En Aquitaine, plus de jeunes s'orientent vers la formation d'infirmier, "un métier qui a du sens"

En pleine pandémie, alors que les infirmiers, notamment anesthésistes, sont en mal de reconnaissance, leur profession n'a jamais connu un tel engouement. D'après les chiffres de 'Parcoursup', les instituts de formation ont reçu beaucoup de demandes d'inscription, particulièrement cette année.

Les élèves infirmières à l'IFSI du centre hospitalier de la Côte basque à Bayonne.
Les élèves infirmières à l'IFSI du centre hospitalier de la Côte basque à Bayonne. © IFSI Côte basque

Beaucoup disaient la profession en péril avant la pandémie, certains ont même jeté l'éponge entre deux vagues. Pourtant, les vocations sont nombreuses et les inscriptions sur Parcoursup le confirment : les formations au métier d'infirmier sont très demandées  et notamment en Aquitaine.

Régis Bernard, président du groupement des IFSI (Instituts de Formation en Soins Infirmiers) de Bordeaux, explique que cette année, ils ont reçu près de 1400 dossiers supplémentaires de demandes d'inscription sur près de 10 000 demandes. En 2020, il y avait 1071 places, avant l'augmentation actée dans le cadre du Ségur de la santé avec un mouvement "qui a été relayé par le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine".

Depuis 2019, l'accès aux IFSI (326 établissements en France) ne nécessite plus de concours d'entrée mais une inscription via "Parcoursup", la plateforme nationale d’admission en première année de l’enseignement supérieur. Un autre mode de sélection, jugé moins coûteux et plus égalitaire pour les candidats. Elle est également accessible sur concours pour les personnes en reconversion professionnelle.

En Nouvelle-Aquitaine, ils sont 28 IFSI dont 15 en Aquitaine. Bergerac devrait ouvrir en septembre prochain le deuxième institut en Dordogne, après Périgueux, pour une quarantaine d'élèves-infirmiers. 

A l'IFSI du centre hospitalier de la Côte basque, Laetitia Niant, coordinatrice des stages IFSI/IFAS explique qu'à Bayonne, on compte 100 places et qu'il y en aura 110 l'an prochain. Ici aussi, on a reçu plus de demandes. Près de 4000 pour 75 places destinées aux bacheliers.

Sur les dossiers Parcousup certains font état de cette crise passée. Ils expriment leur souhait de devenir infirmier, en lien avec la crise". D'autant plus pour les personnes en reconversion professionnelle (environ 1 étudiant sur 4 via un concours d'entrée, NDRL)

Laetitia Niant - Institut de formation en soins infirmiers Pays Basque

Se sentir utile

Dominique Barfuss, directrice adjointe, explique qu'il y a plusieurs aspects dans cette motivation des candidats. C'est un métier "qui a une forte reconnaissance sociétale" et le contexte sanitaire n'a pu que l'amplifier. De plus, "l'employabilité : c'est un secteur où il y a du travail", "on peut travailler rapidement, c'est une formation en trois ans". Enfin une formation qui peut "ouvrir des perspectives" vers d'autres études.

Cette année, on accueillait une promotion de 325 étudiants dans cet IFSI rattaché au CHU de Bordeaux. Il y en aura 30 de plus en septembre. Parmi les motivations énoncées dans les dossiers des candidats à la formation d'infirmier, elle a relevé : "ce sentiment d'utilité, cette relation à l'autre, de prendre soin de la personne, ... voilà les mots forts que l'on retient, mais aussi l'envie de travailler en équipe".

© IFSI de la Côte basque

Une année très particulière

Régis Bernard l'explique : "la formation des étudiants en soins infirmiers a été impactée, principalement pour les deuxième et troisième année".
Au moment de la première vague épidémique, ils se sont vus fermer des établissements notamment les EHPAD, crèches, écoles et n'ont pu faire leurs stages.
Ils ont été "reventilés là où on avait besoin d'eux", de l'accueil, du tri Covid, de l'entretien... "Ils ont été très sollicités et ça leur plaisait". Cela a moins été le cas pour la deuxième et presque pas, étonnamment selon lui, pour la troisième, autour de la vaccination. 

