Désengagement de Ford à Blanquefort (33) : l'onde de choc

Les salariés de Ford Blanquefort ( Gironde ) sous le choc après l'annonce de la direction de l'entreprise / © America Lopez
Les salariés de Ford Blanquefort ( Gironde ) sous le choc après l'annonce de la direction de l'entreprise / © America Lopez

L'histoire de Ford à Blanquefort en Gironde a débuté il y a 45 ans. Le constructeur américain a employé jusqu'à 4.000 personnes. Mais ces dernières années la production n'a cessé de se réduire. L'usine tourne au ralenti et le site est confronté au chômage partiel.

Par CB et AFP

Soutenus depuis des années par des aides publiques maintenant l'emploi, l'usine et son petit millier de salariés sont aujourd'hui menacés après l'annonce mardi par le constructeur automobile qu'il cessait d'y investir.

Voilà des années que les syndicats de Ford Aquitaine Industries (FAI) alertent les pouvoirs publics sur leurs craintes pour la survie du site girondin, accusant le groupe automobile de repousser sans cesse des décisions d'investissements pour gagner du temps.

Ils réclamaient notamment qu'on confie à Blanquefort la production d'une nouvelle boîte de transmissions, la 8F-MID, qui aurait selon eux permis d'assurer la pérennité de l'usine employant actuellement environ 910 personnes.
Mais les responsables de Ford Europe venus à Blanquefort ont douché leurs espoirs. Après étude, "il s'avère que la fabrication de la nouvelle transmission 8 vitesses à FAI n'était pas économiquement viable", a tranché Ford.

"Comme nous l'avons déjà dit, l'activité industrielle à FAI dépend de la demande du marché mais les projections actuelles de volume de production sont saines jusqu'au cours de 2019", ajoute le constructeur dans un communiqué.

Les salariés sont sous le choc

Et après 2019 ? Lorsque la boîte de transmission 6F35 produite actuellement à Blanquefort "cessera d'être en catalogue" ?, s'inquiétaient les salariés...
Les salariés sont sous le choc



Alain Juppé et Alain Rousset mobilisés

A droite comme à gauche, les élus sont restés mobilisés sur le dossier de Ford. Que ce soit Alain Juppé en tant que président de Bordeaux Métropole ou Alain Rousset, Président de Région.

Alain Rousset
Le président de la Nouvelle aquitaine réagit au désengagement de Ford à Blanquefort, près de Bordeaux.


Les deux politiciens font une déclaration commune (communiqué) dans laquelle ils indiquent notamment que :

Cette annonce aux représentants du personnel confirme les inquiétudes maintes fois exprimées par les collectivités territoriales quant au maintien de l'activité de l'usine sous la bannière Ford. Ainsi est ouverte la voie à un abandon du site par Ford à l'horizon 2020.

Les collectivités territoriales, aux côtés de l'Etat, ont tout fait pour conforter ce site
industriel depuis des années. Le Conseil régional s'est notamment engagé ces tout derniers mois à proposer aux dirigeants de Ford des solutions de diversification dans le domaine du véhicule électrique auxquelles l'usine Ford aurait pu prendre toute sa part.

Mais ils ne veulent pas que prendre acte de cet abandon :

Il est de la responsabilité de l'industriel d'offrir une alternative de retournement du site. La Métropole et la Région, avec l'Etat, veilleront ensemble à accompagner des solutions de nouvelles fabrications ou de reconversion pour ce site emblématique de l'industrie girondine et de la Nouvelle-Aquitaine.


Alain Rousset et Alain Juppé "demandent en urgence une réunion au plus haut niveau pour organiser une réponse concertée à la situation créée par cette annonce soudaine".

Ce n'est pas pour autant que Ford peut se libérer de toutes ses obligations


Le maire de Bordeaux Alain Juppé a rappelé sur France 3 Aquitaine la mobilisation des collectivités locales, de la région et de l'Etat pour la survie du site.  Il a également ironisé sur la coïncidence qui veut que la décision de Ford soit rendue au moment où la convention qui liait l'entreprise et les collectivités prend fin, rappelant que le montant total des aides s'élevait "à une quinzaine de millions d'euros".


"Ce n'est pas pour autant que Ford peut se libérer de toutes ses obligations", a-t-il souligné rappelant l'obligation de l'équipementier de trouver un entrepreneur.

Alain Juppé réagit à l'annonce du désengagement de Ford de Blanquefort



Les débuts de Ford à Blanquefort
Jacques Chaban-Delmas avait persuadé l'enseigne Ford de s'installer à Blanquefort en 1972.
Jacques Chaban-Delmas avait persuadé l'enseigne Ford de s'installer à Blanquefort en 1972.

Ford à Blanquefort depuis 45 ans.

Le constructeur américain est présent depuis 1972 à Blanquefort, où il a employé jusqu'à environ 4.000 personnes. Mais la production n'a cessé de se réduire ces dernières années, et il aura fallu un accord-cadre en 2013 avec Etat et collectivités locales pour que Ford s'engage au maintien de 1.000 emplois, en échange d'aides publiques. Cet accord quinquennal s'achève fin mai.

A Blanquefort, l'usine et ses employés font partie du décor depuis 45 ans.
 Ecoutez les explications de Pascal Cagnato.


L'usine Ford était installée à Blanquefort depuis 1972
Soutenus depuis des années par des aides publiques maintenant l'emploi, l'usine et son petit millier de salariés sont aujourd'hui menacés après l'annonce mardi par le constructeur automobile qu'il cessait d'y investir.



Des années qu'on bricole

Ca fait des années qu'on ne travaille plus vraiment, on bricole, on fait des
babioles...

déplore Norbert, entré à l'usine en 1986. "A une époque, on sortait jusqu'à 3.000 boîtes de vitesse par jour, aujourd'hui, je ne sais pas si on en sort 500, et encore elles ne sont pas fabriquées ici, on les monte".

Comme la plupart des ouvriers, d'une moyenne d'âge de 51 ans, Pascal, à Blanquefort depuis 28 ans, ressent un "immense gâchis". "Parce que les technologies récentes sont sur le site". 

L'assemblée générale organisée par les syndicats au moment de la relève  entre  équipes du matin et de l'après-midi, n'a attiré que 150-200 maximum.

Ce n'est pas de la résignation, c'est de la lassitude. Ca fait dix ans qu'on se bat pour que ça survive, ici, explique Pascal. 


Une intersyndicale doit discuter mercredi matin de types d'actions à proposer aux salariés.




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