Bordeaux : une trilogie de bons millésimes avec 2018, 2019 et le 2020

Actuellement dégusté avec la campagne des primeurs à Bordeaux, le millésime 2020 s'annonce comme un millésime de haut niveau. Et fait assez exceptionnel, il fait suite à deux grands autres vins, sur les millésimes 18 et 19. Voici l'analyse d'oenologues et de consultants réputés de Bordeaux.

Stéphane Toutoundji, dégustant ce matin le millésime 2020 dans son laboratoire
Stéphane Toutoundji, dégustant ce matin le millésime 2020 dans son laboratoire © Oenoteam

"Avec ce 2020, on vient de faire un troisième bon millésime après 2018 et 2019. Il ne faut pas s'en excuser. Des trilogies comme celle-là, il n'y en a pas beaucoup." Ce constat, c'est Julien Viaud, oenologue des Laoratoires Michel Rolland à Pomerol en Gironde, qui le dresse... "2018 était plus solaire, 2019 plus en puissance et 2020 très soyeux. Aujourd'hui, on travaille les vins plus en délicatesse."

Ce millésime 2020 est une surprise au final car pas forcément bien parti : "on a eu des pluies présentes de novembre à juin, on a eu peur avec le mildiou, mais finalement cela a bien tenu. Il a fait chaud mais finalement rien de caniculaire, une grande sécheresse c'est vrai cet été, avec un vignoble qui a souffert mais sans pic de chaleur", commente Hubert de Boüard à la tête d'une entreprise de consulting. Une surprise d'autant plus intéressante selon lui au niveau de l'un des cépages emblématiques de Bordeaux : "depuis 20 ans que je fais consultant, ce sont les meilleurs merlots que j'ai goûtés pour la rive gauche."

"On a eu un hiver et un printemps très pluvieux, vraiment doux, dès lors une vigne qui était prête à encaisser une situation estivale "costaud", complète Stéphane Toutoundji du laboratoire Oenoteam à Libourne. 

La floraison a été précoce, signe de millésimes qualitatifs à Bordeaux

Stéphane Toutoundji, Oenoteam

"On a eu ensuite un été sec et frais, favorable à la croissance des raisins, de belles accumulations d'anthocyanes et de tanins. Au niveau maturation, les températures chaudes en journée et la très grande amplitude thermique entre le jour et la nuit favorisent ainsi à Bordeaux les grands millésimes comme ce 2020", précise l'oenologue Stéphane Toutoundji.

Quant au travail des vignerons et des oenologues, qui certaines années peuvent être très sollicités et rattraper au chai des millésimes improbables, là Julien Viaud explique qu'au contraire il a juste fallu laisser faire la nature et ramasser à temps: "c'est un millésime avec ce qu'il faut de petits tanins et d'arômes, il a fallu se faire violence pour garder tout cet équilibre, il fallait ne rien faire, ce qui est une épreuve pour nous et assez drôle.

C'est un millésime récolté précocement , éclatant de fruits. Finalement l'équilibre a eu tendance à bouger très rapidement, les raisins étaient bons plus tôt et donc on a anticipé les vendanges de 5 à 6 jours pour garder cet éclat de fruits et cette fraîcheur aromatique," Julien Viaud des Laboratoires Michel Rolland

Un millésime finalement qui a laissé l'identité du lieu s'exprimer pleinement comme l'atteste Stépahne Derenoncourt, consultant à Sainte-Colombe en Gironde : 

2020, c’est une très très grande surprise, quant à l’identité des vins. On a des vins extrêmement frais, des tanins mûrs mais très doux, enveloppés, pas fatiguants  jolis, qui ont gardé énormément de fraîcheur »  

Stéphane Derenoncourt, consultant

Stéphane Derenoncourt, dans son chai au Domaine de l'A à Sainte-Colombe
Stéphane Derenoncourt, dans son chai au Domaine de l'A à Sainte-Colombe © Jean-Pierre Stahl

Dès lors ce millésime 2020, actuellement dégusté avec la campagne des primeurs qui a débuté la semaine dernière avec une dégustation à Bordeaux avec l'Union des Grands Crus de Bordeaux et qui va se poursuivre encore la semaine prochaine, s'annonce sous les meilleurs auspices, quand bien même on n'est actuellement qu'au début de son élevage en barriques.

"C'est un millésime assez exceptionnel. Avec beaucoup d'équilibre et un gout extraordinaire en bouche", selon Stéphane Toutoundji. "C'est construit, c'est un millésime dans l'harmonie, on a une vraie identité, de très belles couleurs, des vins magnifiques partout, avec une typicité marquée, en Côtes de Blaye, Pessac-Léognan, Graves, Nord-Médoc, un côté salin qui donne de la fraîcheur", complète Hubert de Boüard. 

"Une vraie trilogie bordelaise"

Là où le caractère exceptionnel est d'autant plus important, c'est qu'on réalise qu'il s'agit d' "une vraie trilogie bordelaise et il n'y en a pas beaucoup. 2018 était très solaire, 2019 avait cette typicité, cette verticalité et ce classicisme bordelais, 2020 plus harmonieux, de la suavité, un coté salin, une vraie appétence tanins-fraîcheur, " selon Hubert de Bouärd.

Pour Stéphane Derenoncourt : "en 2018, 19 et 20, ce sont des millésimes sans excès de style, on retrouve le traditionnel équilibre bordelais, avec de la maturité, de la fraîcheur, les 3 sont réussis, avec pas de gros rendements, comme pour ce 2020 où la floraison n’était pas géniale, beaucoup de sécheresse des peaux épaisses et peu de jus. »

Et qui dit trilogie fait penser évidemment à Star Wars, évidemment à Bordeaux les studios hollywoodiens ne sont pas si éloignés, d'autant que comme pour Star Wars, ce type de trilogie semble se répéter. Ainsi, peut-on faire un parallèle tous les 10 ans et se demander si finalement les années en 8, 9 et 0 ne sont pas bénies des dieux, en tout cas de Dionysos.

« C’est vrai, c’est assez juste et un peu plus homogène dans la qualité pour 2018, 2019 et 2020", selon Stéphane Derenoncourt. "C'est le hasard, 4 fois trois grands millésimes en 40 ans..." commente Stéphane Toutoundji, "je n'ai pas d'explication particulière, et pourquoi les années en 7 gèlent aussi ?" 

"En comparaison, il y en a toujours un plus faible: ainsi le 2008 est plus faible que 2009 et 2010 qui sont monstres; en 1998, 1999 et 2000, on a souvent parlé de la qualité du 2000 car c'était aussi un millésime avec trois zéros, le prochain le 3000 on ne le verra pas ! Mais 2001 en suivant était à mon avis meilleur. Ensuite 88, 89 et 90: 89 et surtout 90 étaient meilleurs que 88. Après, il n'y a pas de problème mais 3 millésimes d'un même niveau comme cette année, il y en a peu", conclue Julien Viaud.

 

 

 

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