Ce contexte atypique a été valorisant. Selon lui, les étudiants "se sont sentis utiles, plus que quand ils sont en stage lambda... Là, c'était une véritable mobilisation générale et ils ont adoré ça.."
Mais il explique également que cela a dans le même temps eu "un effet délétère sur le parcours de formation". "Forcément, ils n'étaient pas dans les services où ils auraient dû être", et ils n'ont sans doute pas eu toute l'attention de "l'encadrement qui était fatigué". Un parcours "moins qualifiant "selon eux.

Mme Barfuss ajoute "on a une promotion de première année (rentrée de septembre 2020 suite au covid, NDLR) qui est très motivée dans leur formation". Elle explique qu'ils ont pourtant dû faire avec une formation évolutive (sur place, à distance, en stage, en travaux pratiques...). Des jeunes qui ont appris à s'adapter même si, ils le répètent, ils ont besoin de ces temps à l'Institut pour "créer du lien".

Comme chaque année, certains quittent la formation en chemin. On parle d'un élève sur dix chez les infirmiers qui, pour Régis Bernard, n'est pas du fait de la profession particulièrement "plutôt une mauvaise orientation". Il ajoute même qu'il n'y a "pas eu d'abandon supplémentaire dû  à la Covid..." Même s'il y a eu "du mal-être étudiant au même titre que les autres. Mais chez nous, le lien social était maintenu au travers des stages... Les étudiants voyaient du monde".

Renforcés dans leur vocation

Sacha Soubielle est en troisième année à l'IFSI Bordeaux et président du bureau des élèves. Il participe à maintenir le contact entre la direction les formateurs, les élèves en formation, à l'institut, en milieu hospitalier mais surtout cette année derrière l'ordinateur.

Le grand-père de Sacha est décédé d'un cancer à l'hôpital. Il a vu les infirmiers le soigner, l'accompagner et même le faire rire, jusqu'au bout. Il en a été touché et s'est identifié. Il a choisi de devenir infirmier parce que, justement, il y a cette dimension humaine auprès du patient.

Il termine sa troisième et dernière année et n'a pas beaucoup croisé cette dernière promotion. Les nouveaux étudiants n'ont pas, selon lui, eu la même chance de pouvoir partager leurs expériences du terrain. "Au départ, on est juste des petits bacheliers ( ...) on a juste 18-20 ans, on est confrontés à des choses très belles auxquelles on s'attend pas forcément... Mais aussi très difficiles. Oui on s'y attend, mais on y est pas forcément préparé quand on a que 18 ans...". La maladie, la mort, des pathologie aigües, des personnes déboussolées à l'annonce de leur hospitalisation d'urgences... Cela fait partie de la formation sur le terrain mais ils n'ont pas eu la possibilité d'échanger avec les autres Lui avait pu en parler "parce qu'on se retrouvait à l'école et ils (les étudiants plus âgés, NDLR) l'avaient vécu avant nous". 

Le covid ? Oui, d'une certaine façon cette crise, même pour lui qui avait déjà choisi son métier et connu les doutes, a renforcé cette envie. "Ça nous a fait réfléchir sur le métier, les conditions de travail. Les témoignages qu'on a pu voir dans les reportages, c'était bouleversant (...) j'ai vu des soignants en pleurs (...) mais on sait au moins à quoi s'attendre..."

"Après trois ans de formation, je peux le dire je crois. oui, c'est un métier de vocation. On est guidé par des valeurs : l'empathie, l'humanisme, la bienveillance, et ce sont des valeurs qui ne s'apprennent pas"

Une ferveur que partage Dominique Barfuss :"L'engagement qu'il ont montré pendant notamment le premier confinement...Vouloir aider, c'était le mot qu'on entendait 100 fois par jour quand on correspondait avec nos étudiants... C'était fort!"  Et aussi "cette aide, cette entraide",... Car, effectivement, cette année de formation a été atypique aussi pour eux. Pour certains, ils étaient en stage le 16 mars : "ils y étaient ".

