Au collège de Ribérac, on élève le frère du Blob de Thomas Pesquet

L'expérience consiste à étudier cet être unicellulaire déroutant en même temps sur terre et dans l'espace. Un cours de biologie spatiale, inédit jusqu'alors

"- Allo, Blob spatial ISS pour Blob-Terre, vous me recevez ?".  Bon, on n'en est pas encore là, parce qu'un Blob sait faire beaucoup de choses, mais pas encore parler. En revanche, il y a bien une relation entre un Blob dans l'espace et des milliers de ses congénères qui ont envahi des établissements scolaires sur terre. 

Champignon du Périgord ?

Dans 4 500 établissement scolaires français, du CE2 à la Terminale, dont 37 en Dordogne, on a élevé un frère d'un Blob qui a été envoyé dans l'espace à bord de l'ISS avec Thomas Pesquet.

"Blobbi le Blob", c'est l'attraction du moment pour les élèves de la classe ULIS de Ribérac. Une classe qui regroupe des enfants ayant des difficultés d'apprentissage. Pour eux, le Blob est idéal, car Il a vraiment de quoi susciter la curiosité. En Dordogne, par réflexe, le Blob fait bien sûr tout de suite penser à un champignon. Il en a vaguement l'aspect, la couleur jaunâtre, une partie des particularités, et le cadre de vie naturel, les sous-bois. Mais c'est bien plus que ça. Car c'est aussi une créature à la limite du végétal et de l'animal.

500 M d'années, bien plus vieux que Cro-Magnon

Apparu sur terre bien avant les dinosaures, et donc encore bien avant l'homme, il a été répertorié en 1822. Les savants l'ont baptisé Physarum Polycephalum, un nom greco-latin qui veut dire "Petite vessie à plusieurs têtes", et on l'a rapidement classé dans les champignons. Avant de découvrir ses étonnantes ressources.

Un immortel qui sait tout faire

 

Imaginez, il peut bouger en "rampant" à un centimètre/heure, il peut apprendre à déjouer les pièges et se souvenir de ses expériences, il aime les sous-bois mais il est capable de survivre dans la neige ou les déserts, pratiquement immortel, il peut se dessécher et mourir puis revenir à la vie, il est présent sur toute la terre, il diffuse des spores capables de survivre des années avant de donner un nouvel individu. Pas de bouche ni d'estomac, et pourtant il mange, pas de pattes et pourtant il bouge, pas de cerveau et pourtant il peut apprendre. Et tout ça en n'étant qu'une seule cellule entourée de quelques noyaux, assez grosse pour être visible à l'œil nu. En plus, il se divise à volonté et il est très facile à élever-cultiver, un bout de papier humide et quelques miettes de nourriture suffisent. 

Le Blob de l'Espace

Bref, cette "chose" fascine les chercheurs et notamment les chercheurs du CNRS de Toulouse, parmi lesquels Audrey Dussutour. Cette directrice de recherche au CNRS, spécialiste des fourmis et des organismes unicellulaires, a eu l'idée d'associer des milliers de petits curieux à une vaste expérience scientifique qu'elle n'aurait pas pu mener seule dans un simple laboratoire. L'expérimentation nationale #elevetonblob consiste à croiser les expériences menées sur son Blob dans l'espace par l'astronaute Thomas Pesquet et celles menées par les élèves dans les milliers de classes sur terre. Tous ces Blobs étant issus du même Blob de départ. Histoire de voir si, pendant une semaine à 400 km de haut et en apesanteur, le Blob continuait à se comporter comme ses petits frères terriens. L'expérience a été pilotée, comme il se doit, par le Centre National d'Études Spatiales.

Dans la classe Ulis de Ribérac, un Blob à l'étude ©Bertrand Lasseguette et Anne-Laure Meyrignac. Montage Sophie Giraud.

Dans la classe Ulis de Ribérac, un Blob à l'étude

 

Un Blob très "classe"

Avec ce sujet d'étude hors du commun, encore plus passionnant que les têtards ou les phasmes, l'intérêt pédagogique est évident. Les chercheurs en herbe ont mené de vraies expérimentations, appris les rudiments de l'observation biologique et développé leur capacité d'observation avec la rigueur de vrais chercheurs. De quoi susciter des vocations.

Blob Online

Dans la classe Ulis de Ribérac, Blobbi est devenu une star. Y compris  sur les réseaux sociaux où l'on découvre sa vie, son œuvre, ses préférences alimentaires, son développement, etc. Le groupe Facebook « Élève ton blob », lui, s'alimente des échanges entre les 7 000 enseignants qui ont participé à l'aventure. Tous plus passionnés les uns que les autres. De quoi fournir une foule d'observations inédites aux chercheurs.

 

 

 

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