Le père du jeune interne noyé à Bordeaux en janvier alerte sur les dangers de la drogue MDMA

En janvier 2019, Martin Pennica, interne au CHU de Bordeaux, tombait dans la Garonne. Aujourd'hui, son père tire la sonnette d'alarme. Pour lui son fils est mort à cause de la MDMA ou ecstasy. Un fléau chez les jeunes, dans les soirées festives, dont la consommation augmente depuis quelques années. 

© F3 aquitaine
" Je souhaite vous alerter sur un fléau méconnu et pourtant hautement dramatique ." Le père de Martin Pennica, noyé dans la Garonne en janvier 2019, lance une alerte et un cri du coeur. Nous l'avons contacté sur l'île de la Réunion où il exerce en tant que médecin ORL.

Tout allait bien pour son fils, un interne en médecine de l'hôpital de Bordeaux. Ce soir-là, c'est la fête. Un samedi soir en discothèque. Les pillules de MDMA, cette drogue proche de l'ecstasy, circulent d'après Angelo Pennica le papa. "Ce sont ses amis qui me l'ont dit" confie-t-il. Ce n'est pas la première fois semble-t-il. Mais " Ils s'autosurveillent, ils s'autorégulent " disent-ils. Sauf que cette fois, Martin n'a pas survécu. 
 
Au cours de la soirée à la discothèque "Le Cercle",  près du Grand théâtre, où les étudiants en médecine ont leurs habitudes, Martin renverse un verre d'après ce que rapporte Angelo Pennica. Un videur l'aurait dirigé vers la sortie, sans son blouson, ni son téléphone. C'est une nuit de janvier. " Il a frappé deux fois à la porte pour rentrer " dit le docteur Pennica. Personne n'a ouvert. La suite : 

Mon fils a couru dans la rue. La prise de cette drogue, ça donne envie de sauter, de voler, de sauter dans l'eau. 
Angelo Pennica

Ses amis perdent sa trace à la sortie de la discothèque. Personne n'a de ses nouvelles le dimanche. Les appels à témoins et autres affiches placardées dans Bordeaux par ses amis ne donneront rien.
Et pour cause, Martin s'est jeté dans la Garonne. Son corps sera retrouvé le 22 mars. Les résultats de l'autopsie, qui ne seront communiqués que le 30 juillet, révèleront la présence d'une dose " importante " de cette drogue MDMA dans le coeur du jeune homme. L'enquête est toujours en cours, il n'y pas de décision du parquet de Bordeaux pour l'heure sur la suite à donner. 

J'attends maintenant que la lumière soit faite sur ce qui s'est passé.
Angelo Pennica




La MDMA : un fléau qui touche la jeunesse

L'origine des décès liés à l'ingestion de cette drogue n'est pas forcément identifiée comme telle. Les investigations conduisent à un accident, une alcoolisation etc... Un jeune qui se jette d'un balcon, d'une grue, dans l'eau, dans un contexte festif. " J'en ai parlé avec les policiers de Bordeaux, ce n'est pas répertorié" dit Angelo Pennica. 

La MDMA n'est pas nouvelle sur le marché des drogues. De la même famille que l'ecstasy, "elle a commencé à être diffusé depuis une dizaine d'années"  d'après le docteur Jean-Michel Delile du Comité d'Etude et d'Information sur la Drogue à Bordeaux. 

Facile d'accès à 10 euros la pilule, elle a un look fun, avec parfois des émojis, et peut s'acheter sur Internet. Il y a aussi les vendeurs qui connaissent les lieux, les discothèques, où proposer la MDMA.

Son usage est concentré dans les milieux festifs, urbains, étudiants. Un pic d'usage est observé chez les 18-25 ans. On estime que 4 à 5 % d'entre eux ont déjà essayé une fois.
Docteur Jean-Michel Delile

 

Elle est toxique. " A Bordeaux, il y a un ou deux décès induits par la MDMA " précise le docteur Delile. " C'est dramatique, ce sont souvent des usagers ponctuels. Il suffit d'une fois, ça peut entraîner un trouble de la conduite, du comportement. "



Dans ce reportage de nos confrères France 2 réalisé en avril dernier, des étudiants racontent à quel point il est facile de se procurer ces cachets souvent fabriqués en Asie et très bon marché ►

 

Avertir sur les dangers

Comme le père de Martin Pennica, le père de Louis, jeune étudiant parisien de 21 ans, veut également témoigner. Car les dangers ne sont pas suffisamment connus des jeunes usagers. Les parents non plus n'ont pas la connaissance de ce risque. 


Alors que faire ? Angelo Pennica espère que des décès de jeunes, imputés à des accidents ou à l'alcool, puissent être mieux étudiés et répertoriés pour éclairer les autorités, les jeunes, les parents. Il faudrait aussi probablement associer les patrons de discothèque, qui eux-mêmes tirent la sonnette d'alarme sur ce qui se passe dans leurs établissements.
Et poursuivre la prévention comme elle peut être conduite par des associations ou le centre d'information sur la drogue comme à Bordeaux, qui peuvent intervenir dans des lieux ciblés. 

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