Déconfinement. Limoges, Brive : les aéroports dans le brouillard

© André Abalo - France Télévisions
© André Abalo - France Télévisions

L’arrêt complet du trafic aérien a vidé les deux aéroports internationaux du Limousin. Et même dans la perspective d'un déconfinement, le ciel pour le moment, ne s’éclaircit pas du tout.

Par Jerôme Piperaud / HA

Il devait fêter ses 10 ans le 15 juin. L’anniversaire aura un goût amer pour l’aéroport de Brive Vallée de la Dordogne, avec, peut-être, ce jour-là aucun avion sur les pistes ! Car la plateforme située à Nespouls est très calme depuis le 16 mars. Plus de vol commercial.

"C’est un terrible coup de frein"estime Jean-Louis Nesti, président du syndicat mixte qui gère la structure. "Nous étions sur une belle dynamique depuis deux ans, cette année, les 100 000 passagers allaient sûrement être atteints".

Avec une liaison vers Paris qui marche très bien, et des vols internationaux vers Londres et Porto avec Ryanair, l’aéroport est en plein essor. Oui mais voilà, un passager indésirable est monté en cabine. Le coronavirus a fait chuter la fréquentation. Elle est réduite à néant.

Même constat à l’autre aéroport limousin, encore plus important : Limoges-Bellegarde. 300 000 passagers annuels, dont 80 % vers l’Angleterre et ses 5 destinations.

"On navigue à vue " déclare Pierre Massy, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Haute-Vienne .

"Zéro passagers, en avril, et ce sera zéro en mai, contre 60 000 en temps normal sur ces deux mois !", et les perspectives ne sont pas optimistes. Ryanair, par exemple, ne fera pas voler ses avions ce mois-ci et la tendance pour juin n’est bonne : à peine 1% des vols selon les dernières annonces de la compagnie.


Limoges et Brive ne sont pas encore assurés de revoir tout de suite les Boeing jaune et bleu. . A Bellegarde, comme à Brive, si tout est opérationnel pour accueillir des avions et des voyageurs dans les conditions sanitaires imposées, ce sont les retombées économiques qui sont inquiétantes. Pour de nombreux sous-traitants, c’est dur. Taxis, boutiques ont perdu leur chiffre d’affaires, quant aux aéroports ce sont des taxes en moins. "Il faut savoir que Ryanair nous a par exemple demandé de supprimer les taxes passagers, qui financent nos aéroports,  pour que leurs billets soient moins chers!"

En tout cas la compagnie aérienne irlandaise à bas coûts ne perd pas le sens  des affaires, sur son site, vous pouvez acheter des billets au départ du Limousin pour Londres Porto , Manchester ou Bristol  sans savoir si vous pourrez voyager !

Et puis tous ces Anglais qui venaient en vacances ou voir leurs familles en Corrèze, en Creuse ou en Haute-Vienne (environ 8 000 Britanniques vivent en Limousin), ce sont des millions d’euros qui ne seront pas injectés localement.

Concernant, les vols intérieurs, là aussi c’est le grand flou.


"Air France serait prête à reprendre des vols à partir du 11 juin" explique Jean-Louis Nesti. Mais rien n’est sûr. "En tout cas, si les vols vers Paris depuis Limoges reprennent avec Chalair, ils atterriront à Roissy et non à Orly qui restera fermé au moins jusqu’à cet automne. Est-ce que cela sera bien pour nos passagers, cela pourra-t-il ouvrir d’autres perspectives avec des correspondances (si elles sont ouvertes) pour le monde entier. Quant aux vols été vers Bastia ou Ajaccio (il y en a aussi depuis Brive vers l’île de beauté, NDLR) , ils pourraient reprendre, mais on ne sait pas à partir de quand, avec quelles règles, quelles capacités de sièges. On vole à vue. La Corse c’est environ 2 000 à 2 500 passagers sur la saison, donc tous ces gens attendent une réponse que l’on ne peut pas leur donner".

Les clients appellent tous les jours, mais je ne peux pas leur donner d’informations" ajoute, désolé,  Jean-Louis Nesti

Et puis ces deux aéroports régionaux, ont aussi développé depuis quelques années, les vols vacances directs.  En mars, des Limousins devaient s’envoler pour l’Egypte, en mai pour La Jordanie, en juin pour la Croatie, Malte ou Majorque. «"Tous ces vols sont  annulés. La Jordanie, c’était complet" explique dépité Pierre Massy. Chaque année, environ 2 500 personnes utilisaient ces vols spéciaux qui permettent de voyager dans l’Europe entière sans passer par Bordeaux, Toulouse ou Paris.

"C’est dur pour le moral" déclare Thierry Dubourg, agent  de voyages à Limoges et grand spécialiste du transport aérien.


"La CCI se décarcasse pour  sauver les meubles. Ce n’est pas facile. Il  y a eu à Bellegarde la perte du vol vers Londres avec British Airways, la compagnie anglaise Flybe a été une des premières victimes du coronavirus. Elle a cessé son activité et donc la destination entre Limoges et Southampton est finie.  Moi je n’ai plus rien à vendre car on ne sait rien. Si en Corse les hôtels rouvrent, ce sera avec combien de chambres ? Les buffets dans les clubs, comment cela va se passer. C’est l’incertitude totale. C’est cela le plus dérangeant. On aimerait savoir rapidement si oui non on va pouvoir voyager, en France, en Europe… ".

Ryanair porte l’aéroport de Limoges, si elle diminue fortement son trafic quel sera l’avenir de Bellegarde ?
Pour les petits aéroports régionaux, les turbulences ne sont malheureusement pas terminées. Même avec le déconfinement.



 

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