"On doit se doucher au stade de foot", depuis trois mois, les inondations sont devenues le cauchemar de ces habitants

La Gironde et la Dordogne sont toujours en vigilance orange, ce lundi matin 1ᵉʳ avril pour les pluies et les inondations. 16 mm de précipitations sont encore tombés ce jour. Des conditions climatiques qui rendent le quotidien particulièrement difficile à certains habitants de Belin-Béliet (Gironde). Des Belinétois impuissants face aux inondations régulières de leur propriété.

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Bottes aux pieds, Patrick Colard inspecte son jardin, disparu sous une dizaine de centimètres d’eau. “C’est la désolation. Quand l’eau se retire, c’est saturé de moisissures, de pourriture”, lâche, dépité, le Belinétois.

Quand on voit le niveau d'eau qui arrive, on ne peut rien retenir et tout finit par pourrir.

Patrick Colard,

Habitant de Belin-Béliet

Cette fois, l’eau est arrivée tout près du seuil de leur porte. Une frayeur qui a poussé le couple à acheter des pare-eau en prévision.

Mais si les sols sont secs, leurs sanitaires sont impraticables : l’eau remonte par les canalisations. Depuis janvier, le couple fait ses besoins dans un seau, entreposé dans le garage. “Ce n’est pas agréable, ni esthétique, ni hygiénique”, soupire Danielle Colard. La douche, ils la prennent dans les locaux du stade municipal.

Fossés rebouchés

Résignés, ces habitants du quartier Caverne, situé en aval de Belin-Béliet subissaient, ce week-end, leur sixième inondation depuis 2008. Lassés, ils ont lancé une pétition pour faire bouger la mairie. “Nous avons récolté environ 45 signatures”, indique Danielle Colard.

Leur objectif : monter un dossier contre la mairie de Belin-Béliet pour les inciter à avancer sur les travaux d’assainissement. Un dossier est en cours de montage, “avec constat d’huissiers”, précisent les habitants. “On voudrait des réponses et faire bouger les choses. Il faut que le maire fasse le nécessaire”, martèle Patrick Colard.

Car pour ces habitants, si le problème persiste, c’est à cause du manque d’évacuations. “Il y a des fossés qui ont été rebouchés, pour certains depuis quarante ans. Sauf que l’eau ne s’écoule plus et revient dans nos jardins”, explique Cécile Gonzalez, une résidente du quartier Caverne.

Dans la commune, trois quartiers seraient concernés par ces inondations récurrentes. Il s'agit des quartiers Cavernes, Joué et de la Bertrine.

Deux millions d'euros

Cible de la colère des riverains, la mairie assure pourtant avoir saisi le problème à bras-le-corps depuis longtemps. “Nous avons déjà réalisé des travaux d’assainissement pour un coût total de 350 000€”, indique Cyrille Leclerq, le maire de la commune.  Pour lui, la situation reste peu ordinaire. "Nous avons eu des pluies centennales, et n'oublions pas que des centaines d'hectares de bois ont brûlé. Ce sont de véritables éponges que nous avons vu disparaître", précise-t-il. 

La stratégie, c'est de travailler en aval et de remonter sur l’amont. À l’inverse, les travaux augmenteraient le risque d’inondation en aval où se situe une large zone résidentielle.

Cyrille Leclercq

Maire de Belin-Béliet

Si certains travaux relèvent du public, la réfection des fossés est, pour nombre d’entre eux, du ressort du domaine privé. “Ce n’est pas simple, on a engagé des démarches, mais dans le privé, on ne peut pas faire ce que l’on veut aussi vite qu’on le souhaiterait”, souligne l’édile. En quelques décennies, les ventes de maisons ont progressivement fait oublier la présence de ces fossés. Aujourd’hui, les nouveaux propriétaires découvrent, au travers de ces inondations, certaines spécificités de leur terrain.

En parallèle, une étude a été commandée. Menée depuis 2020, elle vient de rendre ses premiers résultats. “Nous devons analyser ces informations, mais les travaux s’élèveraient à près de deux millions d’euros”, indique Cyrille Leclercq.

Une somme conséquente, “qui va prendre du temps” à trouver, entre subventions et budget municipal. Une première réunion était organisée cette semaine en mairie pour présenter les premières conclusions de l’étude. La pluie, elle, a continué d’inonder les sols girondins, ce lundi.