L'antenne-relais de la colère : un collectif d'habitants contre son installation à Izon en Gironde

En plein climat de défiance sur la 5G, des habitants d'une commune du nord Gironde s'opposent à l'installation d'une antenne-relais 4G pour l'opérateur Bouygues Telecom dans une zone naturelle proche des maisons.

Le futur pylône de 30 mètres sera construit par la société Cellnex dans cette zone naturelle de la commune de Izon, en Gironde.
Le futur pylône de 30 mètres sera construit par la société Cellnex dans cette zone naturelle de la commune de Izon, en Gironde. © DR
Ils ont baptisé leur collectif "Collectif Izon, Bien sans cette antenne". Début septembre, des habitants de Izon ont eu "la mauvaise surprise" de découvrir le projet de construction d'un pylône d'une trentaine mètres, 25 rue des Gabauds, sur un terrain privé, dans une zone classée naturelle et forestière par le PLU de leur commune. Et à proximité immédiate du Château d’Anglade, bâtisse protégée par les Bâtiments de France. Ce pylône sera équipé de quatre antennes-relais 4G puis à terme 5G pour l'opérateur Bouygues Telecom.

Mobilisation contre cette antenne-relais

Le collectif a lancé une pétition en ligne et recueille les signatures sur papier devant les commerces de la commune, et a aussi écrit une lettre au maire d'Izon. "Nous sommes nombreux à avoir fait le choix de vivre à Izon pour son caractère rural et sa politique environnementale respectueuse de la biodiversité. Et nombreux sont les Izonnais et les Izonnaises à venir se balader à pied ou en vélo dans ce quartier protégé, jusque-là préservé", écrit le collectif.

Nous refusons la pollution visuelle qu'engendrerait durablement une telle antenne-relais. Cela détruirait le cadre naturel préservé et expressément protégé par le PLU d’Izon.

Le collectif Izon, bien sans cette antenne

Le collectif s'appuie sur le PLU de la commune pour dénoncer le choix de l'emplacement de la future antenne-relais. "L'installation d'un système de radio téléphonie mobile par la société Cellnex est donc en totale contradiction avec les règlements applicables en zone N du PLU et en secteur NR, abritant une faune et une flore dont la biodiversité remarquable a permis d'obtenir la qualification Natura 2000, ainsi qu’en zone rouge du PPRI Dordogne (zone inondable)", précise le collectif dans sa lettre au maire d'Izon. "Il y est, en outre, fait mention d'un cône de vue vers le château depuis la rue de la Grave qui doit être PRESERVE. C'est justement là que sera implantée ladite antenne ainsi que les locaux techniques afférents qui s'élèveront à plus de 6 m de haut et ceci pour une emprise au sol de 70 m² ! L'empreinte écologique est donc identique à celle de la construction d'une maison !"

La pétition contre l'antenne-relais à Izon a déjà recueilli 1032 signatures ce lundi 28 septembre. Le collectif appelle à manifester samedi 3 octobre à 10 heures devant la mairie.
 
Le panneau d'affichage des travaux du pylône de trentaine mètres de hauteur accroché par la société Cellnex, 25 rue des Gabauds, à Izon.
Le panneau d'affichage des travaux du pylône de trentaine mètres de hauteur accroché par la société Cellnex, 25 rue des Gabauds, à Izon. © DR

Le maire opposé également au projet 

Laurent De Launay, le maire d'Izon, se dit lui aussi opposé à ce projet d'antenne-relais, et dit "soutenir pleinement le collectif". Mais alors pourquoi avoir signé un arrêté de non-opposition à la construction d'un pylône sur ce terrain communal ? Le maire explique "une bourde" de son adjoint à l'urbanisme qui a signé " sans faire attention" un arrêté de non-opposition à la construction d'un pylône réalisés par la société Cellnex ! 

Le 22 juin dernier, le maire a rencontré le responsable des relations territoriales du Sud-Ouest pour Bouygues Telecom. Lors de cet entretien, Laurent De Launay aurait fait part de son opposition de principe au projet d'antenne-relais sur cet emplacement de sa commune. Selon l'édile, le représentant de l'opérateur aurait de suite évoqué "une procédure contentieuse en cas de refus, certain d'obtenir ainsi un permis de construire devant la justice". Menace ? Pression ? Laurent De launay n'a pas eu ce sentiment mais a été surpris par l'argument de Bouygues Telecom.

