Agriculteurs en colère. "Je prends du milieu de gamme pour limiter les dégâts" : les consommateurs ont du mal à acheter français

Sur les réseaux sociaux, les agriculteurs reçoivent des milliers de messages de soutien. Dans la réalité, faute d’argent, de temps ou d’information, de nombreux consommateurs peinent à acheter des produits locaux.

Sur le parking d'un supermarché près de Bordeaux, les coffre des voitures se remplissent à mesure que se vident les chariots. Dans les sacs, les produits français se mêlent aux produits étrangers, européens ou plus lointains encore. Mais le constat est sans appel : les drapeaux français ne sont pas facilement détectables."On est attiré par le moins cher, et comme tout le monde, je ne vais pas vraiment vers les produits français", concède une automobiliste.

"Ils sont payés des cacahuètes"

Et pourtant, entre les collectes alimentaires, les visites au pied des tracteurs stationnés sur la rocade bordelaise et surtout, les messages de soutiens par milliers, depuis trois jours, les agriculteurs reçoivent un appui quasi unanime des Français. “Ils ont raison, ils sont payés des cacahuètes pour des journées de plus de 70 h. C’est très grave”, regrette Sandrine Forestier, habitante à Ambarès-et-Lagrave en Gironde.

Selon un sondage Yougov et C’est qui le Patron, 78 % des Français sont inquiets et se disent prêts à venir en aide au monde agricole. À l'image d'Enora Chauvel, une jeune mère de famille qui réside dans la métropole bordelaise, qui estime que "l’aide annoncée par le gouvernement n’est pas à la hauteur".  "Quand on prend en compte toutes les lois, les normes environnementales, la hausse des taxes, ça ne  permet pas aux agriculteurs de trouver une stabilité", indique-t-elle.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes rappellent que les premières marques de soutien résident dans les achats de produits locaux. 
Pour autant, à la sortie des supermarchés, la quantité de produits français achetés stagne. Un paradoxe dont les consommateurs peinent à s’extirper, “pris au piège” des modèles de consommation.

"Je prends du milieu de gamme pour limiter les dégâts " 

Consommer français dans les supermarchés est régulièrement garant de prix élevé. “Les grandes surfaces se font leur beurre sur les agriculteurs. Quand on voit les tarifs auxquels on achète les produits à la centrale et ceux qu’on pratique en supermarché, parfois, on se dit qu’ils abusent", indique une salariée d’une grande surface qui souhaite rester anonyme.

Agriculteurs et consommateurs, on est tous pénalisés et ça bénéficie toujours aux mêmes.

Une salariée anonyme d'une grande surface  

À ces marges, s'ajoutent celles déjà imposées entre les producteurs et ces centrales d’achats. Le phénomène s’est aggravé ces derniers mois avec l’inflation, poussant les consommateurs à revoir leurs critères. “Je fais en fonction de mon budget, quand il y a des promotions notamment. On n’a pas le choix, soupire Sandrine Forestier. Le reste du temps, j’essaie de prendre au moins des produits européens, d’Espagne notamment. Du milieu de gamme pour limiter les dégâts sur la santé et sur le porte-monnaie”. 

Dans les rayons, certains produits s’attirent plus les faveurs des consommateurs : les fruits, les légumes et la viande. "J'essaie d'acheter français autant que possible, notamment pour mon bébé et les produits frais", indique Enora Chauvel, maman d'un nourrisson. 

 

Avant l’inflation je pouvais me permettre d’acheter d’avantages des produits locaux et frais. 

Enora Chauvel

une consommatrice girondine

"On a l’impression qu’ils veulent nous embrouiller"

Certains foyers sont pourtant prêts à payer pour de la qualité. Les trois quarts des Français seraient “prêts à ajouter des centimes lors de l’achat d’un produit, si cela garantit à coup sûr une juste rémunération”, précise l’enquête YouGov/C’est qui le patron?. La raison est ailleurs. “Quand on veut choisir un produit français, c’est brouillon. On a l’impression qu’ils veulent nous embrouiller”, explique Sandrine Forestier. Ils : les publicitaires, les marques. 

Pire, certaines marques n'hésitent pas à mettre en avant des visuels de pâturages ou encore des logos reprenant le drapeau tricolore. "Certains produits paraissent « made in France », alors que l’ensemble du produit provient d’autres pays et est simplement assemblé en France. C’est pour moi un mensonge sur la vraie provenance et un manque de respect pour toutes les entreprises, les producteurs qui sont Français", fulmine Enora Chauvel. 

Résultat, en France, seuls 6 % des Français font “tout à fait” confiance aux marques pour bien rémunérer les producteurs.

Il faut prendre le temps de lire les étiquettes, chercher le logo, le label, l’indication sur le code barre ou la mention « Made in France » qui ne sautent pas aux yeux directement. 

Enora Chauvel

consommatrice girondine

Seuls les fruits et légumes, ou les produits boucherie ou poissonnerie "sont facilement lisibles, car la provenance est marquée en gros et le vendeur peut donner des indications", reconnaît tout de même Enora Chauvel. 

Comme elle, 77 % des consommateurs souhaitent un pictogramme, un label commun et unique pour mieux lire les emballages. “Un peu comme le Nutriscore ou au moins, avoir la liste des lieux par lesquels l’animal ou le produit est passé”, propose l’Ambarésienne.

Courses express

Prix gonflés, transparence pas respectée, pour savoir ce qui se trouve dans leurs assiettes, certains décident d’aller directement au producteur. L’idée semble facile, mais sa mise en place requiert finalement certains paramètres. "Lorsqu’on est parents et qu’on travaille, nous n’avons que peu de temps et privilégions soit le drive en grande surface ou les magasins de proximité qui ne proposent pas toujours des produits de qualité", regrette Enora Chauvel.

Même constat pour Sandrine, qui enchaîne les journées de travail. “Les marchés, j’y vais quand je suis en repos ou quand je suis en vacances, sinon, je n’ai pas le temps”, explique-t-elle. Les marchés, dernière bouée de sauvetage de beaucoup de familles, restent occasionnellement fréquentés par ces dernières. "En dehors des week-ends, je n’ai pas un emploi du temps adapté pour courir dans d’autres coopératives plus éloignées de mon domicile", abonde Enora Chauvel.

Sandrine a au moins trouvé la solution pour la viande. “Je l’achète en gros lot chez mon boucher, et je la congèle. J’en ai pour 35 € pour deux mois, et on le sent, c’est de la qualité”.

Réduire les intermédiaires, c'est justement le concept de certains magasins, des coopératives paysannes en circuit court. Annie, une retraitée, fréquente ces enseignes depuis quelques années. "Je suis à la retraite, veuve, je peux me permettre de prendre le temps de faire des courses et de regarder les étiquettes, les produits", reconnaît la septuagénaire.

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