"On est livrés à des parents en détresse." Après trente ans d'existence, un centre social placé en zone prioritaire est menacé de fermeture

En décembre, la mairie de Pessac, en Gironde, a annoncé le non-renouvellement de la convention avec le centre social Alouette. Pour la direction, cette décision sonne comme une injustice et un abandon des familles accueillies par l'association.

"Une vraie injustice", "une situation incompréhensible", à la gouvernance, la décision ne passe pas. Le 12 décembre 2023, la municipalité de Pessac annonce ne pas renouveler la convention qui la lie au centre social Alouette Haut-Givrac, alors même que le quartier est repassé en zone prioritaire de la ville. Aujourd'hui, la direction lance un ultime appel à l'aide, appuyée d'une pétition diffusée en ligne. Elle rassemble à ce jour 877 signatures et en espère 200 supplémentaires.

"Pourquoi vouloir fermer un centre social pour satisfaire une minorité, au détriment d'une majorité d'habitants qui vont se retrouver laissés pour compte ?", s'interroge Fatima Garnier, directrice de la structure. 

Un dialogue rompu

La fermeture du centre est justifiée par la mairie par "une situation compliquée" et un dialogue rompu avec la direction."Nous nous sommes aperçus qu'il y avait des problèmes dans la communication avec le centre social, détaille Dominique Moussours-Eyrolles, adjoint au maire à Pessac. Nous avons tout tenté, mais force est de constater qu'il y a un blocage."

Entre la ville et un centre social, une relation de confiance doit vraiment s'installer. Celle-ci a été rompue.

Dominique Moussours-Eyrolles

Adjoint au maire secteur 3 de Pessac

Pour la gouvernance, cette décision sonne comme un coup de grâce après des mois de tentative d'échanges avec la municipalité, en vain. En 2022, la direction du centre lui fait part de ses inquiétudes quant à la dégradation de la structure. Après plusieurs rencontres avec des élus, la situation semble se débloquer. "On a vu le retour du lien avec les services de la mairie et on a pu mettre en place un programme avec les acteurs locaux", se souvient la directrice Fatima Garnier.

Mais en mai 2023, "on a été surpris de recevoir des propositions pour aborder de nouveaux dysfonctionnements, explique-t-elle. On s'est rendu compte que nos conditions de travail se dégradaient sans l'intervention de la ville de Pessac, propriétaire des locaux, et sans savoir pourquoi."

"La fin d'un travail de longue haleine"

Depuis, la situation se crispe jusqu'à la demande d'un changement de gouvernance, suivie de l'annonce du non-renouvellement de la convention et ce, malgré la poursuite d'un audit. "On est devant un mur et devant une gouvernance qui ne prend pas conscience de la gravité des événements", esquisse l'adjoint au maire en évoquant "une analyse globale sur une longue période". "C'est une décision regrettable que nous ne souhaitions pas, ajoute-t-il. 

Le centre social Alouette, ouvert depuis plus de trente ans, accueille une centaine de familles et mène de nombreux projets comme l'accompagnement aux devoirs pour les enfants ou l'aide dans les démarches administratives. "C'est un équipement vital pour les familles et un travail de longue haleine avec les acteurs locaux", soutient Fatima Garnier. 

Les habitants qui viennent soutenir le centre ne veulent pas être victimes d'une situation de laquelle ils ne sont pas responsables.

Fatima Garnier

directrice du centre social Alouette

Bouzora est d'origine bulgare. Depuis 2016, elle se rend régulièrement dans le centre pour les activités proposées à ses trois enfants. Elle-même y a commencé son apprentissage du français. "Je ne connaissais rien du tout en France, madame Garnier nous a beaucoup aidés, confie-t-elle. Je suis rassurée que ce centre soit à côté de chez moi."

"Que tout le monde prenne ses responsabilités"

Lors du conseil municipal qui s'est tenu le mardi 6 février, le maire a assuré vouloir assurer une continuité dans les services municipaux "pour ne pas laisser tomber les familles". "Les services travaillent d'arrache-pied pour mettre en place des solutions qui sont d'ores et déjà sur la table et qui permettront d'assurer d'une autre façon, peut-être dans d'autres locaux, la pérennité des animations", précise l'élu Dominique Moussours-Eyrolles.

Le samedi 3 février, un rassemblement s'est tenu devant les locaux pour contester la décision de la Ville et témoigner du soutien de ses bénéficiaires. "S'il ferme ses portes, j'ai peur de l'isolement et de l'abandon des familles", abonde la directrice. 

La gouvernance a annoncé avoir entamé une procédure de recours contentieux. "On attend que tout le monde prenne ses responsabilités. Tout le monde dit qu'il faut un centre social et qu'on fait du bon boulot, mais personne ne se mouille, on est livrés à des parents en détresse", complète Hakima Abbasi, coprésidente de l'association.

Au sujet de l'avenir du centre, la municipalité explique "ne plus avoir la main sur la structure"

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