Occitan : la survie de la langue est-elle menacée par la réforme du baccalauréat ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par Alice Robinet (avec Marie Neuville et Ludovic Cagnato)
Dans cette classe du lycée Jean Moulin à Langon, les élèves apprennent l'occitan. Mais en un an, avec la réforme du bac, les effectifs ont diminué de moitié.
Dans cette classe du lycée Jean Moulin à Langon, les élèves apprennent l'occitan. Mais en un an, avec la réforme du bac, les effectifs ont diminué de moitié. © France 3 Aquitaine

Dans le cadre d'une semaine consacrée aux langues régionales, France 3 se penche sur la situation de l'occitan. Depuis 2018, l'apprentissage de cette langue est en fort déclin au lycée, notamment en Aquitaine. Une conséquence de la réforme du baccalauréat.

Depuis la mise en place de la réforme du baccalauréat de 2018, l'option occitan ne rapporte pratiquement plus de points aux lycéens qui apprennent la langue régionale. 

Conséquence : des effectifs qui s'effondrent, comme le déplore l'OPLO, l'office public de la langue occitane. 

Beaucoup moins d'occitanistes au lycée 

En effet, alors que le nombre d'élèves reste stable jusqu'en troisième, le nombre de lycéens occitanistes est en baisse de 32% depuis 2018, et même de 40% si l'on remonte à 2016. 

"Aujourd'hui, il y a 7.000 élèves de primaire et de collège qui apprennent l'occitan en Nouvelle-Aquitaine, contre 200 seulement au lycée" déplore Charline Claveau, présidente de l'OPLO, et vice-présidente en charge de la Culture, du Patrimoine et des Langues régionales au sein de la région Nouvelle-Aquitaine.
Elle souligne qu'"il y avait déjà un décrochage entre collège et lycée, mais que la réforme a beaucoup accéléré ce phénomène". 

Carte : les établissements scolaires, de primaire, secondaire et supérieur qui proposent un enseignement en occitan en Nouvelle-Aquitaine et Occitanie 

(Source OPLO, données juin 2021) 

C'est par exemple le cas au lycée Jean Moulin à Langon, où le nombre d'élèves en option occitan a diminué de moitié.

Dans ce département, quatre lycées proposaient encore cet enseignement il y a quelques années, et ils ne sont plus que deux pour cette rentrée 2021 (La Réole et Langon) 

Regardez le reportage de Marie Neuville et Ludovic Cagnato à la rencontre des occitanistes du lycée Jean Moulin de Langon  

Regardez le reportage d'Elsa Assalit et d'Anne-Laure Meyrignac à la rencontre de 1200 élèves qui apprennent l'occitan en Dordogne

Une période cruciale pour l'apprentissage de l'occitan 

Pourtant, le lycée constitue une charnière pour l'apprentissage de la langue. C'est ici que se forment les locuteurs de demain, qui participeront à leur tour à la transmission de l'occitan, comme le souligne Charline Claveau.

"Ce sont les lycéens qui apprennent l'occitan qui pourront ensuite devenir enseignants de cette langue", ajoute-t-elle. Sans continuité dans l'apprentissage, la survie de la langue est directement menacée.

En plus, "la transmission à l'école redonne de la vigueur à la transmission familiale" affirme Charline Claveau. En effet, quand les enfants apprennent la langue régionale, cela incite les grands-parents, souvent derniers locteurs de la famille, à 'y réutiliser l'occitan, ce qui constitue donc un cercle vertueux pour la survie de la langue. 

La seule façon d'enrayer l'extinction de l'occitan, c'est de passer par la transmission à l'école.

Charline Claveau, présidente de l'OPLO

L'occitan menacé d'extinction 

En Aquitaine, le nombre de personnes qui comprennent la langue occitane ("parfaitement" ou "facilement") a baissé de 4% entre 2010 et 2020, selon l'enquête sociolinguistique occitane publiée par l'OPLO en 2020. 

Et le nombre de locuteurs (qui parlent "sans difficulté" ou "suffisamment pour tenir une conversation simple") a également chuté de 3 points, passant de 9% à 6% de la population. 

Au total, en Aquitaine et Midi-Pyrénées confondus, 7% de la population est locutrice en occitan. 

"Selon l'UNESCO, pour qu'une langue régionale ne soit plus considérée comme en danger d'extinction, elle doit être parlée par 30% de la population, nous en sommes déjà loin" explique Charline Claveau

Pour lutter contre cette désaffection massive des élèves, l'OPLO a lancé un plan d'action en direction des collégiens et des lycéens, avec un budget de 200.000 euros. 

Ce plan comporte une "série d'actions concrètes", comme des "journées de liaison" entre les collégiens et lycéens qui apprennent l'occitan, mais aussi la création de matériel pédagogique dédié, dont un escape-game. 

Une option à nouveau valorisée dès 2022 ?

Dans un entretien accordé à nos confrères de Ouest-France, le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer a annoncé en mai dernier que les options des langues régionales allaient être revalorisées. 

Nous allons donc relancer l’option langues régionales au lycée, en attribuant des points supplémentaires au baccalauréat aux élèves qui obtiennent une note au-dessus de la moyenne, comme pour le latin et le grec.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education

Ouest-France

Au sein de l'OPLO, une clarification des propos du ministre est attendue avec impatience. Sera-t-elle annoncée assez tôt pour que les lycéens actuellement en classe de terminale en profitent ?  

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