Malgré la crise, ces jeunes rêvent toujours d'agriculture : "on va sûrement avoir du mal à gagner nos vies, mais c'est un challenge"

Après des semaines de mobilisation des agriculteurs et à quelques jours de l'ouverture du salon de l'Agriculture à Paris, la filière agricole continue, malgré des conditions de travail difficiles, de soulever les passions chez les plus jeunes.

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Ce jeudi 8 février, les rues de Bazas, en Gironde, grouillent de monde. La traditionnelle fête des bœufs gras vient, comme chaque année, enivrer la commune de 4 700 habitants le temps d'une journée. Une centaine d'éleveurs déambulent lors d'un défilé pour mettre à l'honneur leurs bêtes. Certains se verront même récompenser de plusieurs prix valorisant leur travail réalisé toute l'année. Parmi les exploitants présents, des jeunes du lycée agricole de Bazas qui rêvent pour la plupart d'ouvrir leur propre exploitation. 

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"Faire un métier peu commun" 

Sur la place de la cathédrale, Mathis et Anthony sont tous deux en dernière année de lycée. Aujourd'hui, ils sont fiers de présenter deux bœufs de la race bazadaise. C'est la première fois qu'ils assistent à cet événement qu'ils jugent "valorisant" pour la filière, bousculée par les mobilisations des agriculteurs ces dernières semaines. "Ça va permettre de donner plus de visibilité au métier, estime Mathis. Les gens autour comprennent aussi que les agriculteurs sont en détresse, cela permet de leur ouvrir les yeux." 

On se pose des questions mais on se dit qu'il y a quand même de l'espoir.

Clémence

élève au lycée agricole de Bazas

Quelques mètres plus loin, quatre étudiantes du lycée agricole de Bazas observent avec admiration les éleveurs autour d'elles. "On sait que c'est un métier difficile, on va sûrement avoir du mal à gagner nos vies, mais c'est un challenge pour nous tous", sourit Alicia, âgée d'à peine 19 ans. 

Pénibilité et incertitudes

Malgré l'engouement des plus motivés, certains lycées agricoles accusent un véritable recul des inscriptions dans les filières d'agriculture. C'est le cas dans l'établissement de Blanquefort, où la proviseure Corinne Reulet observe "un tassement des inscriptions," voire "une légère baisse dans certains cycles". 

"L'agriculture connaît des difficultés et ça se répercute malheureusement dans beaucoup de filières, précise la directrice. Les jeunes, les parents, se demandent si c'est une voie d'avenir, s'il y a la place pour les jeunes dans ce secteur. Les agriculteurs ne sont pas très optimistes et n'encouragent pas les plus jeunes à faire le même chemin qu'eux."

Cinquante heures par semaine sans gagner le smic... En termes d’image, ça pèse, ça marque les esprits et ça détourne l'envie d'aller vers ces filières.

Corinne Reulet

proviseure du lycée agricole de Blanquefort

Même constat dans l'établissement de La Réole où le formateur Luc Sonilhac parle "d'une jeunesse frileuse". "On ne connaît pas la crise du côté des reconversions professionnelles, mais les plus jeunes, de 18 à 20 ans, ont le sentiment d'être moins prêts à se lancer", précise-t-il.

À la rentrée 2023, le ministère de l'Agriculture recensait 154 000 élèves inscrits dans les lycées agricoles. Des inscriptions en légère baisse par rapport à l'année précédente. "L'agriculture n'est pas dans les radars de ceux qui veulent gagner bien leur vie et se créer facilement un modèle d'avenir, relève Corinne Reulet. Au niveau national, il faudrait 30 % de jeunes en formation en plus pour renouveler les générations d'agriculteurs, mais on peine à inverser les courbes, c'est un vrai défi."

Pour les femmes, un challenge supplémentaire

Néanmoins, une évolution s'observe. Dans les promotions, la directrice du lycée agricole de Blanquefort relève une autre évolution, celle-ci encore plus marquante. L'augmentation de la présence de filles dans la filière. "On n'est pas encore à 50/50, mais on s'en rapproche", pointe la proviseure du lycée agricole de Blanquefort. 

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Les jeunes rêvent toujours d'ouvrir leur propre exploitation. ©Sarah Paulin France 3 Aquitaine

"On est une moitié de femmes dans notre classe", relève Alicia, étudiante du cursus conduite et gestion de l'entreprise agricole (CGEA) à Bazas. En septembre 2023, les statistiques de l'enseignement agricole, répertoriées par le ministère de l'Agriculture et de la souveraineté alimentaire, comptaient 154 000 élèves de la quatrième jusqu'au BTS, dont 45 % de filles, alors qu’elles ne représentaient que 20 % des effectifs en 1975. Néanmoins, les filles restent encore sous-représentées dans les filières de l'élevage et restent majoritaires dans le cursus vétérinaire ou équin.

Il y a encore des clichés, des préjugés et des idées reçues, mais de moins en moins.

Corinne Reulet

proviseure du lycée agricole de Blanquefort

 

Se battre pour sa place

Pour Clémence, qui rêve d'ouvrir sa propre exploitation dans les Pyrénées après ses années d'études, la féminisation des promotions dans les lycées agricoles reste à tempérer avec les constats sur le terrain. "Même si ça se développe de plus en plus en plus, on voit quand même pendant les stages que c'est toujours le garçon qui va monter dans le tracteur, illustre l'étudiante de 21 ans. C'est un métier physique alors souvent, c'est lui qui va être le plus amené à faire des choses. Mais ça commence à bouger et de plus en plus." 

Mobilisations 

Lors des fêtes de Bazas et en amont de l'ouverture du salon de l'Agriculture dans la capitale, les jeunes lycéens des établissements agricoles soutiennent largement le mouvement des agriculteurs. "Ils sont assez lucides et connectés. Pour beaucoup, ils ont des maîtres de stage ou des membres de la famille qui détiennent des exploitations et forcément ça les interpelle", relève Corinne Reulet, du lycée agricole de Blanquefort. 

À La Réole, le formateur Luc Sonilhac observe une véritable mobilisation des élèves. "Ils ont demandé à manifester avec leur maître d'apprentissage. On a des jeunes qui sont conscients qu'il faut soutenir le monde agricole", pointe-t-il.

Les plus jeunes, quant à eux, restent persuadés d'être dans la bonne voie malgré leurs inquiétudes persistantes. "Peut-être qu'un jour, on y arrivera et peut-être que l'agriculture revivra."