Pollution de l'eau minérale au pesticide chlorothalonil. Pourquoi vous ne trouverez plus la marque Fiée des lois en magasin

Depuis ce jeudi, la production de bouteilles d'eau minérale de la marque Fiée des Lois est suspendue, en raison de la présence d'un pesticide, le Chlorothalonil, dans la nappe souterraine où elle est prélevée.

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Après la présence de pesticides dans l'eau du robinet, et le scandale des eaux minérales filtrées illégalement, c'est désormais la marque d'eau Fiée des Lois, commercialisée par Les Mousquetaires dans les magasins Intermarché, de voir sa production suspendue.

Les Mousquetaires annoncent avoir déclenché le retrait des bouteilles en magasin dès mardi 13 février : "Par principe de précaution et en responsabilité, il a été décidé, pour être conforme à la réglementation, de retirer de la vente l’ensemble des bouteilles d’eau de la marque 'Fiée des Lois' et 'Premiers prix' mises sur le marché et fabriquées sur le site de la Fiée des Lois."

Son usine de mise en bouteille, située à Prahecq, dans les Deux-Sèvres, est désormais à l'arrêt, car un métabolite du chlorothalonil a été détecté dans la nappe souterraine où cette eau minérale est puisée. Le chlorothalonil est un pesticide fongicide interdit à la fabrication en 2019 et à la vente en 2020. Utilisé dans l'agriculture pendant plus de 50 ans, il servait à éliminer les champignons présents sur les végétaux. Dès 2023, il a été régulièrement retrouvé dans les forages d'eau dans la Vienne notamment.

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En septembre 2023 et en février 2024, l'Agence Régionale de Santé a constaté une concentration du métabolite de chlorothalonil supérieure à 0,1 µg/L (microgramme par litre). Il s'agit du seuil de vigilance, et bien que l'eau reste potable, le principe de précaution s'applique. "Nulle part dans le département n'a été constaté un dépassement des 3 µg/L, qui sont vraiment le seuil estimé comme pouvant avoir un impact sur la santé", souligne Véronique Vansieleghem, cheffe du pôle Santé et Environnement des Deux-Sèvres, au sein de l'ARS Nouvelle-Aquitaine. Elle fait état de "risques liés certainement aux cancers."

On constate que la moitié, voire les trois quarts de nos ressources en eau sont contaminées de la même manière.

Véronique Vansieleghem

Cheffe du pôle Santé et Environnement de l'ARS dans les Deux-Sèvres

"Il n'y a pas de risque lié à la consommation occasionnelle ou pendant une durée même de quelques années", précise Cyril Caffiaux, directeur adjoint de la délégation départementale de l'ARS. "La molécule mère est un cancérigène probable. Aujourd'hui, les études ne permettent pas de savoir si le métabolite l'est aussi, donc par principe de précaution, on lui prête le même caractère de cancérigène probable."

Une pollution généralisée

"On constate que la moitié, voire les trois quarts de nos ressources en eau sont contaminées de la même manière", ajoute Véronique Vansieleghem.

La mise en pause du plan Ecophyto est une honte absolue.

Delphine Batho

Députée écologiste des Deux-Sèvres

Très engagée contre la pollution aux pesticides, la députée deux-sévrienne Delphine Batho se dit scandalisée, mais pas surprise par l'arrêt de production de l'eau Fiée des Lois. "On sait aujourd'hui qu'on a une imprégnation telle des pesticides qu'on a une contamination massive des rivières, des nappes phréatiques, et même des nappes qui servent à faire de l'eau de source, c'est-à-dire de l'eau qui est normalement d'une exceptionnelle pureté", déplore-t-elle.

Depuis dix ans, elle milite à l'Assemblée nationale pour que toutes les aires de protection de captage d'eau potable soient cultivées en agriculture biologique.

La députée alerte également sur les produits phytosanitaires toujours autorisés. En effet, cela fait quatre ans que le chlorothalonil a été interdit, mais son métabolite se retrouve encore dans la nature. Elle fustige la suspension du plan Ecophyto annoncée par Gabriel Attal en réponse à la fronde des agriculteurs et met en garde contre les intrants encore utilisés. "Il y en a d'autres aujourd'hui, qui sont toujours autorisés et qui sont en train de contaminer toutes les nappes phréatiques", regrette-t-elle. "On doit avoir une approche globale de sortie de l'ensemble des pesticides de synthèse qui sont des produits chimiques dangereux. On n'en prend pas le chemin donc la mise en pause du plan Ecophyto est une honte absolue."