Dordogne : depuis le confinement, la délinquance a totalement changé de visage

Les effets du confinement sont contrastés, et parfois surprenants. Baisse de la délinquance générale, mais explosion de la délinquance intra-familiale, et une délinquance routière totalement modifiée. Le Colonel de la Gendarmerie de Dordogne fait le point. 

Le travail de la gendarmerie de Dordogne a beaucoup changé avec le confinement, mais il est toujours aussi intense
Le travail de la gendarmerie de Dordogne a beaucoup changé avec le confinement, mais il est toujours aussi intense © Gendarmerie de la Dordogne

Un centre d'appel débordé

Aux premiers jours du confinement, le 17 (orienté vers la Gendarmerie ou la Police Nationale selon votre localisation) de la Gendarmerie a littéralement croulé sous les appels. D'une moyenne de 300 appels / jour, on a atteint les 800 appels. Petit moment de panique pendant lequel la population posait énormément de questions sur les règles du confinement, les autorisations et interdictions, etc. Les inquiétudes se sont depuis calmées, en restant toutefois plus élevées que d'ordinaire, avec une moyenne de 400 appels quotidiens.

La délinquance générale en baisse

Cette donnée là au moins était prévisible. Depuis le début du confinement, la délinquance "ordinaire" a baissé. Moins de déplacements, ce sont des délinquants moins mobiles, mais aussi moins de sorties des victimes potentielles. Les contrôles systématiques imposés par le confinement et la "crainte du gendarme" que l'on sait présent partout ont beaucoup pesé sur cette baisse générale. Les cas judiciarisés d'atteintes physique ont ainsi baissé de 3% depuis le début de l'année, par rapport à 2019.

Explosion des cas de violence nocturne et intra-familiale


En revanche, déplore le Colonel Louis Pauty, patron des Gendarmes de Dordogne, on déplore une très grande augmentation des cas de violence intra-familiale dans le cadre du domicile. De 100 interventions sur le département de mi-mars à fin avril 2019, on est passé à 156 cas sur la même période cette année, depuis le début du confinement. Des interventions qui ont surtout augmenté la nuit et en fin de journée. L'augmentation atteint 89 % entre 19h et 7 h du matin. L'essentiel des disputes a lieu à l'approche de minuit, accentué par l'accumulation des tension de la journée, et aggravé trop souvent par la présence d'alcool ou de stupéfiants. 

On risque de découvrir pire après le confinement. 

C'est la crainte du Colonel Pauty. Pour l'instant, les interventions impliquent essentiellement les adultes, dans le cadre de disputes de couples. On peut craindre pourtant que les enfants soient eux aussi exposés à des violences, des faits encore tus pour l'instant en raison du contexte. Un silence, et une opacité passagère qui ne pourront être levés qu'à l'issue du confinement.
Il n'est pas exclu que des cas d'enfants maltraités pourraient n'apparaître que quelques jours, voire quelques mois après la levée du confinement, dans le milieu scolaire par exemple. Dans le cadre de ses missions de proximité et d’accompagnement de la population #répondreprésent la Gendarmerie renforcera donc sa vigilance dans ce domaine après le 11 mai.
 
Le commandant de la Gendarmerie de Dordogne, le Colonel Louis Pauty, sait que tout ne sera pas fini avec la première vague de déconfinement
Le commandant de la Gendarmerie de Dordogne, le Colonel Louis Pauty, sait que tout ne sera pas fini avec la première vague de déconfinement © Gendarmerie de la Dordogne

Dans toute ma carrière, je ne retrouverai jamais une période pareille !

Une baisse de 16% des atteintes aux bien en 3 mois, le rêve de tout Gendarme ! C'est ce qu'a connu le département entre 2019 et 2020 sur la période du 1er janvier au 31 mars. Baisse essentiellement dûe au confinement. Et sur ces atteintes, la baisse est de - 8 % pour les cambriolage, et de - 20 % pour les "braquages" de commerces, en raison bien sûr de leur fermeture. Là encore, il est possible d'avoir un réajustement à l'issue du confinement. Il n'est pas exclu que quelques victimes aient été empêchées de porter plainte par le confinement.

En mars l'accidentologie en baisse de 72% !

Ce chiffre-là aussi, fait rêver. - 72% d'accident en Dordogne depuis le début du confinement ! Simple (mais efficace) effet mécanique de l'arrêt des déplacements. Mais là encore, un bémol. On constate un comportement routier parfois irresponsable chez les automobilistes autorisés à circuler. Essentiellement des vitesses excessives en raison des routes dégagées. La Gendarmerie qui continue ses contrôles habituels a ainsi relevé plusieurs grands excès de vitesse (40 km/h de plus qu'autorisé) .

Elle a donc intensifié la surveillance des infractions graves, un escadron a été dédié aux contrôles d'alcoolémie et de stupéfiants, excès de vitesse et usage du téléphone au volant. À noter l'arrêt quasi-total de la dégradation des radars automatiques.

Attention à la reprise du volant

Comment conduira-t'on quand on pourra reprendre le volant ? Perte d'habitude et de réflexe, retour de véhicules en nombre sur les route et stress risquent d'induire un certain flottement au moins dans les premiers jours de l'après-confinement, chez certaines personnes. 

La Gendarmerie de Dordogne en fonctionnement de crise depuis le début

Sollicités depuis le début de la crise, les Gendarmes du département n'ont pas eu à subir de perte d'effectif en raison du Coronavirus. Sur les 587 actifs, une dizaine de personnes a été placée en télétravail par précaution, une autre dizaine qui présentait des symptômes a fait l'objet de tests, mais personne à ce jour n'a révélé de test positif au Covid 19. Certains personnels sont retenus pour des gardes d'enfants, mais sans que cela nuise aux effectifs.
Enfin, la Gendarmerie départementale peut toujours compter sur ses 250 réservistes dont une dizaine seulement a été appelée en renfort ponctuel jusqu'alors.
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