Moins de viande et des produits locaux : Bordeaux dévoile sa nouvelle politique alimentaire

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Écrit par C.O avec Olivier Prax et Dominique Mazères

Nommée « résilience alimentaire », le projet du maire Pierre Hurmic est multiple. Il s’agit de développer une production agricole locale et faciliter l’accès à ses produits locaux pour tous les Bordelais. L’objectif est aussi de changer ses habitudes alimentaires et lutter contre le gaspillage.

C’est un programme ambitieux sur lequel la municipalité était attendue. Le maire écologiste de Bordeaux Pierre Hurmic a détaillé ce lundi 2 mai sa nouvelle politique alimentaire. Pour la résumer, il est question pour les Bordelais de manger moins de viande et de consommer plus de fruits et légumes produits localement sans gaspiller.

Des objectifs ont été clairement fixés pour atteindre ces nouveaux comportements alimentaires en lien étroit avec l’économie locale. « Depuis maintenant 22 mois, nous avons amorcé la transition écologique et climatique de ce territoire », rappelle le maire de Bordeaux énonçant les politiques mises en place en termes de déplacement et d’urbanisme. « Nous le faisons dans un certain nombre de secteurs », poursuit Pierre Hurmic, « il aurait donc été anormal que nous passions à côté d’un secteur qui représente à lui seul un tiers de notre empreinte carbone. Et ce secteur c’est l’alimentation ».

L’objectif de la nouvelle municipalité écologiste est de « bien nourrir la ville tout en atteignant la neutralité carbone en 2050 ».  

Développer une production agricole locale

La municipalité part d’un constat simple. Bordeaux dispose de 61 hectares de surface productive utile et de 6 sites privés d’agriculture urbaine. Mais pour nourrir les Bordelais ne serait-ce qu’en fruits et légumes, il faudrait atteindre 829 hectares de surface agricole. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui la majeure partie des produits agricoles consommés à Bordeaux sont importés.

Ces derniers mois, des projets ont vu le jour, grâce notamment à des subventions de la ville. Au Haillan, un maraicher bio s’est installé sur près de 5 hectares. A Belcier, les habitants ont créé une association pour faire naître un jardin potager partagé. A Bacalan, la « Ferme du Lapin Bleu », produit des endives depuis octobre dernier. A sa tête, Isabelle David est pleine d’espoir. « On est dans la cité-jardin Claveau qui est née dans les années 1950 », explique-t-elle. « Donc, c’est un concept de morceau de ville où il y a beaucoup d’espaces verts autour de petites maisons et on n’a jamais su comment l’exploiter jusqu’à maintenant".

Et moi je sens, comme d’autres personnes, qu’il y a vraiment ici un potentiel d’enfer et un modèle de quartier vivrier où on pourrait avoir des fruits et des légumes en abondance.

Isabelle David - ferme du lapin bleu à Bacalan

Source : France 3 Aquitaine

La jeune femme a donc lancé avec les locaux une production d’endives participative. Sans formation, ils s’y sont mis à plusieurs pour se lancer dans cette aventure qui avait du sens à leurs yeux. Remettre des cultures au plus près des habitants tout en tissant des liens, c’est ce qui les guide.

Des initiatives positives, mais encore trop anecdotiques. Pour bénéficier d’une véritable production agricole locale, la Ville entend donc développer des micro-fermes, des jardins familiaux, et une véritable ceinture maraîchère autour de Bordeaux.  

Faciliter l’accès à ces produits locaux

Cette production locale de fruits et légumes serait injectée en circuit court grâce à une livraison des épiceries et conserveries locales pour que ces fruits et légumes atterrissent dans l’assiette des Bordelais.

Car pour l’instant, selon des chiffres fournis par la mairie, 87% des Bordelais feraient leurs courses dans les grandes surfaces. La mairie s’est fixée comme objectif de mettre en place un jardin partagé par quartier. Certains ont déjà vu le jour comme  à la Bastide ou au Gand parc.

Reste à voir, si les habitants suivent le mouvement et ce que finit par leur couter leurs fruits et légumes ainsi produits. Selon la mairie, 17% des Bordelais vivraient sous le seuil de pauvreté mais seulement moins de 2% touchent une aide alimentaire. C’est donc sur la question des tarifs et des coûts de revient que tout va se jouer.  

Manger autrement

Consommer moins de viande et plus de fruits et légumes, c’est le maître mot de cette nouvelle politique municipale. Elle pose comme ratio 25% de viande pour 75% de fruits et légumes locaux et de saison mangés pour un repas équilibré.

À Bordeaux, les marges de progrès seraient donc conséquentes si on se fie à un chiffre fourni par la mairie. Selon elle, les Bordelais consommeraient 1,4 portion de viande par jour (150g).  

L’objectif de la Ville est d’accompagner dès maintenant les Bordelais vers cette évolution de leur consommation, en alliant plaisir et gourmandise, grâce à la créativité et le renouvellement de la gastronomie populaire française.

Mairie de Bordeaux

La municipalité a décidé de donner l’exemple dans le domaine de la restauration collective notamment celle en lien avec l’enfance. Dans les cantines, un repas végétarien par semaine a déjà été mis en place. Depuis cette année, 80% de l’alimentation est bio dans les crèches. Divers objectifs ont été fixés dans les restaurants scolaires, notamment l’obtention en 2026 du label Ecocert 3 avec 60% de bio et 80% de plats préparés à partir de denrées brutes.  

Les astuces d’un chef pour « optimiser son produit »

Il œuvre tous les jours au Château du Prince Noir, près de Bordeaux. Le chef Vivien Durand est d’une génération où la viande était sacralisée. Aujourd’hui, en diminuer la consommation, cela lui parle. « Et au-delà du 75/25 », dit-il, « c’est de se dire comment tu peux faire pour réutiliser le maximum de matière ». Une philosophie qui permet de manger équilibré, de moins dépenser d’argent et de ne pas gaspiller. Parfait.

Travailler avec des producteurs locaux et des aliments bio ou en biodynamie, cela a un coût (...), il faut donc optimiser son produit.

Vivien Durand

Source : France 3 Aquitaine

Récupérer les épluchures, garder les cosses des fèves pour faire une purée, utiliser les os du poulet pour un bouillon de volaille, bref, rien ne se perd rien ne se créé tout se transforme. « Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est réfléchir différemment et cuisiner en conscience », conclut le chef.

Pour cela, il faut "redonner le temps au gens de cuisiner", dit-il, "avec moins de téléphone, moins de séries et un peu plus de cuisine en famille, ça peut être super aussi". Le message est passé.