En Gironde, l'Obama Nungara s'installe dans les jardins

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Vendredi 7 février, une étude participative a recensé la présence d'un ver, plat et mou, qui envahit nos jardins. Et c'est en Aquitaine qu'il semble se plaire le plus. 

Par Julie Chapman

Obama Nungara. Un nom plutôt drôle pour une espèce qui l'est moins. Ce ver, plat et mou, de la famille des plathelminthes, prolifèrent dans nos jardins. À Bergerac, Arnaud Queyrel les a découverts il y a trois ans. "Je les détruis, chaque année, mais ils reviennent", explique le biologiste. 

Sensibilisé aux questions de biodiversité, il a participé à l'étude, en envoyant ses spécimens. "Il y a un réel danger pour la biodiversité, c'est pour cela que j'ai contribué à l'étude".
 
Avec son corps mou et plat, le ver difficilement repérable. / © DR
Avec son corps mou et plat, le ver difficilement repérable. / © DR


Participation citoyenne


Grâce à plus de 1000 signalements de citoyens sur 72 départements, le Muséum national d'histoire naturelle de Paris a pu réaliser cette étude. Avec près de 80 signalements en Gironde, le département semble être le plus touché. L'équipe est d'ailleurs toujours en recherche de signalement, pour aiguiser leurs résultats

"L'information vient uniquement des personnes qui nous ont envoyé des signalements avec photos. Cela signifie donc que nos résultats dépendent aussi du nombre de signalements. Bordeaux étant une grosse ville, il est donc normal d'avoir plus de cas recensés qu'en Corrèze", explique Jean-Lou Justine, professeur en charge de l'étude.

S'il se plaît autant sur la façade Atlantique, c'est parce que cet animal "très fragile" déteste la sécheresse et le froid, deux éléments absents du climat aquitain.

"Il semble également aimer les lieux perturbés, où la terre a été retournée par exemple", explique le professeur.
 
La Gironde est le département qui concentre le plus de signalements. / © DR
La Gironde est le département qui concentre le plus de signalements. / © DR
 

Dévoreur de vers


Classé parmi les espèces exotiques envahissantes (EEE), l'Obama Nungara n'est pas difficile quand il s'agit de se mettre à table. 

"Il mange principalement des vers et des escargots. Une étudiante de l'université de Créteil travaille sur leur régime alimentaire, pour connaître précisément les espèces consommées ainsi que leur quantité ingérée", explique Jean-Lou Justine, professeur au Muséum d'histoire naturelle. 

Des données qui permettront d'évaluer le niveau de dangerosité de l'espèce. À Bergerac, le jardin d'Arnaud Queyrel se porte bien, malgré la cohabitation avec les Obama Nungara. "Je n'ai pas constaté de détérioration de mon jardin, mais je préfère les surveiller."
 
© Arnaud Queyrel
© Arnaud Queyrel
 

Goût immonde


Actifs principalement la nuit, ils ne possèdent pas à l'heure actuelle de prédateurs capables d'endiguer sa prolifération. 

"En 1888, un chercheur australien a tenté d'en donner à des poules. Elles l'ont ingéré, avant de tenter de le recracher, sans succès. Elles n'en n'ont plus jamais consommé", raconte Jean-Lou Justine. 

Car si l'Obama Nungara ne possède ni piques, ni carapace, il est recouvert d'une "usine chimique" que rend son goût immonde.

"Il n'existe pas non plus de plantes qui permette de les repousser", avance le professeur.

Quant à les écraser, le chercheur assure que certains contributeurs ont tenté de recueillir quotidiennement les individus qu'ils trouvaient dans leur jardin pour éviter leur reproduction. En vain.

Pas de prédateur, carnivore, si l'espèce semble déjà dangereuse, elle est aussi très fertile. Grâce à des cocons de ponte, elle peut mettre au monde près de douze bébés à la fois
Les Obama Nungara se reproduisent très rapidement. / © DR
Les Obama Nungara se reproduisent très rapidement. / © DR
 

Mondialisation


Si l'Obama Nungara a aussi bien réussi à s'implanter en France, il ne s'est cependant pas déplacé seul. Tout droit venu d'Argentine, le ver plat aurait été importés au travers de pots de plantes, vendus dans les magasins de jardinage. 

"La présence de cette espèce montre aussi les dangers de la mondialisation. Nous avons peut-être mis en danger notre biodiversité pour réduire les coûts de quelques centimes", souligne Jean-Lou Justine. 

Les espèces invasives sont en effet l'une des cinq grandes menaces de la biodiversité, au même titre que la destruction des habitats naturels.

"Aujourd'hui, tout le monde reconnaît les avantages sanitaires et économiques d'une biodiversité riche", rappelle le professeur du Muséum national d'histoire naturelle.

Si l'Obama Nungara connaît son moment de gloire, Jean-Lou Justine rappelle tout de même qu'il existe "dix espèces différentes de plathelminthes", qu'il devrait étudier dans les prochaines années.


 

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