Blessé grièvement par balle à la tête, un agent de sécurité du CEA se bat pour être indemnisé

En août 2018, Antoine Albrespy, agent de sécurité au Centre à l'énergie atomique au Barp, a été grièvement blessé à la tête par un collègue lors d’une séance d’entraînement. Aujourd'hui lourdement handicapé, il veut obtenir la responsabilté de son employeur devant la justice.

Antoine Albrespy, dans sa maison à Gujan-Mestras, en Gironde. L'agent de sécurité du CEA désormais hémiplégique se bat pour obtenir une indemnisation de son employeur.
Antoine Albrespy, dans sa maison à Gujan-Mestras, en Gironde. L'agent de sécurité du CEA désormais hémiplégique se bat pour obtenir une indemnisation de son employeur. © DR

Survenu le 18 août 2018, au cœur de l'été, l'accident a été largement relayé par les médias locaux et nationaux. Comment un tel drame a-t-il pu se produire sur un site militaire très sensible comme le CEA-Cesta du Barp ? Pourquoi des balles réelles ont-t-elles été utilisées lors d'un entraînement ?
A l'époque, le pronostic vital d'Antoine Albrespy, très grièvement blessé à la tête par un tir de balle, est engagé. L'homme, âgé de 31 ans au moment des faits, est entre la vie et la mort. Aujourd'hui hémiplégique et atteint de multiples troubles cognitifs, le salarié demande à son employeur de reconnaître sa responsabilité et de l'indemniser pour le préjudice physique et psychologique subi.

Hémiplégique et de multiples troubles cognitifs 

Tous les lundis matin, Antoine Albrespy est en plein séance de rééducation chez le kinésithérapeute pour "faire travailler les muscles de ses jambes". "Trois fois par semaines, j'ai des séances de kiné. On essaie de mobiliser ma jambe gauche. L'accident m'a rendu hémiplégique, j'ai le côté gauche paralysé. J'ai perdu l'usage de mon bras gauche définitivement. Je ne pourrai plus jamais marcher normalement mais peut-être avec une canne", témoigne Antoine Albrespy qui se déplace en fauteuil roulant.
Il doit suivre également deux séances d'orthophonie par semaine. "J'ai des problèmes de mémoire et de concentration, et aussi d'épilepsie depuis l'accident, je perds connaissance au moment des crises".
Le jeune homme de 33 ans qui vit seul à Gujan-Mestras sur le bassin d'Arcachon évoque son quotidien qui a totalement basculé en août 2018. "Avant l'accident j'étais en couple. Depuis, ma compagne est partie et je rembourse seul le crédit de la maison que nous avions achetée ensemble. Ma mère vient tous les jours me voir. Je ne peux payer une aide à domicile, c'est trop cher malgré les aides handicapés".

Antoine Albrespy est toujours salarié du CEA-Cesta, le Centre d’études scientifiques et techniques d’Aquitaine (Cesta) du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), au Barp. Il perçoit des indemnités journalières de la Sécurité sociale au titre de son accident du travail. En raison de son handicap, il ne pourra plus jamais travailler comme agent de sécurité. 

Le CEA-Cesta au Barp, en Gironde, est un site militaire hautement sensible qui abrite le laser Mégajoule.
Le CEA-Cesta au Barp, en Gironde, est un site militaire hautement sensible qui abrite le laser Mégajoule. © Capture écran google maps

Blessé par un tir de balles réelles lors d'un entraînement     

Antoine Albrespy ne se souvient pas de la période qui a suivi son accident. "J'ai fait trois semaines de coma et j'ai été hospitalisé un an entre le séjour à l'hôpital et le centre de rééducation avant de retourner chez moi. C'est une période très floue de ma vie".
Le samedi 18 août 2018, lors d’une séance d’entraînement, l'agent de sécurité du CEA a reçu une balle en pleine tête. Le tireur, un de ses collègues, a utilisé de vraies balles au lieu d'utiliser des balles à blanc. 

Ce serait normal que le CEA m'indemnise mais mon employeur réfute toute responsabilité dans cet accident.

Antoine Albrespy, agent de sécurité CEA

"Mon employeur rejette la responsabilité sur le tireur pour ne pas payer", commente Antoine Albrespy  qui "craint d'être licencié dans les prochains mois par le CEA pour inaptitude à son poste" et se retrouver sans rien. "Hémiplégique, seul et une maison à payer."

Son collègue, auteur du tir, a été condamné au pénal par la cour d'appel correctionnelle pour "blessures involontaires" à un an d'emprisonnement dont 10 mois avec sursis, et à cinq ans d'interdiction de port d'arme. "Il n'y a pas d'indemnisation dans ce cas de figure car on ne peut pas se retourner contre son collègue", explique Maître Frédéric Le Bonnois.

Le combat d'Antoine Albrespy suite à son accident

Une procédure pour faute inexcusable de l'employeur en cours

Pour son avocat Frédéric Le Bonnois, spécialiste des réparations de dommages corporels à Bordeaux, "c'est inadmissible".
"Le CEA a refusé notre demande de conciliation amiable que nous avons faite devant la CPAM de la Gironde en septembre 2020. En mars 2021, nous avons donc lancé une procédure en reconnaissance de la faute inexcusable de l'employeur devant le pôle social du tribunal judiciaire de Bordeaux".

Nous avons espoir d'avoir gain de cause car l'Inspection du travail a réalisé une enquête en 2019 et relevé plusieurs fautes susceptibles d'être reprochées au CEA.

Frédéric Le Bonnois, avocat d'Antoine Albrespy

Selon l'avocat d'Antoine Albrespy, le salarié qui a tiré avec des balles réelles avait déjà fait l'objet d'une procédure de mise à pied par l'employeur pour utilisation de balles réelles. "Il était dangereux et le CEA n'a pas pris au sérieux le danger qu'il représentait pour les autres salariés, et aurait dû anticiper les risques"explique Maître Le Bonnois. "Pour moi, le CEA est responsable".

Contacté par France 3, le CEA-Cesta n'a pas donné suite à notre demande d'interview en nous indiquant dans un courriel en date du jeudi 14 avril "qu'une procédure judiciaire étant en cours, le CEA ne souhaite pas à l’heure actuelle faire de communication sur le sujet".

 

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