"J'ai surpris l'un des voleurs chez nous, en pleine nuit." Les victimes de cambriolage de plus en plus nombreuses

En France, le nombre de cambriolages de logements a augmenté de 3 % en 2023. Cette évolution se reflète en Gironde qui se classe à la quatrième place des départements enregistrant le plus d'infractions.

En février, Carmen Cadran lance "une bouteille à la mer" sur les réseaux sociaux. "Si quelqu'un trouve des sacs à main ainsi qu'un sac à dos, pouvez-vous me contacter ?"  La Bordelaise vient de subir son deuxième cambriolage en l'espace de six mois, chaque fois dans les mêmes conditions : la nuit, alors qu'elle et sa fille de 26 ans sont dans leurs chambres respectives.

"Le matin, en me levant, j'ai senti du frais et j'ai aperçu la porte entrouverte. C'est comme ça que j'ai constaté qu'il y avait eu un problème", se souvient-elle. Aucun signe d'effraction. "J'ai dû oublier de fermer la porte à clé la veille", présume-t-elle.

Ça faisait treize ans que j'habitais ici, j'étais dans tous mes états, je tremblais, je tournais en rond sans savoir trop quoi faire. Je n'avais plus rien.

Carmen Cadran

Victime de cambriolage

Carmen habite dans le cœur de Bordeaux, proche du quartier de la médiathèque, et surtout à quelques mètres de l'hôtel de police. "Je me pensais en sécurité, on pense que ça n'arrive qu'aux autres." Les témoignages de victimes abondent sur les pages Facebook de Gironde."En neuf ans, c'est la première fois que ça nous arrive", "j'ai surpris l'un des voleurs chez nous en pleine nuit." 

Les villes plus touchées que les campagnes

Des mésaventures telles que celle qu'a subies Carmen ne sont pas rares à Bordeaux. Les cambriolages sont en augmentation de 3 %, en France, et la Nouvelle-Aquitaine n'est pas épargnée. La Gironde se hisse à la malheureuse quatrième place des territoires enregistrant le plus d'infractions, derrière l'Île-de-France, les Bouches-du-Rhône et le Rhône. En 2023, dans le département, 7 968 cambriolages ont été notés (+ 273), soit une hausse de 3,5 %. 

Les grandes villes sont particulièrement concernées. En effet, selon le ministère de l'Intérieur, une commune située dans une zone urbaine dense est susceptible d’enregistrer, en moyenne par an, 1,4 cambriolage de plus pour 1 000 logements, qu’une autre commune située en territoire rural périurbain. Ainsi, en 2022, l'agglomération de Bordeaux concentre le plus gros taux d'infractions de Gironde.

Des cambriolages plus fréquents en ville donc, mais une capacité de réaction plus rapide pour les services de police, selon la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) de Gironde. "L'avantage en ville, c'est que l'alerte nous est donnée plus rapidement par des voisins, et malgré tout, il y a une surveillance en permanence et des délais d'intervention plus rapides au niveau de la police."

Repérage sur Google Maps

Pour autant, les campagnes restent, elles aussi, dans le viseur des malfaiteurs, notamment en l'absence des propriétaires. "Avec les maisons plus isolées, les personnes malintentionnées font quelques passages, voient les stores fermés et comprennent vite qu'il n'y a personne", détaille la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP). Les phases de repérage et les cambriolages sont plus fréquents que les infractions d'opportunité.  

César Lizurey, officier adjoint de commandement à la gendarmerie de Gironde, abonde dans ce sens. Il note une véritable "phase de reconnaissance", favorisée par des outils sur internet qui facilitent le repérage et l'identification des logements.

Avec Google Maps, ça devient hyper simple de se renseigner sur les habitations, en observant les signes extérieurs de richesse ou en trouvant les issues de sortie.

César Lizurey

Officier adjoint de commandement à la gendarmerie de Gironde

De petits butins faciles à revendre

Hormis les appareils électroniques, les bijoux sont les premiers butins recherchés lors des cambriolages. "La première chose qu'ils font, c'est qu'ils partent dans la salle de bain ou la chambre à coucher des parents pour voler colliers ou montres", indique César Lizurey. Un scénario qui résonne avec l'expérience de Carmen, cambriolée au début du mois. Si son ordinateur, ses sacs et la console de sa fille ont été dérobés, elle constate quelques jours plus tard que ses bijoux, pourtant cachés dans sa salle de bain, ont, eux aussi, disparu. "Ma montre, des bracelets et ma chaîne en or", énumère-t-elle.

Avec des bijoux, ils sont plus discrets s'ils croisent une patrouille de police à la sortie, puis c'est facile à revendre en France ou à l'étranger.

César Lizurey,

Officier adjoint de commandement à la gendarmerie de Gironde

Prévenir en cas d'absence

Pour mieux prévenir les incidents, policiers et gendarmes recommandent l'installation d'alarmes dissuasives ou la mise en places d'éclairages automatiques lors de passages en bas des habitations. Depuis son deuxième cambriolage, Carmen "sursaute au moindre bruit", peine davantage à s'endormir. Dans sa rue, une maison, quelques mètres plus loin, a aussi été ciblée. La Bordelaise songe à installer un système de sécurité, voire à déménager, même si l'absence d'effraction atténue son sentiment de malaise lorsqu'elle est chez elle.

"Nous, on préconise d'être le plus prudent possible, de fermer sa porte à clé, ne pas laisser sa véranda entrouverte, et cacher le plus possible des bijoux de manière très subtile", indique la DDSP. Surtout, "prévenir en cas d'absence" directement les services de gendarmerie ou de police. "Lorsqu'on est prévenu, on déploie des patrouilles ciblées qui s'arrêtent vérifier s'il n'y a pas d'effraction", rappelle la gendarmerie.