Traditionnel, écologique, durable et esthétique, le bardeau de bois se fabrique à la main en Périgord

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80 ans, c'est la durée de vie d'une toiture en bardeaux de châtaignier. Plus cher, mais plus durable que les tuiles. L'un des derniers bardelier français est dans le Périgord Noir, rencontre ©France télévisions

Bien plus écologique, durable et résistant que la tuile, le bardeau de bois possède toutes les qualités, sauf le prix. Car il se fabrique à l'unité et à la main chez une poignée d'artisan. Rencontre avec Gabriel Darcy, bardelier à Archignac, dans le Périgord Noir

Depuis que l'homme a couvert ses édifices, il a utilisé le bois. Et dès qu'il a eu l'outil pour les réaliser, il l'a fait en réalisant des bardeaux. Couverture de toits ou de façades, c'était le matériaux le plus commun au moyen-âge, il s'est répandu uniformément dans toute l'Europe.

Bardeaux, tavaillons, ancelles et essentes

Les tuiles de bois qu'on appelle bardeaux (tavaillon, tavillon, ancelle ou essente selon la région) peuvent se faire en mélèze, chêne, acacia, épicéa, pin, ou encore robinier, mais le châtaignier semble cumuler énormément d'avantages par rapport aux autres essences. Les couvertures en bardeaux de châtaignier sont réputées durer une centaine d'années. Et, la nature faisant bien les choses, c'est une essence commune en Périgord. 

Technique unique

C'est justement dans le Périgord noir, à Archignac que s'est installé Gabriel Darcy, bardelier de son état, après avoir été paysagiste et feuillardier. Ils ne sont qu'une dizaine en France et seulement deux dans sa spécialité, le bardeau de châtaignier fendu selon la technique du débit moreau. 

Métier d'avenir

Un métier d'avenir plus que du passé, car la demande est énorme. Pour des bâtiments patrimoniaux bien sûr, clochers d'églises, châteaux, mais aussi et de plus en plus pour des bâtiments modernes en quête d'authenticité.

Le débit moreau

Le choix est judicieux, son carnet de commande déborde. Mais l'activité est physique et non mécanisable, puisque Gabriel utilise une technique dite du débit moreau pour conserver les qualités mécaniques du bois. Fendre un bois en respectant sa veine plutôt que le couper à la machine, lui confère notamment une meilleure étanchéité.

Le châtaignier, débité en tronçons lorsqu'il est encore frais, est fendu en quarts, puis refendu en plaquettes de deux centimètres d'épaisseur pour une longueur d'environ 33 cm et une largeur variable de 6 à 18 cm. Chaque plaquette est ensuite égalisée si besoin avec une plane, pour pouvoir être ajustée. Ces plaquettes seront ensuite fixées en superposition sur une charpente d'au moins 45° de pente, ce qui garantira l'étanchéité de la toiture.

Au prix de ces efforts, qui se monnayent approximativement à 100 euros le m2, vous obtenez une charpente aux avantages innombrables.

    Patrimoine : le bardeau fait partie de notre patrimoine architectural depuis la nuit des temps et sa présence sur d'innombrables bâtiments anciens en garantit l'authenticité. C'est un produit indémodable qui ajoute de la valeur aux bâtiments.

    Proximité : le bardeau était partout, dans chaque commune de France, il a donc été fabriqué à partir des essences locales, c'est un de ses grands mérites. Avant d'importer des tuiles, ardoises ou autres matières de l'autre bout du monde, on peut se demander s'il n'est pas possible de (re) produire local.

    Durabilité : une centaine d'années au bas mot pour du bardeau de châtaignier, un peu moins pour les autres essences, mais on cite des exemples de couvertures qui auraient atteint les 300 ans sans dommage notable. Champion toutes catégories avec le toit de lauze, autrement bien plus complexe à mettre en œuvre.

    Imputrescibilité : Chargé de tanin et très solide, le châtaignier est indigeste pour les insectes xylophages, il conserve en conséquence son étanchéité et ne se dégrade pas sans avoir besoin de couche protectrice. Ce qui explique qu'il soit aussi privilégié pour la pose de piquets de clôture.

    Écologie : en tant que bois, le châtaignier est un puits de carbone, il ne nécessite pas de brûler des énergies fossiles pour être fabriqué ni pour être transporté, il est entièrement recyclable, ne contient pas de substances toxiques, participe au renouvellement des forêts et à l'économie locale durable. La ressource est illimitée et ne nécessite pas une culture intensive, car dans une forêt naturelle, le châtaignier se reproduit facilement.

    Isolation : le bardeau est bien plus isolant que la tuile, tant sur le plan sonore que calorique. Il aide donc aussi à une meilleure isolation, protège du chaud comme du froid. 

    Résistance : sa qualité mécanique lui confère une grande résistance. Face aux orages de grêle, le bois ne casse pas. Une qualité appréciable, par les (mauvais) temps qui courent.

    Esthétisme : c'est bien sûr une question de goût, mais il est difficile de nier l'aspect esthétique d'un toit ou d'un parement de mur en bois. Le toit de bardeaux grise avec les années, et lorsqu'il est mouillé, il prend l'apparence de l'ardoise, car il noircit et devient luisant. Son aspect artisanal convient aussi bien aux maisons très anciennes qu'aux réalisations les plus modernes.

    Les moins : le prix pour commencer, le bardeau est moins cher et moins contraignant que la lauze, mais beaucoup plus coûteux que la tuile industrielle. En revanche, sa grande longévité pondère ce coût. Un toit de tuile dure en moyenne une cinquantaine d'année, soit la moitié d'un toit de bardeaux. La résistance au feu ensuite, ce qui a été, avec le coût, l'une des raisons de sa perte de popularité face à la tuile. Mais nous parlons là d'une époque où les règles de sécurité étaient moindres, et les feux de maisons bien plus fréquents qu'aujourd'hui. La disponibilité enfin, les bardeliers ayant peu à peu disparu du paysage de nos campagnes. Mais enfin, ça, c'était avant qu'on parle de développement durable.

    À voir aussi, ce portrait d'un ancien bardelier d'Aquitaine

      

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