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Élections régionales : fin de campagne tendue et incertaine en Aquitaine Limousin Poitou-Charentes

La venue, lundi 30 novembre, de Bernard Cazeneuve, Ministre de l'Intérieur, pour un meeting de soutien à Bordeaux peut indiquer une certaine fébrilité dans le camp socialiste. / © Maxppp. Thibaud MORITZ
La venue, lundi 30 novembre, de Bernard Cazeneuve, Ministre de l'Intérieur, pour un meeting de soutien à Bordeaux peut indiquer une certaine fébrilité dans le camp socialiste. / © Maxppp. Thibaud MORITZ

Le ton de la campagne a changé après la publication, ces derniers jours, de deux sondages indiquant une très nette progression de la tête de liste des Républicains, Virginie Calmels.

Par Fabrice Bidault

La dernière étude BVA publiée dimanche 29 novembre par la presse quotidienne régionale a même constitué un véritable coup de tonnerre. Pour la première fois, en effet, Virginie Calmels est donnée en tête au terme du premier tour (32% des intentions de vote) et avec une très nette avance (6 points) sur la liste du socialiste Alain Rousset (26%), pourtant longtemps présenté comme le grand favori du scrutin.

Lundi 30 novembre, lors du grand débat organisé à Bordeaux par les radios locales du réseau France Bleu, Alain Rousset a accusé son adversaire "de ne pas avoir compris ce qu'est un conseil régional, ni son budget, ni même une région" et de "préparer un véritable plan social de 500 postes supprimés" chez les 8300 agents des trois conseils régionaux. Évoquant le plan d'économie budgétaire de 500 millions d'euros sur six ans, annoncé par Viriginie Calmels, Alain Rousset a estimé que "c'est tout le tissu associatif qui est menacé, 30 à 40 lycées, et autant de CFA". Dénonçant une caricature de son programme, Virginie Calmels lui a répondu : "Alain Rousset n'a, lui, pas compris comment on peut mieux gérer l'argent public".

La venue, lundi 30 novembre, de Bernard Cazeneuve, Ministre de l'Intérieur, pour un meeting de soutien à Bordeaux peut également indiquer une certaine fébrilité dans le camp socialiste. Sur les réseaux sociaux, de nombreux soutiens de Viriginie Calmels ont d'ailleurs ironisé sur la présence du ministre en charge de la sécurité de la COP 21, à l'image de Jean-Pierre Raffarin qui s'est interrogé sur twitter : 


Cette situation de plus en plus tendue, résulte d'un effondrement, assez inexplicable de la liste socialiste qui perd 10 points, selon BVA, par rapport à la même étude réalisée au mois d'octobre. Car, de son côté, la liste Calmels ne progresse que de 2 points, et même le Front National dopé par les conséquences des récents attentats, voit sa progression réduite (22% d'intention de vote, en hausse de 2 points). Comme dans le même temps, à gauche, cela profite au Front de Gauche crédité de 7% (+2 points) et à EELV (+1point), cette étude semble indiquer une certaine défiance à l'égard d'Alain Rousset.

Les raisons sont multiples : 

Elles tiennent à la fois au contexte national défavorable au gouvernement, au rejet assez majoritaire de la création de la grande région auprès des électeurs, à la crainte de voir l'Aquitaine écraser le Limousin et le Poitou-Charentes, mais aussi à la présentation extrêmement tardive (jeudi 26 novembre) du programme d'Alain Rousset.
Les deux études d'opinion de cette semaine (23-29 novembre 2015) donnent le sentiment d'une campagne ratée pour Alain Rousset, qui, malgré des milliers de kilomètres parcourus et des dizaines de réunions publiques n'a pas réussi à conserver son considérable avantage d'avant l'été.

Si la liste PS s'effondre, c'est aussi parce que Virginie Calmels a réussi sa campagne et qu'elle incarne aujourd'hui une alternative crédible. Elle a présenté un programme chiffré et détaillé de son action - son "business plan". Elle promet de préserver des centres de décisions délocalisés et va désigner un vice-président par département. Sa très forte exposition médiatique, dans le sillage de la pré-campagne des primaires d'Alain Juppé, lui a permis de combler son déficit de notoriété et de démontrer sa force de caractère.

Face à un Alain Rousset qui s'est contenté de mettre en avant son bilan en Aquitaine en négligeant les réussites des deux autres territoires, Virginie Calmels s'est définie elle même comme "une dame de faire". Elle s'appuie, par ailleurs, sur une nouvelle génération de maires, comme Antoine Audi à Périgueux ou Xavier Bonnefont à Angoulême, qui sont encore dans la dynamique de leur victoire. Enfin, l'ancienne spécialiste de la télé-réalité maîtrise parfaitement tous les codes de la communication, maniant aussi habilement le thème de la nouveauté en politique, de la réussite dans le monde de l'entreprise, que les attaques sexistes contre son adversaire.

L'ultime confrontation mercredi 2 décembre sur France 3 Aquitaine, Limousin, et Poitou-Charentes, pour le dernier grand débat avec les cinq principales tête de liste, sera décisive et encore délicate pour Alain Rousset qui sera seul face à ses 4 adversaires. Dans le rôle du challenger, Virginie Calmels n'aura aucune pression, alors que son adversaire socialiste devra à la fois imposer sa vision, sans contrarier ses futurs partenaires du second tour :  Front de Gauche et les Ecologistes. Car c'est là le paradoxe du Président sortant de l'Aquitaine : mobiliser toute la gauche dès le premier tour, pour réaliser le meilleur score possible et maintenir une dynamique victorieuse mais sans trop affaiblir ses futures partenaires.
Si le Front de Gauche et les écologistes devaient réaliser moins de 5 % des voix, dimanche 6 décembre, et donc ne pas pouvoir se maintenir, ils n'auraient aucun intérêt à mobiliser leurs électeurs pour le second tour et donc à voter pour la liste PS.

L'équation devient donc extrêmement complexe pour Alain Rousset. Si au second tour, il est encore donné victorieux par BVA (39% des voix), l'écart de 2 points avec Virginie Calmels (37%) est désormais inférieur à la marge d'erreur alors qu'il était de 13 points en octobre et la dynamique indique clairement que les deux listes sont désormais au coude à coude et que la victoire est possible dans chaque camp.

Il est à noter que, sur les trois régions que le PS pourrait conserver (Bretagne, Midi-Pyrénées et ALPC), c'est bien la "nouvelle Aquitaine" qui est aujourd'hui la plus menacée. La défaite de la gauche constituerait un symbole national : les 3 régions actuelles sont des bastions de la gauche (le Limousin, ancienne terre d'élection de François Hollande, a toujours été dirigé par le PS, l'Aquitaine l'est depuis 18 ans, et le Poitou-Charentes depuis 2004) Une victoire de Virginie Calmels serait également mise au crédit d'Alain Juppé, et viendrait valider sa stratégie de rapprochement avec François Bayrou, les deux hommes s'étant ce lundi 30 novembre 2015 encore affichés ensemble derrière leur candidate.

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