Ohayon : après les chaînes de magasin, des écoles post-bac ferment, des étudiants sur le carreau témoignent

Après Camaïeu, Go Sport, Gap et les Galeries Lafayette, c’est au tour des écoles privées Campus Academy de connaître de sérieuses difficultés financières, aux conséquences lourdes pour les étudiants. Ces établissements post-bac hors contrat ont été lancés en 2019 par Michel Ohayon, homme d’affaire d’origine bordelaise, dont nombres d’activités dans le commerce et l’hôtellerie sont aujourd’hui en redressement judiciaire.

Lundi matin, Romain Fratani, étudiant en 2ᵉ année en bachelor informatique, aurait dû être assis en salle de cours, dans son école à Aix-en-Provence. Au lieu de cela, à 20 ans, le voilà de retour chez ses parents dans le Var, amer : "Je trouve ça déplorable, j’ai pas de mots. Je suis déçu. J’étais tombé amoureux de cette école lors des portes ouvertes… J’avais même encore confiance lorsque la mauvaise nouvelle est arrivée…"

Le 14 février dernier, les 150 élèves de la Campus Academy d’Aix-en-Provence apprennent que leur école n’assurerait plus de cours en présentiel à compter du lundi qui suivrait. La direction promet néanmoins de chercher des solutions : reclassement dans d’autre école ; cours à distance ; remboursement partiel des frais de scolarité, 8 000 euros l’année dans le cas de Romain. "On nous promet des choses. Sauf que depuis le début de l’année, on n'a rien eu, on n'a jamais rien reçu. "

On est plusieurs à vouloir lancer une procédure, notamment avec des étudiants d’autres campus.

Romain Fratani - étudiant de la Campus Academy

France 3 Aquitaine

Dégoûté, Romain attend la réponse d’une autre école où il espère finir l’année.

Difficultés financières

Le cas d’Aix-en-Provence n’est en effet pas un cas isolé. Fondé en 2019 en marge des activités financières du milliardaire bordelais Michel Ohayon, le réseau Campus Academy est composé de six écoles sur le papier : Aix, Lyon, Toulouse, Nantes, Angers et Rennes. Des écoles privées hors contrat proposant des formations variées allant de la mode aux E-Sports (jeux vidéo compétitifs), avec des opportunités de cursus d’apprentissage en alternance. Cinq cents élèves y seraient inscrits au total.

Les établissements de Nantes, et aujourd’hui Aix-en-Provence ont donc été contraints de fermer leurs portes. Selon un communiqué, à Aix, "des travaux engagés pour rénover le bâtiment principal auraient pesé sur les finances au moment où les restrictions liées au Covid-19 ont engendré une "moindre commercialisation" des formations proposées aux étudiants - BTS, bachelors et mastères spécialisés dans le numérique et le tourisme notamment." Le communiqué ajoute que le campus de Rennes est également en "difficulté".

Un campus fantôme

À Rennes justement, le campus est désespérément vide. Les étudiants ont déserté les salles de classe depuis plusieurs mois. L’un d’entre eux témoigne sous couvert d’anonymat : il a déboursé 5000 euros, dans une formation qu’il considère aujourd’hui comme une arnaque." Au début tout allait bien, puis ça a commencé avec des jours de cours en moins : deux au lieu de cinq certaines semaines. Puis des intervenants avec qui on avait cours en début d’année refusaient de terminer l’année. On n’avait aucune justification par rapport à ça…"

Ces messages de prestataires mécontents, postés sur les réseaux sociaux, pourraient expliquer une partie du malaise : des retards de paiement auraient découragé de nombreux intervenants de continuer à fournir leur enseignement aux élèves.

"Puis on s’est aussi rendus compte, trop tard, que nos diplômes n’étaient pas reconnus par l’État, alors qu’on nous les avait vendus comme tel. En plein milieu d’année, dès le mois de février (2022), on a compris qu’on ne reviendrait pas l’année prochaine. Les étudiants ont tous arrêté de venir en cours. On a appris plus tard que la formation avait fermé."

Un témoignage corroboré par celui de Cyril Guerrazzi, père d’une étudiante en 3ᵉ année à Aix-en-Provence. "On nous a promis des formations de rêve, des diplômes reconnus, du matériel de pointe. Il fallait voir les journées portes ouvertes ! Mais assez vite, ma fille se plaignait d’intervenants qui n’avaient pas l’air à leur place ou de cours annulés au dernier moment. Et nous recevions chaque fin d’année une forte pression de la part de l’administration, pour rapidement payer les frais de l’année suivante".

La formation "Spot 3D" de sa fille s’est arrêtée dès le mois d’octobre et Cyril a dû en passer par une procédure pour récupérer les frais de scolarité de l’année 2022/2023, 7000 euros environ. Parents d’élèves et étudiants se disent floués, et ne comptent pas en rester là.

Un nouveau revers pour l’empire Ohayon

L’homme d’affaires bordelais, 104ᵉ fortune française selon le dernier classement du magazine Challenges, s’est récemment désengagé du capital de la Campus Academy, mais ces établissements d’enseignement supérieur portent toujours son empreinte : c’est son fils Gabriel-Alexandre Ohayon qui dirige la société.

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La chute du groupe de l'homme d'affaires bordelais, Michel Ohayon, fait de nouvelles victimes. Après Camaïeu, GoSport et les Galeries Lafayette, ce sont des écoles post-bac qui se retrouvent en difficulté. La Campus Academy qui compte 6 écoles en France mais aucune en Aquitaine à déjà fermé certains établissements. ©France télévisions

Les déconvenues s’enchaînent depuis la fin de l’année dernière pour le groupe familial : liquidation de l’enseigne de vêtements Camaïeu, placement en redressement judiciaire de l’enseigne Go Sport et de certains magasins Galeries Lafayette, ainsi que de sa principale holding, la Financière Immobilière bordelaise (FIB), qui lui avait permis d’acquérir entre autres l’Intercontinental Grand Hôtel de Bordeaux. Pour couronner le tout, d’anciens salariés de Camaïeu ont par ailleurs porté plainte contre Michel Ohayan pour abus de bien sociaux. 

Contacté au sujet de la polémique autour de la Campus Academy, Michel Ohayon répond.

Je trouve ce lynchage totalement injuste et je ne compte pas participer à entretenir ce cercle médiatique vicieux. Nous sommes concentrés sur notre travail, la préservation de nos actifs et de l’emploi. Ce sont les seules choses qui comptent.

Michel Ohayon - Homme d'affaires

France 3 Aquitaine

Un groupe de parents de cinq ex-étudiants inscrits à Aix-en-Provence se dit prêt à aller en justice, tout comme de nombreux élèves scolarisés sur les différents sites de la Campus Academy.

Par ailleurs, selon le journal Le Monde, le parquet de Paris de Paris vient d'ouvrir une enquête préliminaire via la Juridiction nationale chargée de la criminalité organisée (Junalco), pour des soupçons d'abus de biens sociaux.

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