Un pied chez Facebook, l'autre dans le réel, Wanted Community veut “recréer du lien social”

Sur Facebook, les groupes Wanted Community foisonnent. Bons plans, SOS, les membres échangent quotidiennement sur la plateforme. Désormais, le projet s’immisce aussi dans la vie réelle. 

Par Julie Chapman

Depuis 2011, date de sa création, Wanted Community a bien grandi. "On a maintenant des centaines mariages Wanted, des bébés Wanted, des bandes de copains Wanted", liste Christian Delachet, l’un des trois fondateurs de la communauté. Il vient de publier, Comment Wanted a changé ma vie, un livre qui raconte la success story de la communauté. 


Au départ, Wanted se résumait à des groupes Facebook, qui rassemblaient les membres selon leur ville. L’objectif ? Favoriser l’entraide quotidienne.

Au début, c’était surtout de l’échange de bons plans. Puis en 2015, il y a eu les attentats. J’ai vu énormément de gens s’entraider. Les attaques avaient été annoncées avant les médias, on a retrouvé des personnes via Wanted.
Christian Delachet, l’un des trois fondateurs des groupes Facebook. 

 

En 2019, Wanted community compte désormais un million de membres, présents dans 86 villes. La communauté travaille avec 80 bénévoles, sur les réseaux comme sur le terrain, pour "créer de l’entraide, par tous les moyens". À Bordeaux, la communauté concentre 150 000 membres, soit un habitant sur six.


Voir l'interview de Christian Delachet 
Wanted Community veut "recréer du lien social"


Avocat solidaire


Avec Luc Joubert et Jérémie Ballarin, Christian Delachet lance le projet en 2011. Mais le travail s’accroît à mesure que les communautés grandissent. Alors avocat chez Ernst & Young, Christian Delachet décide de quitter Paris et revient à Bordeaux, sa ville d’enfance, pour se consacrer entièrement à Wanted Community.

Je me suis retrouvé dans un métier où je ne faisais pas ce que j’aime, c’est pour ça que je me suis tourné vers Wanted Community pour faire une action sociale. 
À force de côtoyer les membres, ça m’a convaincu que ce projet-là apportait plus de chose dans ma vie.


Dans cette communauté d’entraide, beaucoup d’actions sont à l’initiative des membres, comme Sabrina qui a lancé, avec quatre personnes des maraudes dans Paris. 

"Après avoir vu un SDF mourir près de chez elle, elle a décidé de faire des maraudes. Elle a posté un message sur le groupe, pour avoir des volontaires. Le premier soir, ils étaient quatre. Elle a quand même posté un message de remerciement sur la communauté, avec une photo de son fils. 
Et depuis, ça a fait le buzz. Ils sont maintenant 300 sur Paris à s’organiser. Je l’ai accompagnée une fois, et je crois que ça a été la claque de ma vie. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’il fallait continuer Wanted",
se souvient Christian Delachet.
© DR
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Du virtuel au réel


Agir pour les autres oui, mais il faut quand même trouver de l’argent pour vivre. Les trois hommes sont alors au chômage, avec aucune économie en poche. Après plusieurs échecs, Luc Joubert qui a tenu pendant trois ans un café à Paris, propose de créer à Bordeaux, le premier Wanted Café. 

Le principe, c’était de réunir les gens dans la vraie vie. Et il n’y a pas de meilleur endroit pour se faire des potes que celui où tu peux manger et boire. 
Christian Delachet


Le café a ouvert ses portes rue des Douves, face au marché des Capucins. Loin d’être un moyen de s’enrichir, le café se veut solidaire. Au programme, des cafés et des plats suspendus, une tradition italienne qui consiste à régler un café ou un plat que l’on ne consomme pas, et qu’une personne dans le besoin pourra demander. 
 
Le portrait de Maslow, inventeur de la pyramide des besoins, qui rappelle ce qui est vraiment nécessaire.
Le portrait de Maslow, inventeur de la pyramide des besoins, qui rappelle ce qui est vraiment nécessaire.

 


Mais le café ne s’arrête pas là. Il reverse chaque mois, 2 % de leur chiffre d’affaire à une association locale et a créé une carte de fidélité qui permet, au bout de 10 repas consommés, d’en offrir un à une personne qui en aurait besoin. 

Sur la première année, on a donné en 8 000 et 10 000 € à des associations bordelaises. On a servi plus de 2 000 repas et 4 000 cafés suspendus.


Aujourd’hui autonome financièrement, il permet aux trois fondateurs de se verser un salaire, de 1 800 € par mois, "le salaire médian des Français", explique Christian Delachet. 


Parmi les belles histoires de Wanted Community, ce jeune homme qui a retrouvé sa soeur après plus de 20 ans de séparation
Capture de posts Facebook publiés sur le groupe Wanted Community / © DR
Capture de posts Facebook publiés sur le groupe Wanted Community / © DR


 

Les "cent patates"


En 2018, Facebook va donner un coup de projecteur à Wanted Community. Les trois fondateurs ont tapé dans l’œil de la firme, intéressée par cette matérialisation de l’entraide dans la réalité. Ils acceptent alors de participer à une compétition pour un octroi de fonds à des entreprises positives. Ils terminent finalistes, et gagnent le gros lot : un million de dollars. 

"Quand ils nous annoncent qu’on a gagné, on comprend rien, parce qu’on ne parle pas anglais. On les envoie balader en leur expliquant qu’on a des choses à faire. En face, ils sont ahuris et nous appellent en nous disant « vous avez quoi de mieux à faire que d’apprendre que vous venez de gagner un million de dollars ?» "
 

Ces "cent patates" vont servir à recruter trois personnes, et ouvrir le deuxième Wanted Café, à Paris.
 


Wanted Community, à l’image de ses fondateurs, ne s’arrête jamais. Pour 2020, la communauté devrait s’ancrer encore plus dans la réalité. En mars, d’abord, l’ouverture du deuxième Wanted Café, dans le Xe arrondissement de Paris. 

Mais pas question de quitter Bordeaux pour autant. Christian Delachet a également un projet pour la "belle endormie ". "On aimerait créer un lieu de vie, de plus d’un hectare pour y mener des activités culturelles, de l’hébergement et de la gastronomie."

Le tout, en maintenant les groupes actifs, "pour qu’ils restent des espaces de confiance, où chacun peut confier ses joies et ses peines", conclut Christian Delachet.


 

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