Adolescent tué par balles aux Aubiers : "malheureusement, on se doutait qu'un jour, on aurait ce genre de drame"

Deux jours après la mort tragique d'un adolescent de 16 ans, tué par une arme automatique aux Aubiers, le policer Bruno Vincendon souligne la "montée en puissance" de la délinquance à Bordeaux, et déplore que certains quartiers soient laissés à l'abandon par les collectivités.

© France 3 Aquitaine

Samedi 2 janvier, un enfant de 16 ans est mort, tué par balles aux Aubiers, à Bordeaux. Un drame, qui endeuille tout un quartier, et met en lumière une montée de la violence constatée par les forces de l'ordre depuis plusieurs mois.  Bruno Vincendon, policier et responsable d'alternative Police faisait partie des effectifs intervenus immédiatement sur les lieux, dans un quartier qu'il connaît bien. "Quand on voit les images, il ne semble pas que quelqu'un ait été visé en particulier. Ils ont tiré sur des jeunes du quartier, en général", estime le policier, marqué par les événements.

 

On ne peut jamais se satisfaire de la mort d'un jeune de 16 ans, quoi qu'il ait ou pourrait avoir fait. C'est un constat d'échec pour tout le monde. Moi-même, j'étais sur place, on a essayé de le réanimer… C'est très compliqué. C'est le métier, mais c'est compliqué.

Bruno Vincendon, Alternative Police CFDT 


"Montée en puissance"

Deux jours plus tôt, dans la nuit du 31 décembre, des policiers ont été la cible de tirs de mortiers dans ce même quartier "Les Aubiers, c'est un quartier difficile. Nous sommes souvent pris à partie lors de nos interventions, et ce, depuis des années, reconnaît le policier. Mais on constate depuis quelques mois, voire deux-trois ans, une montée en puissance, avec des accrochages plus violents et des règlements de comptes entre bandes". 
L'enquête sur la mort du jeune adolescent, tué au moyen d'une arme automatique, de gros calibre, a été confiée à la Direction Zonale de la Police Judiciaire Sud-Ouest. Mais déjà, les regards se tournent vers les cités voisines, dont Chantecrit, et des rivalités sont évoquées. 

"Bordeaux n'est plus la Belle endormie"

"Ca fait quelques mois que nous avons des échanges de coup de feu entre des bandes rivales sur l'ensemble de l'agglomération. On a une délinquance armée qui s'installe, et qui est plus violente. Bordeaux n'est plus la Belle endormie. Au niveau de l'insécurité, on rattrape les plus grandes villes de France", déplore Bruno Vincendon. 

Nous avions constaté entre Chantecrit, Grand Parc et les Aubiers des échanges de coups de feu qui n'avaient fait que des blessés légers pour l'instant. Malheureusement, on se doutait qu'un jour ou l'autre, on aurait ce genre de drame.

Bruno Vincendon


Pour le policier, le trafic de stupéfiants joue un rôle dans ces échanges de tirs, mais le contexte est aussi complexe. "Il y a aussi des histoires de territoires de bandes, des histoires de filles… Des histoires anecdotiques au final, qui finissent par faire un drame".

Manque d'effectifs policiers


Bruno Vincendon souligne plusieurs facteurs à prendre en compte pour expliquer l'insécurité grandissante. Il pointe avant tout un manque d'effectif policiers. " On n'a plus les moyens d'intervenir ou d'être présents H24 sur la voie publique. Il manque une centaine de fonctionnaires sur Bordeaux. 
Il y a un poste de police aux Aubiers, qui malheureusement va se retrouver dépouillé de ses effectifs. Il y aura toujours un accueil et des plaintes, mais les effectifs qui font les patrouilles ne seront plus là. Ils prendront leur service au Bouscat et interviendront plus tardivement". 


Pour le responsable syndical, au-delà des interventions sur le terrain, la réponse judiciaire n'est pas non plus adaptée. " Il faut une justice avec des peines fermes pour éviter que cela ne recommence. La culture de l'excuse, ça suffit. Il faut que les gens comprennent que s'attaquer à des services publics, des policiers, des chauffeurs de bus, ce n'est pas anodin ! On ne peut pas jeter des mortiers sur des policiers et croire que la vie, c'est comme ça. 
Dans la vie, on respecte. Les policiers doivent être respectueux, et les jeunes doivent l'être aussi pour que ça marche bien"
, poursuit le policier.

Un quartier à l'abandon ?

Depuis des années, les habitants des Aubiers, quartier le plus pauvre de Bordeaux, qui fait l'objet d'un plan de renouvellement urbain, font part de leur sentiment d'abandon. Immeubles vétustes, taux de chômage élevé…  Un constat partagé par Bruno Vincendon, qui en appelle aux collectivités. "Tout ferme, les bâtiments sont vétustes… La mairie et les services sociaux doivent prendre pleinement la mesure de la chose, nous policiers, on ne peut pas régler le problème comme ca", remarque-t-il. 
Les jeunes visés samedi soir 2 janvier se trouvaient sur la place Ginette Neveu quand les coups de feu ont éclaté. Il était alors près de 23 heures, en période de couvre-feu. S'il reconnaît que "la police ne peut pas se substituer aux familles", Bruno Vincendon se refuse à stigmatiser les parents pour autant.

Ne pas "jeter la pierre" 


"Mon rôle de policier n'est pas de leur jeter la pierre. Les familles, elles font ce qu'elles peuvent, sans doute. Souvent, on a des familles monoparentales, avec des difficultés financières ou même, des difficultés d'intégration. 


Mon rôle, c'est de constater s'il y a des infractions afin que la justice les traite. Après, dans la vie, je suis comme tout le monde, et je ne peux que constater que ce quartier est laissé à l'abandon. On a des personnes en déshérence, et il est compliqué de remettre des valeurs humaines dans tout ça"

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