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Accueil des jeunes migrants : la crise est consommée chez Emmaüs Gironde

Pascal Lafargue, à son bureau du quartier Nansouty de Bordeaux. / © FTV
Pascal Lafargue, à son bureau du quartier Nansouty de Bordeaux. / © FTV

Le torchon brûlait depuis plusieurs semaines, le divorce est maintenant acté entre Emmaüs Gironde et Emmaüs France. Au coeur de l'affaire : le foyer de Martillac et les accusations de maltraitance.

Par C.O

Qui a quitté l'autre ? Dans un couple, la séparation se fait toujours à deux diront certains. Pas Pascal Lafargue. Le responsable de l'antenne girondine d'Emmaüs n'est pas de cet avis. "C'est nous qui partons. Emmaüs France a ouvert une procédure, ça ouvre des débats, mais la position d'Emmaüs France sur "l'affaire" de l'accueil des mineurs, on en a souffert, comme tout le monde d'ailleurs dans ce dossier. On aurait aimé qu'on nous soutienne, mais pas qu'on nous condamne".

►Ecoutez l'intégralité de l'interview de Pascal Lafargue
 

Une vision pas totalement partagée par la direction parisienne d'Emmaüs. "Il y a un froid entre les deux depuis des années", explique Jean-François Maruszyczak, délégué général d'Emmaüs France. Suite à l'affaire Martillac "nous avons effectué deux visites et on s’est rendu compte que l’accueil n’était pas digne des valeurs d’Emmaüs, le conseil d'administration du 24 janvier s’est decidé à suspendre temporairement la qualité de membre d’Emmaüs Gironde. Nous, dans la démarche, nous les invitions le 11 mars pour dialoguer et échanger, mais ils ont fait leur conseil d'administration samedi et on décidé qu’ils demissionnaient du mouvement Emmaüs France".

 
 

Quel est vraiment le fond du problème avec la Fédération ?

Alors pourquoi ne pas avoir attendu la fin de l'enquête interne et ses conclusions pour quitter la Fédération ? "Le problème, c'est que cette affaire interne de Martillac ça n'est pas une "affaire", ça a été monté de toutes pièces", répond Pascal Lafargue.

La fédération a saisi cette affaire, lui a donné un écho exceptionnel qu'il n'y aurait jamais du avoir, et a essayé de nous tordre le bras sur des désaccords très anciens entre la Fédération et le groupe girondin qui porte sur l'organisation du mouvement, sa gouvernance, etc. 


Cela veut-il dire que derrière l'affaire Martillac se cachent d'autres griefs entre la Fédération et Emmaüs Gironde ? Vraisemblablement, autre chose se joue selon Pascal Lafargue. " C'est en effet des affaires de cotisations qui en masquent d'autres " annonce Pascal Lafargue qui reproche à Paris une augmentation constante des cotisations et qu'il refuse de payer dès l'année prochaine.

Des arguments que réfute totalement la Fédération. "Les cotisations sont un pourcentage des recettes. Ce pourcentage n'a pas augmenté. Si les cotisations d'Emmaüs Gironde ont augmenté c'est uniquement parceque "Urgence 33" et "Emmaüs développement" (structures jusque là autonomes) ont fusionné" explique Jean-François Maruszyczak, délégué général d'Emmaüs France. Les crispations entre les deux structures n'ont donc selon lui "rien à voir" avec le montant des cotisations.

 

Quel sort pour le centre d'accueil de Martillac ?


En décembre dernier, plusieurs associations dénonçaient les conditions d'accueil de ces mineurs étrangers appelés MNA (Mineurs Non Accompagnés), parlant même de maltraitance. Certains d'entre eux avaient manifesté devant le palais de justice de Bordeaux pour dénoncer les conditions de leur accueil. 
Une enquête interne avait donc été lancée par Emmaüs France "avec difficultés et manque de transparence" avait-elle précisé dans un communiqué.

De son côté le Conseil Départemental, en charge de l'ASE (Aide Sociale à l'Enfance), avait lui aussi lancé une inspection. Après les résultats de celle-ci, il a donc décidé, conjointement avec Emmaüs Gironde de fermer le site de Martillac.

On n'était pas dans des standards de qualité de prise en charge qui étaient corrects, et c'est vraiment ça que le département attend d'Emmaüs comme des autres associations avec lesquelles il travaille.  

explique Pascal Goulfier, directeur général adjoint à la solidarité (Conseil Départemental de la Gironde). 


Pas de maltraitance pour autant ? "A ce jour, elle n'a pas été établie, on a informé effectivement les autorités judiciaires, mais le sujet n'est pas celui-là aujourd'hui".

Emmaüs a lancé des travaux dans le centre de Martillac. Et pense rouvrir d'ici un mois. Selon le département, qui dit rester vigilant, Emmaüs devra fournir un projet de prise en charge précis et adapté pour pouvoir y accueillir à nouveau des MNA.
 

Quid des autres centres dédiés aux MNA gérés par Emmaüs Gironde?


Le centre de Parempuyre a lui aussi fermé ses portes. Une décision définitive prise par Emmaüs Gironde. "On a abandonné l'idée de maintenir sur le site de la communauté Emmaüs l'accueil de MNA".

Ça n'était pas une bonne idée, il y a des chocs culturels trop forts. Les compagnons vivent de leur travail et ont accueilli les MNA à bras ouverts. Malheureusement, les MNA sont jeunes et sont pleins d'autres rêves que ceux d'une vie communautaire sur un lieu déterminé.


Celui de Mérignac, situé au château Tenet, est toujours ouvert. Il fait l'objet de la vigilance du Département. Le "sas" de Talence, dédié à la première prise en charge de ces jeunes avant de les rediriger vers une autre structure, fonctionne toujours.

À Léognan, Emmaüs gère toujours le foyer Gardera, mais pour une partie du personnel "les conditions de travail et les conditions de prise en charge éducative restent inadmissibles".

Plusieurs cas de violences verbales et de brutalités envers des jeunes, par des professionnels sont à déplorer. La non prise en compte des pratiques professionnelles par la direction fait qu’il devient urgent de prévenir ces passages à l'acte et de trouver des réponses efficaces pour éviter le pire" peut-on lire dans une lettre d'alerte écrite par les salariés et adressée, entre autres, au conseil départemental et à Emmaus.

Les salariés affirment que des "besoins humains sont nécessaires". "En effet, le taux d’encadrement des jeunes est insuffisant et la qualité de travail est dégradée". Ils demandent également investissement financier.
 
 

La rupture est-elle vraiment consommée avec Emmaüs-France ?

L'antenne bordelaise a vu le jour avant que la Fédération nationale ne soit créée. Preuve qu'elles peuvent fonctionner l'une sans l'autre. D'ailleurs Emmaüs Gironde a déjà quitté la Fédération à deux reprises (en 1997 et en 2003) pour finalement revenir à chaque fois dans le giron parisien. Et cette fois-ci ? C'est envisageable. Pour Pascal Lafargue, si la question du montant des cotisations se règle le relations pourraient être rétablies.

De son côté la Fédération dit avoir pris acte de la démission d'Emmaüs Gironde et Emmaüs Aquitaine (qui gère le site de Parempuyre).
Elle rappelle que les cotisations (le pourcentage sur les recettes) n'ont pas augmenté.
 
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