Crise financière à l’UBB : le stade Chaban-Delmas va-t-il changer de nom ?

Le club de Top 14 a traversé des difficultés financières dues à la crise sanitaire. Son président propose de donner un nom commercial au stade pour renflouer les caisses de l’UBB. La Bourse de l’Immobilier est sur les rangs, mais pour quel montant ? Les Bordelais y sont-ils favorables ?
C'est au stade Chaban-Delmas de Bordeaux que La Rochelle et Agen se disputeront une place dans le Top 14, dimanche prochain.
C'est au stade Chaban-Delmas de Bordeaux que La Rochelle et Agen se disputeront une place dans le Top 14, dimanche prochain. © maxppp

Le légendaire parc Lescure de Bordeaux va-t-il à nouveau changer de nom ? C’est le souhait de Laurent Marti, président de l’Union Bordeaux-Bègles. Avec la crise sanitaire et les différents confinements, les stades étaient vides et les billetteries à l’arrêt. Pas de quoi empêcher l’UBB d’aller jusqu'en demi-finale de Top 14, le 19 juin dernier. Pour autant, de vraies questions financières se posent en cette fin de saison.

« Il faut savoir ce qu’on veut », explique Laurent Marti, le président de l’UBB. « Parce que si on n'a pas cette aide, je pense que cela va devenir très compliqué pour l’avenir financier de l’UBB ». 

Et puis c’est trop facile de me demander toujours de boucher le trou, je le fais depuis de longues années je ne me plains pas, on ne m’a pas obligé à venir.

Laurent Marti, président de l'UBB

Le stade Chaban-Delmas quasiment vide lors du match contre Brives le 12 septembre 2020.
Le stade Chaban-Delmas quasiment vide lors du match contre Brives le 12 septembre 2020. © AFP

« Je l’assume, je l’assume avec de très nombreux Bordelais partenaires », poursuit Laurent Marti, « mais on a besoin d’un coup de pouce parce qu’on sort de cette période Covid ».  « Sans cette période Covid je ne suis pas sûr qu’on aurait réfléchi au « naming ». Là on a une opportunité extraordinaire. Et si on veut continuer à aller au stade Chaban pour voir jouer l’UBB, peut-être qu’il faut qu’il change de nom ». 

Du côté de la mairie, si Pierre Hurmic,maire écologiste, émet « les mêmes réticences pour le foot-business que pour le rugby-business », il insiste pour dire qu’il est « prêt à l’aider à trouver de nouvelles sources de financement indépendantes de l’argent public ». Dans la famille Chaban-Delmas, la réponse est claire : le naming « ne fait pas partie des solutions ».

«Cela n’est pas pour dépenser plus mais pour faire en sorte qu’on puisse continuer à évoluer à ce niveau » (L. Marti)

Le naming est-il incontournable à la survie du club ? Pour le président Marti la réponse est clairement oui. « Ce naming, ce n’est pas pour dépenser plus mais pour faire en sorte qu’on puisse continuer à évoluer à ce niveau sans pour autant creuser le trou », affirme-t-il. « Et puis chiffres à l’appui, je peux prouver que l’UBB est gérée en bon père de famille et qu’on a une masse salariale très contrôlée, très maîtrisée ».

La mairie a bien conscience des difficultés rencontrées par le club du fait de la crise sanitaire, mais de quelle manière y faire face ? 

 Quand Laurent Marti m’a posé la question, j’ai fait état de manière très spontanée de mes réserves par rapport à ces opérations de naming. La discussion reste toutefois ouverte.

Pierre Hurmic - maire écologiste de Bordeaux -

"J’ai pris le soin de consulter très récemment le Centre du droit économique du sport de Limoges qui fait autorité pour qu’il me fasse une étude très précise sur ce que sont les avantages et les inconvénients du naming, et les villes qui ont choisi ce naming pour voir quelles en sont leurs conséquences", poursuit le maire de Bordeaux.
"Donc le débat est ouvert, moi j’ai mes idées mais je suis tout à fait prêt à échanger avec Laurent Marti d’autant plus qu'en tant que maire de Bordeaux, j’ai parfaitement conscience de ce que nous apporte l’UBB, ce qu’est l’engagement dans tous les sens du terme de Laurent Marti, et sur le fait qu’il a besoin en ce moment de nouvelles sources de financement ».
Avant de conclure, « on s’est déjà pas mal engagé dans la rénovation du stade Chaban, on a quatre millions d’euros de prévus dans le cadre de notre programme pluriannuel d’investissement ».

Larent Marti, le président de l'Union Bordeaux-Bègles
Larent Marti, le président de l'Union Bordeaux-Bègles © AFP

Quel montage financier ?

Récemment, la Bourse de l’Immobilier s’est positionnée pour ce naming. Partenaire de l’UBB depuis plusieurs années, le groupe s’apprête à changer de nom. Cette opération bordelaise est l’occasion de mettre en place une belle opération de communication. Mais on ne sait pas à ce stae ce que la Bourse de l’Immobilier serait disposée à payer pour ce naming. Selon nos informations, le club espère obtenir de ce naming une enveloppe d'au moins un million d'euros.  

En France, selon le ministère des Sports, la somme que peut recevoir un club sportif de la part des collectivités territoriales est encadrée, limitée. 

