Poissonneries vides, bâteaux à quai : la filière de pêche artisanale exprime sa colère

Opération inédite "filière morte" dans les ports français ce jeudi 30 mars et vendredi 31 mars pour alerter sur la "mort de la pêche artisanale". En Aquitaine, les professionnels sont mobilisés à Arcachon et St-Jean-de-Luz.

Ce jeudi 30 mars, les amateurs de poisson ne trouvent pas de merlu ou de sole sur les étals des halles de St-Jean-de-Luz. Les poissonniers qui s’approvisionnent à la criée locale ont décidé de fermer boutique dans le cadre d'une journée nationale "filière morte".

De la pêche à la transformation, en passant par la vente et le mareyage, c'est tout un secteur qui veut alerter sur "la mort de la pêche artisanale en France".

Une cinquantaine de professionnels étaient réunis près des halles et distribuaient des tracts selon notre équipe sur place.

Un tractage était réalisé ce matin aussi à Arcachon (au niveau du rond-point de la Teste) où de nombreux bâteaux sont à l'arrêt. "C'est notre survie qui est en jeu" a affirmé sur france 3 Aquitaine à midi, Olivier Mercier, armateur et pêcheur.  

Les pêcheurs de la région se mobilisent depuis le début de la semaine. Mercredi 29 mars, une quinzaine de bateaux de pêche ont bloqué l'entrée du port de commerce de Bayonne.

Lundi 27 mars, une trentaine de pêcheurs venus de Bayonne et de Capbreton ont distribué gratuitement du poisson, sur les allées Marine, aux automobilistes pour les inciter à consommer Français alors que la pêche nationale chute d'année en année. Elle ne représente que 25% du poisson vendu sur les étals de l'hexagone. La flotte française a déjà diminué de plus d'un quart en 20 ans.  

Fermeture de zones de pêche

Sur le littoral aquitain, les pêcheurs sont particulièrement remontés contre la décision récente du Conseil d'Etat, d'imposer d'ici six mois la fermeture de certaines zones de pêche de l'Atlantique pendant quatre mois afin de préserver les dauphins dont les échouages se sont multipliés dans le golfe de Gascogne. La juridiction avait été saisie par plusieurs associations de défense de l'environnement.

"Je ne peux pas arrêter la pêche pendant quatre mois" explique Jonathan Paris, propriétaire de deux bâteaux avec 12 salariés. "On fait plein de choses comme les arrêts biologiques de pêche. On s'en est sortis jusqu'à présent mais là on y arrivera pas. C'est le début de la fin".

"Si on est bloqué 3 mois en hiver et un mois en été, ça sera la moitié de notre chiffre d'affaires en moins."

Alice Bonnet, pêcheur

France 3 Euskal Herri

 

Alice Bonnet, propriétaire avec son mari d'un fileyeur de 9 mètres est très inquiète sur l'avenir de la pêche locale. "On nous met tous dans le même panier (NDLR : avec les gros navires de pêche) mais il faut trouver des compromis pour sauver la pêche artisanale".  

Les artisans réclament aussi le paiement des aides gazole, dont "certaines n'ont pas été versées depuis six mois", et l'harmonisation des règles de contrôle des pêches comme de sécurité des navires en France, où un mille-feuilles administratif complexe paralyse les investissements faute de visibilité. Plus largement, ils s'insurgent contre "le désengagement" de l'Etat.

Le secrétaire d'Etat à la Mer, Hervé Berville est en Vendée ce jeudi et va rencontrer les pêcheurs du département.