Démographie ou accessibilité ? Pourquoi Bordeaux fait face à une hausse de la violence sans précédent

Rixes avec arme blanche, vols brutaux, tirs d'arme à feu: depuis deux-trois ans, Bordeaux, longtemps surnommée "la belle endormie", voit monter une violence qui l'épargnait jusqu'ici avec en point d'orgue la mort par balle la semaine dernière d'un adolescent de 16 ans dans le quartier des Aubiers

Depuis la mort d'un adolescent et les violences du nouvel an, les chauffeurs de bus ne veulent plus desservir le terminus.
Depuis la mort d'un adolescent et les violences du nouvel an, les chauffeurs de bus ne veulent plus desservir le terminus. © MEHDI FEDOUACH / AFP

Une population grandissante à 2h de Paris

"La première évolution de la question de la sécurité vient d'une augmentation de la démographie. On a une ville qui était une petite ville de province tranquille et qui est devenue une métropole donc forcément on rattrape les problématiques qu'ont toutes les grandes villes de France", explique Amine Smihi, adjoint au maire chargé de la tranquillité publique, de la sécurité et de la médiation.
Bordeaux, désormais à deux heures de train de Paris, gagne 15.000 habitants par an et "prend la mesure de son statut. Et donc des problématiques
qui y sont liées, avec un dispositif de sécurité police nationale et encore plus police municipale sous dimensionné"
, ajoute l'élu.
    

La problèmatique des MNA

Parmi les problèmes qui se posent désormais à la ville, celui des "mineurs non accompagnés" (MNA) venus du Maroc ou d'Algérie et livrés à eux-même, sources de troubles publics, "des flux migratoires qui transitaient très rarement par Bordeaux et étaient plutôt installés sur Toulouse ou Nantes", selon Amine Smihi.
"Ils sont entre 80 et 150 sur Bordeaux", confirme Patrick Mairesse, le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) qui a augmenté
ses effectifs spécialisés dans leur prise en charge.

Amine Smihi note aussi que plus généralement la délinquance, les incivilités et les trafics de stupéfiants sont "sortis de leurs zones historiques, les quartiers populaires", désenclavés grâce au tramway.

Un bureau de poste aux Aubiers avait été incendié lors de la nuit du nouvel an.
Un bureau de poste aux Aubiers avait été incendié lors de la nuit du nouvel an. © MEHDI FEDOUACH / AFP


Un drame prévisible

"La seule case que nous n'avions pas cochée était celle des violences urbaines", souligne M. Mairesse, "depuis le 31 décembre, c'est fait". 
A la Saint-Sylvestre, un bureau de poste a été brûlé, des arrêts de bus et tramway détruits et les forces de l'ordre ont essuyé des tirs de mortier à la cité des Aubiers, un quartier populaire de la ville. Ici même où, deux jours plus tard, un jeune de seize ans est mort, victime d'une fusillade.

"C'est un drame qu'on craignait tous, on a vu depuis deux ans des querelles entre quartiers qui ont commencé par des rixes avec des bâtons, des battes de base-ball et qui sont montées en gamme progressivement avec depuis quelques temps des usages parfois d'arme à feu", reconnaît le DDSP.
    

Cette affaire, ça montre que Bordeaux est en train de dériver" (...) on monte crescendo. On est passé de l'arme blanche à l'arme à feu et les délinquants ont accès à un armement qui monte en puissance...

source policière

"Il faut quand même relativiser", tempère un enquêteur, "on n'est pas à des niveaux comme Marseille ou Toulouse".

La mairie entre sécurité et prévention

    À la mairie dirigée par l'écologiste Pierre Hurmic, on a donc décidé d'augmenter le nombre de policiers municipaux. "Si je veux avoir
le taux moyen de policiers municipaux par habitant de la plupart des grandes villes de même caractéristique, il faut que je double mes effectifs sur le mandat
", explique Amine Smihi. 
"On veut assumer de regarder le problème, sur la prévention de la délinquance comme sur la tranquillité publique au sens large en traitant les deux problèmes: le social et la sécurité", ajoute-il.


A la direction de la sécurité publique, "on s'est réorganisé en faisant en sorte de renforcer les brigades anti-criminalité (BAC) et les brigades d'intervention,  en créant des groupes chargés de la lutte contre les stupéfiants et en toilettant les horaires pour être plus présents sur la voie publique", complète Patrick Mairesse.

Suite à plusieurs agressions dans le quartier Saint-Michel cet été, une demi-compagnie de CRS a été déployée et un groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) associant les services de la préfecture, du procureur de la République, de la mairie, les bailleurs sociaux ou encore les associations locales a été créé. 
"C'est exactement le genre de choses qu'il faut développer parce que ça marche", selon Amine Smihi. 
  
  

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
police société sécurité violence faits divers