« L’article R 113-1 du code du sport prévoit que le montant maximum des subventions versées par l’ensemble des collectivités territoriales et leurs groupements ne peut excéder 2,3M€ par saison sportive ».

Ministère des Sports

Le déficit de l’UBB s’élève à 10 millions d’euros. La somme que versera La Bourse de l’Immobilier sera encaissée par la Ville de Bordeaux, propriétaire du Stade, avant de la rétribuer au club.

« C’est ce que j’ai dit à monsieur le maire », explique Laurent Marti, « on peut tout à fait faire un transfert en budget de communication ou en subvention, parce que nous sommes loin du plafond autorisé par l’Etat. L’UBB n’est pas un club largement subventionné par les collectivités comme dans d’autres villes. Mais on ne le réclame pas parce que c’est de l’argent public. Et on est conscient que cela puisse servir à autre chose. Donc si c’était reversé sous cette forme-là on n’atteindrait pas les plafonds pour autant ».

© MEHDI FEDOUACH / AFP

« C’est une fausse solution à un vrai problème » (G. Chaban-Delmas)

La famille Chaban-Delmas, par la voix du petits-fils Guillaume, fait le choix de ne pas tomber dans le sentimentalisme et met en avant des arguments économiques. « On ne peut que comprendre la volonté du président Marti de trouver des solutions financières pour le club (…) », convient Guillaume Chaban-Delmas, également conseiller municipal d’opposition (Bordeaux Ensemble). « Le naming à mon esprit ne fait pas partie des solutions. C’est une fausse solution à un vrai problème. On l’a vu dans d’autres clubs, dans d’autres disciplines. Je prends souvent l’exemple du stade Yves-du-Manoir de Montpellier qui a changé de nom tous les trois ans sans que cela apporte particulièrement de stabilité financière au club. Et c’est sans revenir sur les exemples précédents du football avec la MMA-Arena, par exemple. Le naming n’est pas une solution structurelle pour l’avenir d’un club. Ce n’est pas comme cela qu’on doit fonder une stratégie économique et financière sur la durée".

Le naming, à mon sens, doit intervenir dans un contexte favorable financièrement pour apporter un complément de revenu éventuel. Dans le cadre du stade Chaban la question ne devrait pas se poser actuellement.

Guillaume Chaban-Delmas

"Le stade évidemment me touche au cœur", conclut Guillaume Chaban-Delmas. "Quand je vais au stade, je vais à Chaban. Et je crois qu’aujourd’hui tous les supporters de l’UBB vont à Chaban. Demandez aux supporters des Girondins s’ils adorent aller au Stade Matmut-Atlantique. Je ne suis pas certain qu’ils vous répondent positivement. Après je ne veux pas m’enfermer dans un débat de querelle familiale. Il est clair qu’on n’est pas en train de défendre juste un nom pour un nom. On est aussi en train de défendre un symbole, une ville, un stade, une identité. Et quand les équipes de rugby viennent jouer à Chaban, je peux vous dire qu’ils ont plus peur de venir jouer à Chaban que dans quelconque stade qui s’appelle par le nom d’une banque ou d’un fond d’investissement quelconque ».

Plus de 12 000 personnes ont dit "oui" en ligne

« Le jour où Laurent Marti est venu me proposer ce naming, je ne sais pas si il avait idée de l’ampleur du débat passionné qu’il susciterait dans cette ville », sourit Pierre Hurmic. « Vous n’imaginez pas le nombre d’apostrophes que je reçois de la part de gens qui sont proches de l’UBB  qui me disent que « l’UBB est en difficulté économique, il faut que vous leur accordiez ce naming pour boucler leur budget ». Et puis aussi des réactions de beaucoup, beaucoup de Bordelais, qui me disent « monsieur le maire on compte sur vous pour ne pas brader le nom d’un établissement public », en disant que ces bâtiments publics doivent garder leur autonomie par rapport à la commercialisation à outrance qui est en train d’envahir trop notre société ».

Alors, les Bordelais sont-ils favorables ou non à ce changement de nom du stade Chaban ? Difficile à savoir. Mais l’UBB a lancé une pétition pour soutenir le projet. Elle a déjà récolté plus de 12 000 signatures. Et plusieurs personnalités du monde du sport se sont positionnées favorablement. C’est notamment le cas de l’ancien Girondin Christophe Dugarry.

La pétition lancée par l'UBB pour soutenir le projet de naming a récolté 12 000 signatures à ce jour.
La pétition lancée par l'UBB pour soutenir le projet de naming a récolté 12 000 signatures à ce jour. © Capture

Le club met, lui, en avant les retombées économiques dont profite les collectivités grâce à l’UBB. « L’UBB c’est le premier public d’Europe : 25 000 spectateurs de moyenne », avance Laurent Marti. « C’est 100 millions d’euros de retombées pour la Métropole. C’est une étude économique qu’on a faite auprès de la Chambre de commerce il y a quelques années. Et surtout c’est du plaisir qu’on donne à tous les gens, de toutes les catégories sociales. On est le seul club à faire des places à 5 euros toute l’année pour tous les publics. Et des milliers de jeunes qu’on fait rêver. Des actions dans le milieu social très fortes avec « Drop de béton», avec tous les jeunes des quartiers défavorisés qu’on invite. Et j’ai l’impression que les gens qui critiquent cela ne viennent jamais au stade ».

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