Octobre rose : des ateliers pour "reconnecter les neurones" après les traitements contre le cancer

Perte de mémoire, difficultés de concentration… La chimiothérapie laisse des souvent des séquelles sur le cerveau.  Une association bordelaise organise des ateliers de remédiation cognitive afin de "reconnecter les neurones" des patientes atteintes d'un cancer du sein.
 

Elodie (à gauche) échange avec la neuropsychologue Véronique Gérat-Muller
Elodie (à gauche) échange avec la neuropsychologue Véronique Gérat-Muller © France 3 Aquitaine

Ils sauvent des vies, mais laissent aussi des traces sur le cerveau. La chimiothérapie ou l'hormonothérapie, des traitements utilisés dans la lutte contre le cancer peuvent être responsables du chemobrain, des perturbations cognitives.
"Il va y avoir une toxicité directe et indirecte sur le cerveau qui va atteindre la plasticité cérébrale, c'est-à-dire la capacité du cerveau à créer des connexions pour fonctionner correctement, explique Véronique Gérat-Muller, neuropsychologue à l'institut Bergonié de Bordeaux, le centre régional de lutte contre le cancer. Cela va aussi attaquer au niveau électrique la transmission de l'information." Ces troubles sont transitoires, précise la neuropsychologue, mais peuvent néanmoins durer plusieurs années.
 

Des troubles tabous

C'est lorsqu'elle a commencé à travailler sur le sujet que Véronique Gérat-Muller a réalisé le tabou qui entourait la question. "J'ai découvert le sentiment de honte avec lequel les patients vivaient ces troubles cognitifs, et le fait qu'ils n'en parlaient pas. Quand ils osaient dépasser ce sentiment et se confier à leurs médecins, ces derniers étaient souvent désemparés et expliquaient ces troubles par de l'anxiété ou de la dépression. C'était vraiment vécu très difficilement par les patients".
 

"Je me rendais bien compte que j'oubliais des choses"

Ces troubles, Elodie, 49 ans, suivie pour un cancer du sein depuis un an, les a ressentis : trous de mémoires, problèmes de concentration ou encore des difficultés à trouver ses mots. "Au moment où je me suis inscrite, j'avais de très gros oublis. Des gros blancs. Je me suis retrouvée dans ma salle de bain sans savoir ce que je voulais y faire. Ou face à mon frigo sans savoir pourquoi je l'avais ouvert. Et ce plusieurs fois d'affilée. Je me rendais bien compte que j'oubliais des choses qui me semblaient essentielles. C'était évident qu'il y avait des vides", rapporte-t-elle.
 

Il m'arrive encore maintennt de décrire un objet dont je parle, sans donner son nom car cela ne me revient pas. Je me sens beaucoup plus lente et plus ralentie.

Elodie, patiente de l'Institut Bergonié



Elodie est enseignante et redoute encore le retour au travail, qui nécessite "de mener plein de choses en même temps". Pour regagner sa vivacité d'esprit, elle participe aux ateliers de Véronique Gérat Muller, à l'origine de l'association Oncogite. "J'y trouve une émulation, avec des exercices variés. Cela nous permet de travailler l'attention, la mémoire..., souligne-t-elle.  Cela m'oblige à faire appel à des ressources que spontanément je n'arriverais pas à solliciter. C'est aussi très confortable de ne pas être seul, de se retrouver avec des gens qui vivent le même parcours". 

 "On retravaille et on réinvestit la sphère auditive afin de permettre aux patients de se concentrer sur un bain de mots. Il peut y avoir des exercices de mémorisation de listes de mots, ou de mémoire de travail", précise la neuro psychologue.

Ateliers en ligne

Si ces troubles sont transitoires, ils sont pris très au sérieux par les médecins de l'Institut Bergonié. "C'est compliqué la guérison, estime Marc Debled, oncologue de l'institut Bergonié. C'est d'une part, faire que la maladie ne revienne pas, mais c'est aussi autre chose. C'est retrouver les équilibres au sein de la famille, du boulot. Ces ateliers permettent vraiment de progressivement reprendre pied dans la vie quotidienne".

"On voit une amélioration très nette de tous les troubles cognitifs. Ces ateliers permettent aux patients de garder pied et de repartir dans la vie active beaucoup plus rapidement. Ça fait partie totalement intégrante du traitement",
poursuit le médecin

Les ateliers, lancés en 2019 sont aujourd'hui tous complets. Mais des ateliers en ligne sont accessibles pour des patients de toute la France sur la plateforme Oncogite.

Le reportage de France 3 Aquitaine ►

 
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