Une façon de faire "un peu piégeuse" selon la mairie

"Cette entrevue s’est terminée par la promesse de se revoir avant le dépôt de quelque autorisation d’urbanisme. Or, votre partenaire, l’entreprise CELLNEX, à notre plus grande stupéfaction, a déposé pour ce projet une déclaration préalable le 28/07/2020 portant sur l’installation de ce dispositif" écrit le maire d'Izon dans un courrier envoyé lundi 28 septembre à Bouygues Telecom.
Le dossier déposé par la société Cellnex a été instruit par la Communuaté de communes du Libournais dont fait partie la petite commune d'Izon. Une fois validé, le dossier est revenu en mairie en août et l'adjoint au maire en charge de l'urbanisme a signé un arrêté de non-opposition sans faire attention...

Ce sont les habitants qui ont alerté le maire début septembre.

Demande de retrait du projet

Laurent De Launay vient a son tour d'envoyer un courrier à l'opérateur dans lequel il fait part de sa ferme opposition au projet et s'appuie sur les mêmes arguments que le collectif. Dans ce courrier, il écrit "Suite à l’affichage de ce document sur le terrain, j’ai été alerté par un collectif de citoyens izonnais. Ce collectif rassemble l’adhésion et les signatures de nombreux riverains, plus d’un millier à ce jour, souhaitant par tous les moyens empêcher la construction du pylône de trente mètres destiné à accueillir les antennes. Je redoute ainsi que des troubles à l’ordre public soient perpétrés si ce projet de construction aboutit".

Et de poursuivre : "En l’état, ce projet ne peut être achevé. Il en va de ma responsabilité en tant que maire, je me dois de préserver l’ordre et la tranquillité publique sur notre territoire. C’est pourquoi je vous demande de renoncer à votre projet en l’état, afin que nous puissions lancer une réflexion intégrant les habitants. Tout projet d’installation de ce type devrait recueillir au préalable l’adhésion de nos concitoyens au terme d’une concertation éclairée et sincère".

Le maire reconnaît que la situation peut paraître un peu délirante.

Il regrette aussi que le propriétaire qui va louer sa parcelle à Bouygues Telecom n'ait prévenu personne. "C'est un terrain privé mais il aurait pu au moins moralement le faire".
 
Le chemin qui mène au château d'Anglade classé monument historique, à Izon. A gauche de la photo, l’endroit où devrait se situer le pylône Cellnex devant les peupliers sur trente mètres de haut.
Le chemin qui mène au château d'Anglade classé monument historique, à Izon. A gauche de la photo, l’endroit où devrait se situer le pylône Cellnex devant les peupliers sur trente mètres de haut. © DR


"Izon a besoin d'augmenter sa connectivité" selon Bouygues Telecom

Dans un premier échange, l'opérateur assure "avoir respecté dans les temps" les démarches administratives nécessaires à l'implantation d'une antenne-relais et motivé son choix d'emplacement en fonction des besoins numériques du territoire d'Izon et des alentours. Par ailleurs, "il y a eu un accord de la mairie. "Les équipes régionales n'ont pas encore reçu le courrier du maire en date du 28 septembre, et elles vont reprendre contact avec lui.  A ce jour, cette antenne-relais est un investissement financier très important (chiffres non communiqués) et nos ingénieurs n'ont pas choisi cet emplacement par hasard. Il y a déjà deux sites telecom à Izon et les besoins numériques des habitants ont augmenté dans la zone de la future antenne. Par ailleurs, la future antenne-relais n'est pas dans une zone Natura 2000 ni dans la zone monument classé, assure l'opérateur.

Si nous n'installons pas une nouvelle antenne-relais à cet endroit, la connectivité va baisser pour les habitants d'Izon.

Bouygues Telecom

Que dit la loi ?

La loi Elan promulguée le 24 novembre 2018 accélère le déploiement des antennes-relais d'ici 2022. La loi portant sur l'évolution du logement, l'aménagement et le numérique (Elan), assouplit les conditions d'information du maire pour la construction de stations radioélectriques. Cette loi facilite aussi les démarches de opérateurs et des particuliers qui souhaitent leur louer un bout de terrain pour implanter les antennes-relais pour accélerer la couverture numérique dans l'hexagone et en particulier dans les zones rurales.

Au plan juridique, le maire d'Izon "ne baisse pas les bras" mais "n'a pas trouvé la solution pour faire annuler le projet". Le fait que la zone naturelle soit Natura 2000 n'est pas forcément un argument en faveur des opposants. Ainsi, le premier magistrat, très embêté par ce projet, compte sur la mobilisation des habitants et leur détermination pour convaincre Bouygues Telecom de trouver un autre terrain, ailleurs. Occupation du terrain, entrave des travaux de construction du pylône, la bataille de l'antenne-relais à Izon ne fait que commencer.
 
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