"Plus de pilote à bord..." : avec la dissolution de l'Assemblée nationale, les agriculteurs craignent un retour en arrière

Parmi les conséquences de la dissolution de l’Assemblée nationale, la mise à l’arrêt des discussions amorcées par le gouvernement en termes de politique agricole. Les agriculteurs de Gironde attendaient beaucoup de la loi d’orientation agricole ou du projet de finance. Ils craignent que tous ces chantiers, repoussés, soient remis en question.

L’annonce sonne comme un coup de massue dans le monde agricole. Comme le prévoit la Constitution en cas de dissolution de l’Assemblée nationale, les projets et propositions de loi en cours sont complètement suspendus, et ce, jusqu'à la reprise des travaux parlementaires.

Parmi les victimes collatérales de ce séisme politique, les agriculteurs, déjà fragilisés par des mois de mobilisations."On n'a plus le temps d'attendre." Pour Dominique Técher, vigneron en Gironde et porte-parole de la Confédération paysanne, ces reports tombent "au moment où l'agriculture est à la dérive et dans une désolation la plus complète, toute production confondue".

Le brouillard

Qu'adviendra-t-il des chantiers en cours ? Le projet de loi d'orientation agricole (LOA), par exemple. Le texte, tout juste adopté en première lecture par l'Assemblée nationale le 26 mai, devait être examiné par le Sénat à la fin du mois de juin. Il est désormais au point mort. "La suspension de ce projet de loi est une catastrophe pour l’agriculture et pour les agriculteurs, regrette Jean-Samuel Eynard, président de la FNSEA Gironde. Elle aurait déjà dû être promulguée depuis longtemps, mais suite aux manifestations du mois de janvier, ils ont décidé de la retravailler avant de la présenter au Parlement. Aujourd’hui, elle s’arrête net et on ne sait pas quand elle va reprendre."

C’est à nouveau du travail et du temps perdu pour les agriculteurs qui malheureusement n’en ont plus beaucoup.

Jean-Samuel Eynard

président FNSEA Gironde

Le LOA, très attendu par les agriculteurs malgré des "insuffisances", établissait la protection de l’agriculture comme étant d’"intérêt général majeur" et prévoyait le maintien de 400 000 exploitations agricoles, avec l'objectif d'atteindre 500 000 exploitants. La reprise du dossier devrait avoir lieu "dans le meilleur des cas à la rentrée parlementaire en septembre, mais il faudra retourner convaincre tous les nouveaux parlementaires qui ont été élus, car c’est probable qu’il y ait beaucoup de changement", indique Jean-Samuel Eynard.

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Le projet de loi d'orientation agricole, par exemple, est reporté. ©France 3 Aquitaine

Le revenu des agriculteurs

Autre sujet brûlant, le revenu des exploitants. "La loi de finance, qui elle devait travailler sur le revenu des agriculteurs, ce qui est la genèse de tous les problèmes, est repoussée à je ne sais pas quand", déplore-t-il.

"On ne peut pas parler de report car tout a été laissé en plan, tâche Dominique Técher. Les gens sont toujours en train de crever de faim, c’est dramatique."
Dans les exploitations girondines, le porte-parole de la Confédération paysanne craint "un effondrement des productions". "Ils sont déjà en train de déposer des bilans, de faire des redressements judiciaires, pointe Dominique Técher. On peut plus attendre et pourtant là, tout a l’air suspendu."

Là, on est dans une situation que le monde officiel n’a pas mesuré et jamais écouté d’ailleurs. C'est pas parce qu’on pose un bout de papier sur une botte de paille qu’on a compris quelque chose.

Dominique Técher

porte-parole de la Confédération paysanne 33

Incertitudes

D'autant plus que plane l'incertitude de la couleur politique du nouveau gouvernement. Dans un communiqué, le syndicat des Jeunes agriculteurs a déjà donné l’alerte. "Nous prenons acte de la dissolution de l'Assemblée nationale et des suspensions de travaux législatifs en conséquence, écrit-il. EGalim, loi de simplification, loi d'orientation, autant de chantiers obtenus par le travail de notre réseau et dont l'aboutissement est remis en question, car il est suspendu aux décisions du gouvernement en place après les élections."

« Quelle que soit l’issue de la période à venir, nous serons une force constructive et déterminée à ce que ces efforts ne soient pas vains. » Le syndicat appelle le futur gouvernement à poursuivre le travail entamé pour faire avancer l’agriculture. 

De son côté, la FNSEA Gironde n'imagine pas "que les projets en cours puissent tomber à l'eau". "Les agriculteurs reviendraient dans les rues, car les représentants syndicaux seraient incapables de retenir les troupes, prévient Jean-Samuel Eynard. Déjà que tout soit repoussé à l’automne, ça va être mal perçu, et là, il y a urgence pour les agriculteurs."

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