Descente en Ligue 2 des Girondins de Bordeaux : les explications de leurs déboires sportifs et financiers

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Écrit par Hugo Lauzy

Les zones d'ombre persistent au-dessus de la tête des Girondins de Bordeaux à l'approche du passage devant la DNCG, mardi 14 juin. Un futur sportif en Ligue 2 toujours incertain autour du projet porté par le président Gérard Lopez, lui qui interroge toujours autant les acteurs et partenaires locaux sur son engagement dans le club.

Redescendus à l'étage inférieur de la Ligue 2, les Girondins de Bordeaux ont tourné la page de l'élite du football français avec l'objectif d'entamer au plus vite leur reconstruction. Le climat autour du club s'annonce tendu ces prochaines semaines dans une intersaison déjà bien mouvementée.

Plusieurs sujets chauds pour l'avenir sportif et économique du club Marine et Blanc sont sur la table. Au centre des débats, la position ambiguë du propriétaire et président Gérard Lopez avec l'étape de la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) à passer prioritairement le mardi 14 juin.

Un examen capital avant de décider des moyens accordés au sportif et d'évoluer au milieu d'un environnement local de plus en plus sceptique, vis-à-vis des réelles intentions de Gérard Lopez; 

Un déficit de 40 millions d'euros à renflouer au plus vite

En plus d'une situation sportive dégradée, les finances du club girondin sont dans le rouge foncé. La rétrogradation en Ligue 2 a accéléré le processus de redressement économique d'une institution à la dérive depuis plusieurs saisons. Le déficit actuel est en effet estimé à environ 40 millions d'euros. Un gouffre financier autour duquel Gérard Lopez va devoir naviguer pour trouver des rentrées d'argent avant un premier examen de la DNCG, mardi 14 juin.

Si rien n'est encore acté, la possibilité de voir le club être relégué administrativement en National et à titre conservatoire reste à envisager. Une séance de rattrapage avec la DNCG devrait se tenir au début du mois de juillet. 

D'ici là, la direction girondine recevra normalement un chèque de près de 8 millions d'euros - à condition de présenter des fonds propres positifs - versé par le fonds d'investissement CVC, nouvel actionnaire du football français. Sans compter sur une aide de 7 millions d'euros de la Ligue de football professionnel à la rétrogradation en Ligue 2 et les probables ventes de joueurs sur le marché des transferts. 

Retrouvez ci-dessous l'émission "Dimanche en politique" sur l'avenir des Girondins de Bordeaux, diffusée dimanche 12 juin de 11h30 à 12h sur France 3 Nouvelle-Aquitaine.

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DEP - Quel avenir pour les Girondins de Bordeaux ? ©France télévisions

Plusieurs millions d'euros pourraient toutefois manquer, ce qui implique que le président Gérard Lopez trouve de nouveaux leviers ou investisseurs financiers. La dette du club envers les deux créanciers, King Street et Fortress, s'élèverait d'après plusieurs sources proches du club à près de 50 millions d'euros.

Sur cet aspect avec lequel la DNCG est moins regardante, le FCGB pourrait compter sur le futur transfert d'Aurélien Tchouameni - formé au club - de Monaco au Real Madrid pour un montant de 100 millions d'euros. Un second souffle inespéré où l'entité bordelaise devrait pouvoir récupérer près de 10% du transfert, soit jusqu'à 10 millions d'euros.

Des partenaires devenus sceptiques autour du projet Gérard Lopez

Une situation financière dépendante de plusieurs paramètres indirects aux ressources du club et qui pèse aussi sur ses propres partenaires. Le projet de Gérard Lopez, entamé en juillet 2021 lors du rachat des Girondins, est déjà entaché d'un échec : celui de le pérenniser dans l'élite et le faire redevenir européen dans les quatre à cinq ans à venir.

Un premier revers de taille qui pose question sur la viabilité du multi-propriétaire de clubs sportifs en Europe, dont un se retrouve en faillite (ndlr : le Royal Excel Mouscron en 1re division belge) et un autre interdit de recrutement (ndlr : Boavista FC en première division portugaise), faute de garanties financières suffisantes.

Plus récemment, le média luxembourgeois Lëtzebuerger Land a révélé, jeudi 2 juin, que Gérard Lopez a été inculpé pour faux et usage de faux au Luxembourg. Rattrapé par la justice pour une affaire qui remonte à 2015 et où le président des Girondins est accusé d'avoir participé à une affaire de blanchiment d'argent. Deux millions d'euros auraient par conséquent transité entre son ancienne écurie de F1 Lotus et le club de foot de Fola, pour ensuite se diriger vers une société d'un de ses associés à Hong Kong. Des accusations qu'il nie toutefois formellement pour le moment.

Une méfiance qui gagne aussi les rangs de l'écosystème local des Girondins de Bordeaux et certains partenaires parmi les près de 1 400 que compte le club. Pour Benjamin Hessel, président du Château des Anneraux, partenaire depuis 2014 et à l'origine d'une lettre ouverte à Gérard Lopez avec 58 autres co-signataires à la mi-mai, le constat est clair.

"Je suis très inquiet par rapport à l’homme Gérard Lopez et toutes les affaires qu’il traîne depuis longtemps dans le sport. [...]  On a accepté par défaut quelqu’un au moment du rachat et je pense que cela a été une erreur, regrette-t-il. Les décideurs, comme la mairie et la métropole entre autres, n’ont pas voulu voir la vérité en face sur ce personnage. On s’est caché cette réalité par facilité." 

