qu'elle soit confirmée ou non. Ce classement temporaire sera actualisé quotidiennement jusqu'au 7 mai prochain. Il confirme la nécessité pour les Périgourdines et les Périgourdins, comme réaffirmé ce matin par le préfet à l'occasion de la conférence de presse, de maintenir vigilance et civisme dans le respect du confinement et des gestes barrières jusqu'à cette date". 
Nous avons contacté l'Agence Régionale de Santé pour savoir si ce classement en orange était confirmé ou non. Car ce vendredi 1er mai certains "doutes" semblent se profiler concernant le classement de la Haute-Corse ou du Lot. Nous sommes dans l'attente d'une réponse de l'ARS.  

Télétravail 

               Dans cette situation fragile, Edouard Philippe a demandé "avec insistance" aux
entreprises de maintenir le télétravail autant que possible et de veiller à équiper
les salariés en masques dans le cas contraire.
               Avant les partenaires sociaux, le Premier ministre s'était entretenu mercredi
avec les élus locaux et acteurs de terrain, désormais en première ligne dans la
mise en oeuvre du déconfinement, en particulier sur la question sensible de la
réouverture des écoles.
               Sur le front de l'éducation, des mesures strictes d'hygiène pourraient régir le
retour à l'école à compter du 11 mai, selon un document de travail du protocole
sanitaire obtenu par l'AFP: lavage de mains à répétition durant la journée, jeux
proscrits, désinfection du matériel entre chaque utilisation par un enfant.
               Autre détail de la vie quotidienne: les joggeurs et les cyclistes pourront pratiquer leurs activités sans attestation et sans limitation de durée, mais en respectant
dix mètres minimum de distance.
               La reprise économique prendra "du temps", estime l'Insee, et la sortie du confinement ne s'accompagnera pas d'un retour immédiat à la normale", selon Julien Pouget, le chef de son département de la conjoncture.
               Certains secteurs sont particulièrement durement touchés, comme l'hôtellerie-restauration ou les métiers de l'événementiel. le monde de la culture, sonné depuis que le rideau s'est baissé à la mi-mars sur les musées, concerts, théâtres, cinémas et festivals,
restera encore gelé après le déconfinement, avec une reprise programmée seulement
pour les petits musées.
               Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron publiée jeudi dans Le Monde, un collectif de personnalités et acteurs dont Jeanne Balibar, Catherine Deneuve, Jean Dujardin et Omar Sy, ont demandé une prolongation des droits des intermittents du spectacle d'une année au-delà des mois où toute activité aura été impossible.
               Ils rappellent que "le secteur fait vivre 1,3 million de personnes".
               Sur le front du sport, lui aussi frappé de plein fouet par la crise, la Ligue
de football professionnelle a réuni son conseil d'administration pour officialiser
l'arrêt définitif de la saison en Ligue 1 et Ligue 2. Le PSG est donc champion.
               
              
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