INSOLITE. Une passionnée monte un refuge pour renards en détresse, inaptes à la vie sauvage

Un refuge pour les renards blessés ou imprégnés par l'homme, incapables d'un retour à la vie sauvage, a ouvert à Douzillac, en Dordogne. C'est le deuxième en France, l'œuvre d'une passionnée

"Nous, on ne demande pas d'aimer le renard, on demande juste de le connaître pour se faire son opinion." À l'instar du loup, de l'ours, du rat ou des souris, les relations de voisinage entre le renard et l'homme ne sont pas au beau fixe. Surtout depuis que ce dernier a eu l'idée de se sédentariser et d'élever des poules dodues, dans des enclos peu hermétiques.  "On peut toujours le détester parce qu'on a eu des rapts de poule, etc. Mais l'important, c'est de conscientiser les gens, de leur montrer ce que le renard fait dans la nature et qu'il est un maillon indispensable", plaide Carine Grese.

Un refuge pour renards roux

Cette passionnée a monté en 2020 L'association périgourdine le Clos des renardises. Assistante vétérinaire de formation, d'origine Belge, elle avait le projet de recueillir des renards roux incapables de vivre en liberté. Elle a porté son dévolu sur la commune de Douzillac, entre Périgueux et Montpon Ménestérol. 

Un projet aidé par la fondation Brigitte Bardot, le Département et des donateurs, et concrétisé en 2023 avec l'aide d'une équipe de bénévoles. C'est la deuxième structure de ce type en France avec l'Arche de Cerise, un autre refuge pour renards en détresse situé en Alsace, créé en 2016 et qui compte une demi-douzaine de pensionnaires.

Homme et renard, une rivalité séculaire

"Le renard a un rôle, plusieurs rôles à jouer, comme celui de réguler les rongeurs ou de manger les cadavres d'animaux morts...", argumente-t-elle. Des chercheurs britanniques ont même révélé qu'en Grande-Bretagne, il réduirait la proportion de tiques porteuses de la maladie de Lyme jusqu'à 20 % par endroits, en limitant les populations de petits rongeurs.

Mais ce rôle essentiel est complètement dénié par l'homme qui continue à abattre entre 500 000 et un million d'individus par an, en le chassant ou en l'écrasant sur les routes, selon une étude datant de 2017.

Autour du renard, les légendes et les fabulations vont bon train !

Carine Gresse

Le renard, un mal-aimé bien utile

La rancune étant aussi tenace qu'aveugle, aujourd'hui encore, le Vulpes Vulpes est toujours classé parmi les nuisibles. Le goupil, ravageur de poulailler et concurrent des chasseurs pour la petite faune sauvage, est aussi accusé d'être vecteur de maladies telles que la rage. Des préjugés contre lesquels Carine Gresse s'élève avec vigueur. Comme d'autres défenseurs de cet omnivore qui réussissent peu à peu à le faire sortir de cette classification. Un rapport de l’ANSES publié en juin 2023 remet aujourd'hui cette nuisibilité en cause, estimant que l'éradication du renard peut conduire à un déséquilibre écologique.

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Caroline Grese a ouvert un refuge pour renards en Périgord, une manière de lutter contre la mauvaise réputation de l'animal, harcelé par l'homme depuis des siècles ©France 3 Périgords - Florian Rouliès & Pascal Tinon

Renards handicapés...

Sur 1500 m²  de terrain, le refuge accueille dans un premier temps, une demi-douzaine de renards. Exclusivement des canidés incapables de vivre dans leur milieu naturel, le plus souvent à cause des activités humaines. Ces renards inaptes à un retour en liberté peuvent être des orphelins dont la mère a été victime d'une partie de chasse. Ils peuvent aussi souffrir de séquelles suite à un accident (accidents de voiture, pièges, chasse, déterrage, etc.).

... ou domestiqués

Ils sont parfois aussi élevés par des particuliers qui, croyant bien faire, ont recueilli, soigné et nourri ces animaux sauvages à domicile. Par suite, les renards sont trop imprégnés par cette domestication pour pouvoir retourner à la vie sauvage.
L'alimentation du renard roux se compose à 75% de petits mammifères, des rongeurs type mulots ou souris. Un régime alimentaire qui demande à l'animal la pleine possession de ses capacités de chasseur. Nourri artificiellement comme un animal domestique ou s'il est handicapé, le renard peut complètement perdre ses compétences de survie en milieu sauvage.

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Un refuge pour renards inadaptés au retour à la vie sauvage ©France télévisions

Zouzou, renard de compagnie

C'est le cas de Zouzou, un renardeau recueilli en 2010 à Bergerac, dont la famille adoptive a passé les certificats requis pour pouvoir le conserver à domicile. L'animal a même fini par devenir la mascotte du club de football local. Mais, outre l'aspect contestable de la domestication d'espèces sauvages, toutes les familles ne sont pas prêtes à consacrer des années de combat juridiques et d'exigences règlementaires pour assurer à l'animal des conditions de vie aussi confortables que légales.

SOS renards

L’association travaille avec les centres de soin de la faune sauvage et l’office français de la biodiversité, qui procède régulièrement à des saisies de renards vivants. Elle compte être une alternative pour les animaux captifs, souvent euthanasiés en raison de leur statut de nuisible. Pour autant, pas question de devenir un zoo, une réserve ou un élevage d'animaux sauvages. L'enjeu est de les sauver, pas de les transformer en peluches commerciales. Des garanties qui ont valu au Clos des renardises d'obtenir la reconnaissance de la fondation Brigitte Bardot.

Intimité respectée

Les renards accueillis à Douzillac sont pucés, stérilisés. Ils peuvent éventuellement servir de supports pédagogiques pour des animations dans les écoles. La visite des lieux par le public est limitée, à l'occasion de portes ouvertes occasionnelles par exemple, et sous réserve d'accord avec la direction des services vétérinaires et du Département. Outre le renard, le centre se propose d'accueillir d'autres petits mammifères dans la même situation tels que les martes, fouines, belettes, putois, hermine ou blaireaux et assimilés. Si vous tombez sur l'un de ces animaux en difficulté, avec toutes les précautions d'usage, il est conseillé d’appeler un centre de soins pour la faune sauvage avant d’intervenir

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