Un doc sur la formation d'infirmiers

Un documentaire avait été fait dans un institut de formation par le réalisateur Nicolas Philibert. C'était il y a trois ans, en 2018, d'où le non port de masque, à l'époque...

 

Enquête auprès de plus 30 000 infirmiers

Un an déjà qu'en France comme dans le monde, la pandémie due au virus de la covid-19 est notre lot quotidien. Les métiers médicaux ont été sur sollicités malgré le malaise préexistant dans les services, le manque de moyens, d'effectifs... Malgré cet engouement des étudiants, la profession est en mal de reconnaissance.

C'est dans ce contexte, avec le recul d'une année d'expérience au plus près, que l'ordre des infirmiers a effectué une enquête (du 30 avril au 5 mai 2021) auprès de ces professionnels qui "s'interrogent sur leur avenir et souhaitent des évolutions profondes de leur métier". 

Un peu plus de 30 000 infirmiers ont répondu au questionnaire. Avec des retours assez tranchés tels que :

C'est pourquoi, l’Ordre National des Infirmiers annonce "le lancement d’une démarche de réflexion sur l’avenir de la profession à 10 ans".

Le covid-19 et après ?

Dans cette enquête, les infirmiers témoignent. A 86%, ils estiment que la crise a révélé "le rôle essentiel des infirmiers" dans le système de soins mais "souffrent d’un manque de reconnaissance et de perspectives".

MAIS :

Ils sont même 90% à estimer que la profession infirmière n’est pas reconnue à sa juste valeur au sein du système de santé .

Quitter la profession ?

 

Les infirmiers ont le sentiment que le système n’est pas prêt à répondre aux grands enjeux de demain. Ils sont en attente de changements mais restent sceptiques quant à la réalisation effective de ceux-ci.

Mais cette enquête révèle également un constat d'échec puis qu'ils estiment, pour 64% d'entre eux, que nous ne sommes pas mieux préparés collectivement pour répondre à de nouvelles vagues épidémiques. Nous n'aurions pas tiré les enseignements de cette année de Covid19. Même, 91% "ne pensent pas que notre système de santé, tel qu’il est organisé aujourd’hui, soit en capacité de répondre aux grands enjeux sanitaires de demain", dont 37% « pas du tout ».

Une évolution du métier plébiscitée par les infirmiers à commencer par leur statut. Car pour une meilleure reconnaissance, ils estiment, à 92% d’entre eux, que "la crise sanitaire a démontré qu’il faut revoir le rôle et les attributions des infirmiers". Ils souhaitent une "revalorisation de la profession, à la fois en termes de compétences (la dernière révision date de 2004), d’organisation et de reconnaissance.

L’Ordre National des Infirmiers annonce le lancement d’une démarche de réflexion sur l’avenir de la profession à 10 ans. Selon Patrick Chamboredon, président du Conseil national de l’Ordre des infirmiers (ONI): « Si le Ségur de la Santé a permis des avancées qui étaient attendues en termes de revalorisation financière, force est de constater qu’il n’a pas permis jusqu’à présent de dessiner les contours de la profession infirmière de demain en lui donnant notamment des perspectives pour l’avenir. L’avenir de la profession passe, à court et moyen termes par la révision du décret infirmier, annoncée par le ministère de la Santé il y a quelques semaines. Il doit ensuite être envisagé à plus long terme pour anticiper les grandes évolutions et s’y préparer. »

Quant à ces nouveaux étudiants ? L'ordre accueille ce nouvel engouement pour la profession "très positivement". Car la crise a révélé l'importance des soignants et qui a créé cette envie auprès des jeunes en recherche d'un projet professionnel.

 

Source : communiqué du Conseil National de l'ordre des Infirmiers

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