Malgré une méthode Gérard Lopez jugée trop verticale et loin de faire l'unanimité, Benjamin Hessel admet qu'il continuera à soutenir les Girondins en Ligue 2 pour le patrimoine local et historique que représente le maillot au scapulaire.

"Nous sommes partie prenante du club et je pense que Gérard Lopez doit aussi nous rendre des comptes, car on participe à la vie économique du club et à son bien-être financier, reconnaît-t-il. Je ne suis pas partenaire de Gérard Lopez, mais partenaire de l’institution des Girondins de Bordeaux. Cela me parait important de rester au moment où le club a besoin de nous plus que jamais."

L'incertitude grandissante autour de la gestion future du stade Matmut-Atlantique 

Depuis plusieurs années, l'attractivité du public fait elle aussi défaut aux Girondins de Bordeaux à l'intérieur d'un Matmut-Atlantique qu'ils peinent à remplir. Avec 22 141 spectateurs de moyenne sur une capacité de 41 458 places, l'enceinte des Marine et Blanc atteint à peine la moitié de son taux de remplissage avec 53,8 %.

Une désaffection progressive des tribunes - et donc des recettes de billetterie - qui date de plusieurs saisons déjà, notamment avec la transition du stade Chaban-Delmas au stade Matmut-Atlantique dans le quartier de Bordeaux-Lac depuis mai 2015, souhaitée par l'ancienne municipalité d'Alain Juppé (UMP).  

Une nouvelle infrastructure dernier cri pour lequel le club girondin a dépensé plus de 20 millions d'euros dans sa construction. Mais dans lequel il ne participe pas directement au financement de l'exploitation du stade, assuré par la société Stade Bordeaux-Atlantique (SBA) jusqu'en 2045.

  • Saison 2021-2022 au Matmut-Atlantique : 
  • 8e affluence de Ligue 1 avec 22 141 spectateurs de moyenne pour 41 458 places
  • 15e taux de remplissage de Ligue 1 avec 53,4%

De son côté, Bordeaux Métropole demeure propriétaire du stade et verse une redevance de près de 11 millions d'euros à la société SBA. En échange, les Girondins de Bordeaux doivent environ 5 millions d'euros par an de loyer à la Métropole pour l'entretien et la mise à disposition du stade.

En cas de (re)chute possible du FCGB sur le plan économique, la société Jogo Bonito Group, dont Gérard Lopez est propriétaire, est censée se porter garante des redevances du club girondin d'après Sud-Ouest. Une situation qui pourrait finalement retomber sur le contribuable en cas d'échec total de Gérard Lopez.

Le risque d'un fardeau financier pour les collectivités locales et la peur d'un "éléphant blanc" - avec un stade plus grand et plus coûteux que ce que nécessite le club - se fait toutefois de plus en plus important si une remontée en Ligue 1 s'annonçait plus lente que prévu. Dans cette optique, le club a même précisé aux abonnés que la jauge devrait être réduite à 22 000 spectateurs pour la saison 2021-2022.

Un effectif à recomposer presque en intégralité

Des conséquences économiques qui ont forcément des répercussions sur le plan sportif. Même si les Girondins savent qu'ils repartiront avec l'entraîneur David Guion à sa tête, les contours de l'effectif restent là aussi plus que flous.

Une vague de départs est d'ores et déjà entamée avec la fin de contrat du gardien Benoît Costil ou celle du Brésilien Marcelo, les retours de prêt de Josuha Guilavogui à Wolfsburg, de l'attaquant néerlandais du Hertha Berlin Javairô Dilrosun, du latéral gauche ghanéen de Salzbourg Gideon Mensah et du défenseur du PSG Timothée Pembélé. 

D'autres sont déjà actés comme celui de Yacine Adli vers l'Italie et l'AC Milan, acheté l'été dernier à Bordeaux pour près de 9 millions d'euros. Un dégraissage de la masse salariale (ndlr: 31 millions d'euros en 2021-2022) qui pourrait continuer avec l'ouverture du mercato, ce vendredi 10 juin, et des envies d'ailleurs pour l'attaquant sud-coréen Hwang Ui-Jo ou encore Junior Onana, deux des principales valeurs marchandes du club actuellement.

Plusieurs joueurs feront l'objet de négociations pour rester à condition d'obtenir des garanties sur le futur projet, comme le jeune attaquant de 19 ans, Sekou Mara, déjà très courtisé en France comme à l'étranger, ou d'accepter une baisse significative de leurs salaires (Jimmy Briand, Rémi Oudin, M'Baye Niang, Edson Mexer...).

Du côté des arrivées, l'enveloppe des dépenses dépendra des ventes réalisées. Le transfert définitif de l'ailier hondurien, Alberth Elis, officialisé pour 6 millions d'euros après la levée d'option d'achat au Boavista FC, devrait même servir de revente immédiate vers un autre club, possiblement anglais d'après L'Equipe, afin de garder financièrement les reins plus stables. L'effectif bordelais devrait conserver quelques membres du groupe pro actuel et s'appuyer avant tout sur son centre de formation. 

Les dates de reprise progressive de l'entraînement sont pour le moment prévues au jeudi 23 et vendredi 24 juin et un retour au championnat de Ligue 2, cinq semaines plus tard à partir du 30 juillet. Le mystère sur l'avenir des Girondins de Bordeaux reste donc bien entier et à plusieurs titres, dans ce qui ressemble à une véritable saga de l'été sur les bords de la Garonne.