Gel et froid. "Depuis 2017, le sort s'acharne quand même" : les premiers dégâts chez les viticulteurs

En Gironde et dans le Lot-et-Garonne, le gel vient de toucher localement des viticulteurs. Ils espèrent limiter les dégâts dans leurs exploitations avec de nouveaux risques de températures froides dans la nuit de ce lundi 22 au mardi 23 avril.

Il a été pris par surprise. Dans la nuit du jeudi 18 au vendredi 19 avril, Patrick Crozat a subi les assauts du gel dans une partie de ses douze hectares de vigne à Lausson, au nord du Lot-et-Garonne.

J'ai 2 hectares touchés à 100 %. La température est tombée à -2,5 degrés vers 7 heures du matin.

Patrick Crozat

Viticulteur à Laussou (47)

"Cela fera une récolte très faible", avoue-t-il, en montant des feuilles grillées et en espérant que des contre-bourgeons repoussent.

C'est la cinquième année consécutive avec un épisode marqué de gel, mais le viticulteur ne s'y attendait pas la semaine dernière. "Le gel est arrivé tard par rapport à d'habitude. Avant, c'était plus aléatoire. On sort aussi de deux années de sécheresse et cela impacte bien sûr la pérennité de l'exploitation", explique le vigneron indépendant qui vend sa production dans de nombreuses épiceries.

Ballots de paille

Après cette attaque de gel, Patrick Crozat a installé de très nombreux ballots de paille, tout près des rangs de vigne, qu'il embrase depuis les deux dernières nuits pour réchauffer l'air.

"Le but, c'est d'arriver à gagner un ou deux degrés pour limiter les conséquences du gel. La fumée permet de protéger, au lever du jour, les rayonnements du soleil, ce qui provoque les brûlures", dit-il. 

Le paysan va renouveler l'embrasement la nuit prochaine quand la température va chuter encore. "En tout, je vais brûler 150 tonnes de paille et de foin personnels que j'aurais préférées vendre", indique-t-il.

Croiser les doigts

Plus au nord, en Gironde, des viticulteurs ont été touchés aussi comme Olivier Metzinger à Rions.

"J'ai eu 3 hectares endommagés sur 25, mais c'est finalement limité, assez hétérogène. Tous les bourgeons n'ont pas gelé", dit-il.

Le vigneron attend désormais la nuit suivante. "On est inquiets, mais on croise les doigts. On nous annonce de la pluie et du froid derrière, avec une humidité qui accentue le phénomène. Depuis 2017, le sort s'acharne quand même. On avait ramassé 20 % des raisins seulement. En 2021, on avait eu aussi -6,5 degrés".

Pour autant, le viticulteur n'a pas investi dans des moyens de lutte antigel, forcément coûteux. "Il faudrait des bougies par exemple, mais ce n'est pas viable pour les vins qu'on produit. C'est trop cher", dit Olivier Metzinger qui avance aussi un argument écologique.

Chauffer ce n'est pas une solution durable. On essaye de trouver une autre solution de culture pour que la vigne débourre un peu plus tard, on taille aussi plus tard.

Olivier Metzinger

Viticulteur à Rions (33)

Bâche antigel

Non loin de là, à Landiras, Loïc Pasquet a exclu tout risque de dégât. Il a fait le choix de bâcher l'intégralité de ses cinq hectares de vignes depuis dix jours. "On était vingt personnes pendant deux jours pour installer tout ça, une bâche plus un voile au-dessus", montre-t-il.

"L'air peut ainsi passer entre les mailles de la bâche et la vigne est bien protégée jusqu'à – 2 degrés. C'est le seul moyen pour sauver les récoltes", selon lui, en dépit d'une interdiction de l'appellation d'origine contrôlée. 

Un gros investissement pour le viticulteur, autour de 20 000 euros par hectare. 

"C'est équivalent à deux nuits de bougies et c'est surtout valable dix ans", selon le vigneron qui peut dormir un peu mieux que ses collègues.